QuestionsLa beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Le sens du beau vient de la sélection sexuelle, et chaque peuple a son idéal
La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Tout est relatif

Le sens du beau vient de la sélection sexuelle, et chaque peuple a son idéal

La sélection sexuelle et le goût du beau

Charles Darwin 1809 · 1882Les êtres vivants s'expliquent par la sélection naturelle, sans plan préalable.
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Ce qu'il soutient

Le sens du beau est un produit naturel, formé par la sélection sexuelle et l'habitude : il diffère selon les espèces et les peuples, et il n'existe pas de modèle universel de beauté.

Pourquoi

Les animaux choisissent ce qu'ils trouvent beau, et chaque espèce ou peuple aime des choses différentes : il n'y a pas de beau universel.

La même idée à travers l'histoire
Voltaire1764Voltaire constate que le beau change avec l'espèce et le pays. Darwin en cherche l'origine dans l'histoire des espèces.
Charles Darwin1871Dans The Descent of Man, Darwin soutient que les animaux ont un sens du beau, que la sélection sexuelle en a fait la parure des mâles, et qu'il n'existe pas chez l'homme de modèle universel de beauté.
Pierre Bourdieu1979Bourdieu garde l'idée que le goût varie, mais l'explique par la société et non par la biologie.
En bref

« Le sens du beau vient de la sélection sexuelle, et chaque peuple a son idéal » est un argument de Charles Darwin (La Filiation de l'homme, 1871, ch. III, IV, VIII et XIX, 1871) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : tout est relatif). Sa thèse : Le sens du beau est un produit naturel, formé par la sélection sexuelle et l'habitude : il diffère selon les espèces et les peuples, et il n'existe pas de modèle universel de beauté. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

La Filiation de l'homme, 1871, ch. III, IV, VIII et XIX
Valide avec une prémisse implicite

Un paon fait la roue devant une paonne. Pourquoi a-t-il une queue si grande, qui le gêne et l'expose aux prédateurs ? Darwin répond : parce que les paonnes la trouvent belle, et choisissent les mâles les mieux parés. Pour lui, un sens du beau existe donc déjà chez les animaux. Mais ce sens ne regarde pas partout les mêmes choses : chaque espèce admire ce qu'elle a l'habitude de voir. Il en va de même chez les hommes, dont les goûts diffèrent beaucoup d'un peuple à l'autre. Le beau ne serait pas un modèle fixe inscrit dans les choses, mais un goût produit par l'évolution et par l'habitude.

P1Les femelles de nombreux animaux admirent la beauté des couleurs, des ornements et du chant des mâles. Sinon, tout le travail que les mâles font pour se montrer serait inutile, ce qu'il est impossible d'admettre.
P2Les animaux ont un sens du beau, mais ils n'admirent pas les mêmes choses : ce que trouve beau une espèce n'est pas ce que trouve beau une autre.
P3Il n'est pas vrai qu'il y ait dans l'esprit de l'homme un modèle universel de beauté pour le corps humain.
P4Les hommes de chaque race préfèrent ce à quoi ils sont habitués, ne supportent pas un grand changement, mais aiment la variété et admirent chaque trait un peu poussé à l'extrême.
P5 · prémisse impliciteUn sens du beau qui s'est formé par la sélection sexuelle et par l'habitude, et qui diffère d'une espèce et d'un peuple à l'autre, n'est pas la perception d'une qualité unique que les choses auraient en elles-mêmes.
Donc le sens du beau est un produit naturel, formé par la sélection sexuelle et l'habitude : il diffère selon les espèces et les peuples, et il n'existe pas de modèle universel de beauté.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où tout ce que Darwin décrit est vrai et où pourtant la beauté serait une vraie qualité des choses : par exemple si chaque espèce, chaque peuple voyait une partie seulement d'une même beauté, comme des gens qui regardent une montagne par des côtés différents. C'est ce que disent les défenseurs d'un goût universel issu de l'évolution.
Avec P5, l'argument est valide : les animaux ont un sens du beau (P1) qui varie (P2), l'homme n'a pas de modèle universel (P3) et suit l'habitude de son peuple (P4) ; donc, d'après P5, il n'y a pas de beau unique qui serait dans les choses.
Analogie. Les chiens et les humains n'aiment pas les mêmes odeurs : un chien adore l'odeur d'un os, un humain préfère celle du pain chaud. Aucune des deux n'est la « bonne » odeur : chaque nez s'est formé pour sa vie. Darwin dit que le goût du beau est comme cela.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

