Le sens du beau vient de la sélection sexuelle, et chaque peuple a son idéal
La sélection sexuelle et le goût du beau
Le sens du beau est un produit naturel, formé par la sélection sexuelle et l'habitude : il diffère selon les espèces et les peuples, et il n'existe pas de modèle universel de beauté.
Les animaux choisissent ce qu'ils trouvent beau, et chaque espèce ou peuple aime des choses différentes : il n'y a pas de beau universel.
« Le sens du beau vient de la sélection sexuelle, et chaque peuple a son idéal » est un argument de Charles Darwin (La Filiation de l'homme, 1871, ch. III, IV, VIII et XIX, 1871) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : tout est relatif). Sa thèse : Le sens du beau est un produit naturel, formé par la sélection sexuelle et l'habitude : il diffère selon les espèces et les peuples, et il n'existe pas de modèle universel de beauté. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un paon fait la roue devant une paonne. Pourquoi a-t-il une queue si grande, qui le gêne et l'expose aux prédateurs ? Darwin répond : parce que les paonnes la trouvent belle, et choisissent les mâles les mieux parés. Pour lui, un sens du beau existe donc déjà chez les animaux. Mais ce sens ne regarde pas partout les mêmes choses : chaque espèce admire ce qu'elle a l'habitude de voir. Il en va de même chez les hommes, dont les goûts diffèrent beaucoup d'un peuple à l'autre. Le beau ne serait pas un modèle fixe inscrit dans les choses, mais un goût produit par l'évolution et par l'habitude.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où tout ce que Darwin décrit est vrai et où pourtant la beauté serait une vraie qualité des choses : par exemple si chaque espèce, chaque peuple voyait une partie seulement d'une même beauté, comme des gens qui regardent une montagne par des côtés différents. C'est ce que disent les défenseurs d'un goût universel issu de l'évolution.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
AAlfred Russel Wallace 1889 · attaque la prémisse 1Il n'y a aucune raison d'attribuer à la femelle les émotions esthétiques que la beauté d'un plumage éveille en nous, ni le goût encore plus improbable qui lui ferait choisir un mâle pour de toutes petites différences de forme ou de couleur. Le déploiement des plumes est le signe principal de la maturité et de la vigueur du mâle, et c'est pour cela qu'il attire la femelle.
un défenseur répond
Il n'y a aucune raison d'attribuer à la femelle les émotions esthétiques que la beauté d'un plumage éveille en nous, ni le goût encore plus improbable qui lui ferait choisir un mâle pour de toutes petites différences de forme ou de couleur. Le déploiement des plumes est le signe principal de la maturité et de la vigueur du mâle, et c'est pour cela qu'il attire la femelle.
DDenis Dutton 2009 · attaque la prémisse 3L'évolution n'a pas produit des goûts sans règle : certaines préférences esthétiques sont communes à tous les peuples, parce qu'elles sont nées de la vie de nos ancêtres. Le goût pour un certain type de paysage, proche de la savane, en est l'exemple le plus connu. Il y a donc bien un fond universel du goût humain, qu'il ne faut pas confondre avec les modes de chaque culture.
Darwin répond
L'évolution n'a pas produit des goûts sans règle : certaines préférences esthétiques sont communes à tous les peuples, parce qu'elles sont nées de la vie de nos ancêtres. Le goût pour un certain type de paysage, proche de la savane, en est l'exemple le plus connu. Il y a donc bien un fond universel du goût humain, qu'il ne faut pas confondre avec les modes de chaque culture.
Emmanuel Kant 1790 · attaque la conclusionUne satisfaction qui sert la survie ou le désir (ici, séduire et se reproduire) est un intérêt. Or le jugement de goût pur n'a aucun intérêt : le moindre intérêt mêlé au plaisir le rend partial. Expliquer le sens du beau par la sélection sexuelle, c'est expliquer le désir, pas le beau.
Darwin répond
Une satisfaction qui sert la survie ou le désir (ici, séduire et se reproduire) est un intérêt. Or le jugement de goût pur n'a aucun intérêt : le moindre intérêt mêlé au plaisir le rend partial. Expliquer le sens du beau par la sélection sexuelle, c'est expliquer le désir, pas le beau.