La liberté des Anciens et celle des Modernes
La liberté des Anciens et des Modernes
On ne doit plus sacrifier l'indépendance privée (la liberté des Modernes) à la participation directe au pouvoir (la liberté des Anciens) : il faut un gouvernement représentatif.
Aujourd'hui la part de pouvoir de chacun est minuscule : sacrifier son indépendance pour si peu coûterait plus que cela ne rapporte.
« La liberté des Anciens et celle des Modernes » est un argument de Benjamin Constant (De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, 1819, 1819) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les libertés). Sa thèse : On ne doit plus sacrifier l'indépendance privée (la liberté des Modernes) à la participation directe au pouvoir (la liberté des Anciens) : il faut un gouvernement représentatif. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Qu'est-ce qu'être libre ? En 1819, quinze ans après Napoléon et vingt-cinq ans après la Terreur, Benjamin Constant explique à Paris que le mot a deux sens, et qu'on les a confondus. Pour les Anciens (Sparte, Athènes, Rome), être libre, c'est voter, juger, décider ensemble de la guerre et de la paix, quitte à être surveillé de très près dans sa vie privée. Pour les Modernes, c'est avoir sa vie à soi : penser, travailler, croire, circuler, sans rendre de comptes. Constant soutient que la Révolution a voulu imposer la première liberté et a écrasé la seconde. Il en tire une conclusion qui a marqué le libéralisme : on ne peut plus demander aux citoyens de sacrifier leur indépendance privée à leur participation au pouvoir ; le gouvernement représentatif est la forme moderne de la liberté politique.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la liberté ancienne coûterait plus qu'elle ne rapporte, mais où l'on aurait pourtant le droit de l'exiger (par exemple parce qu'on la croit bonne pour les gens malgré eux).
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Jean-Jacques Rousseau 1762 · attaque la conclusionLa souveraineté ne peut pas être représentée, car elle consiste dans la volonté générale, et une volonté ne se représente pas. Un peuple qui se donne des représentants cesse d'être libre : le peuple anglais ne l'est que le temps de l'élection. Rousseau voit aussi la différence entre Anciens et Modernes, mais il en tire le contraire : les Modernes qui préfèrent leur gain à leur liberté payent la liberté des autres de la leur.
Constant répond
La souveraineté ne peut pas être représentée, car elle consiste dans la volonté générale, et une volonté ne se représente pas. Un peuple qui se donne des représentants cesse d'être libre : le peuple anglais ne l'est que le temps de l'élection. Rousseau voit aussi la différence entre Anciens et Modernes, mais il en tire le contraire : les Modernes qui préfèrent leur gain à leur liberté payent la liberté des autres de la leur.
IIsaiah Berlin 1958 · attaque la prémisse 5Berlin reprend la distinction de Constant (il y voit celle de la liberté « négative » et de la liberté « positive »), mais conteste qu'elles aillent ensemble. Qui me gouverne ? et Jusqu'où suis-je gouverné ? sont deux questions distinctes. Il n'y a pas de lien nécessaire entre la liberté individuelle et le gouvernement démocratique : une démocratie peut priver les individus de beaucoup de libertés, un régime autoritaire peut en laisser beaucoup.
Constant répond
Berlin reprend la distinction de Constant (il y voit celle de la liberté « négative » et de la liberté « positive »), mais conteste qu'elles aillent ensemble. Qui me gouverne ? et Jusqu'où suis-je gouverné ? sont deux questions distinctes. Il n'y a pas de lien nécessaire entre la liberté individuelle et le gouvernement démocratique : une démocratie peut priver les individus de beaucoup de libertés, un régime autoritaire peut en laisser beaucoup.
Benjamin Constant (lui-même, à la fin de son discours) 1819 · attaque la conclusionLe danger de la liberté moderne, c'est qu'absorbés par la jouissance de notre indépendance privée et par nos intérêts particuliers, nous renoncions trop facilement à notre part de pouvoir politique. Les gouvernants nous y poussent : « laissez-nous faire, nous vous donnerons le bonheur ». Défendre seulement l'indépendance privée serait une erreur.
Constant répond
Le danger de la liberté moderne, c'est qu'absorbés par la jouissance de notre indépendance privée et par nos intérêts particuliers, nous renoncions trop facilement à notre part de pouvoir politique. Les gouvernants nous y poussent : « laissez-nous faire, nous vous donnerons le bonheur ». Défendre seulement l'indépendance privée serait une erreur.