On ne force quelqu'un que pour l'empêcher de nuire aux autres
Le principe de non-nuisance (harm principle)
La seule raison légitime d'user de la force contre un membre de la société est de l'empêcher de nuire aux autres. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une raison suffisante.
Quand la société impose sa façon de vivre à une minorité, elle a autant de chances de se tromper que d'avoir raison.
« On ne force quelqu'un que pour l'empêcher de nuire aux autres » est un argument de John Stuart Mill (De la liberté (On Liberty), 1859, chap. I et IV, 1859) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les libertés). Sa thèse : La seule raison légitime d'user de la force contre un membre de la société est de l'empêcher de nuire aux autres. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une raison suffisante. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Doit-on empêcher quelqu'un de se faire du mal à lui-même ? Interdire la drogue, imposer la ceinture de sécurité, punir ce que la majorité juge immoral ? Dans De la liberté (1859), John Stuart Mill répond par une règle simple. La société peut contraindre un adulte dans un seul cas : pour l'empêcher de nuire à autrui. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une raison suffisante. On peut lui parler, le raisonner, le supplier, pas le forcer. Mill n'appuie pas cette règle sur un droit abstrait mais sur l'utilité de tous. Ce principe est devenu la référence des débats sur la liberté individuelle.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la contrainte n'est autorisée que pour les actes qui touchent autrui, mais où le bien propre d'une personne compte parmi ces actes (parce que sa santé ou sa vertu concerne toute la société) : on pourrait alors légitimement la contraindre pour son bien.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
James Fitzjames Stephen 1873 · attaque la prémisse 3Mill énonce son principe mais ne le prouve presque pas : les chapitres suivants le répètent plus qu'ils ne l'argumentent. Un principe aussi important a besoin d'être démontré, et Stephen soutient qu'il ne l'est pas.
sans réponse
Mill énonce son principe mais ne le prouve presque pas : les chapitres suivants le répètent plus qu'ils ne l'argumentent. Un principe aussi important a besoin d'être démontré, et Stephen soutient qu'il ne l'est pas.
James Fitzjames Stephen 1873 · attaque la conclusionMill accepte que la désapprobation des autres pèse sur celui qui se conduit mal. Alors pourquoi serait-il toujours faux de punir l'ivrognerie par une amende, et toujours juste de la punir par le mépris ? Stephen ne voit pas sur quoi repose la différence : dans les deux cas, la société fait souffrir quelqu'un parce qu'elle désapprouve sa conduite.
Mill répond
Mill accepte que la désapprobation des autres pèse sur celui qui se conduit mal. Alors pourquoi serait-il toujours faux de punir l'ivrognerie par une amende, et toujours juste de la punir par le mépris ? Stephen ne voit pas sur quoi repose la différence : dans les deux cas, la société fait souffrir quelqu'un parce qu'elle désapprouve sa conduite.
PPatrick Devlin 1959 · attaque la conclusionUne société tient par une morale commune, comme elle tient par un gouvernement. Si des actes que presque tous jugent immoraux se répandent, la société risque de se défaire, comme sous l'effet d'une trahison. Elle a donc le droit d'utiliser la loi pour se défendre contre l'immoralité en elle-même, même quand personne n'est directement lésé.
un défenseur répond
Une société tient par une morale commune, comme elle tient par un gouvernement. Si des actes que presque tous jugent immoraux se répandent, la société risque de se défaire, comme sous l'effet d'une trahison. Elle a donc le droit d'utiliser la loi pour se défendre contre l'immoralité en elle-même, même quand personne n'est directement lésé.
BBernard E. Harcourt 1999 · attaque la prémisse 4Le mot « nuire » ne porte aucune frontière claire. Chaque camp prétend que ce qu'il combat nuit à quelqu'un : la pornographie, la drogue, ce que les uns appellent immoral. Une fois que tout peut être décrit comme un dommage, le principe ne tranche plus rien, il sert aux deux côtés.
Mill répond
Le mot « nuire » ne porte aucune frontière claire. Chaque camp prétend que ce qu'il combat nuit à quelqu'un : la pornographie, la drogue, ce que les uns appellent immoral. Une fois que tout peut être décrit comme un dommage, le principe ne tranche plus rien, il sert aux deux côtés.