A
Alfred Russel Wallace 1889 · attaque la prémisse 1

Il n'y a aucune raison d'attribuer à la femelle les émotions esthétiques que la beauté d'un plumage éveille en nous, ni le goût encore plus improbable qui lui ferait choisir un mâle pour de toutes petites différences de forme ou de couleur. Le déploiement des plumes est le signe principal de la maturité et de la vigueur du mâle, et c'est pour cela qu'il attire la femelle.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1889, après sa mort (1882).
M
Malte Andersson défenseur de l'argument · 1982
Andersson a fait l'expérience sur le veuf à longue queue d'Afrique : il a raccourci la queue de certains mâles, rallongé celle d'autres. Les mâles à queue allongée ont attiré plus de femelles. Les femelles choisissent donc bien d'après l'ornement lui-même, ce qui est le point que Wallace refusait d'admettre.
Où en est le débat (notre résumé)Le choix des femelles est aujourd'hui largement admis. Il reste débattu si ce choix est un goût pour la beauté en elle-même (Darwin) ou un moyen de repérer la bonne santé du mâle (Wallace, puis Zahavi).
D
Denis Dutton 2009 · attaque la prémisse 3

L'évolution n'a pas produit des goûts sans règle : certaines préférences esthétiques sont communes à tous les peuples, parce qu'elles sont nées de la vie de nos ancêtres. Le goût pour un certain type de paysage, proche de la savane, en est l'exemple le plus connu. Il y a donc bien un fond universel du goût humain, qu'il ne faut pas confondre avec les modes de chaque culture.

Darwin répond
Darwin 1871 · Darwin sur l'hérédité des goûts (réponse anticipée)
Darwin admet qu'il est possible que certains goûts deviennent héréditaires, mais il écrit qu'aucune preuve n'existe pour cela. Si c'était vrai, chaque race aurait son propre idéal de beauté, inné.
Le débat continue (notre résumé) Darwin répond à une idée voisine, pas à Dutton : Dutton parle de préférences communes à toute l'espèce humaine, pas de goûts propres à chaque race. Il y a un désaccord de fond sur les faits : Darwin juge qu'on n'a pas de preuve d'un goût inné, Dutton pense en avoir.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Les préférences communes (visages, paysages) sont étudiées, mais on discute encore de leur ampleur et de leur origine.
Emmanuel Kant 1790 · attaque la conclusion

Une satisfaction qui sert la survie ou le désir (ici, séduire et se reproduire) est un intérêt. Or le jugement de goût pur n'a aucun intérêt : le moindre intérêt mêlé au plaisir le rend partial. Expliquer le sens du beau par la sélection sexuelle, c'est expliquer le désir, pas le beau.

Darwin répond
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Darwin dans ses textes.
Darwin 1871 · Darwin sur la différence avec l'homme cultivé (réponse anticipée en partie)
Darwin écrit qu'on ne doit pas croire que le sens du beau des animaux soit comparable à celui d'un homme cultivé, avec ses idées associées multiples et complexes.
Le débat continue (notre résumé) Cette phrase donne une part de raison à Kant : le goût d'un homme cultivé est plus riche que celui d'un oiseau. Mais Darwin n'écrit pas que ce goût cultivé est désintéressé. Pour les kantiens, la différence est de nature ; pour les darwiniens, elle est de degré.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Désaccord de fond : le plaisir du beau peut-il, même chez l'homme, se détacher de toute utilité (Kant), ou n'en est-il qu'une forme transformée (Darwin) ?