QuestionsLa beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Le beau plaît à tous, sans concept et sans intérêt
La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?Subjectif mais universel

Le beau plaît à tous, sans concept et sans intérêt

Le jugement de goût (Kant)

Kant 1724 · 1804Fixer les limites de la raison ; agir par devoir.
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Ce qu'il soutient

Le beau est ce qui plaît universellement sans concept : le jugement de goût est subjectif, mais il exige l'assentiment de tous.

Pourquoi

Le plaisir du beau est sans intérêt personnel, donc chacun peut l'attendre des autres, sans qu'aucune règle ne dise ce qui est beau.

La même idée à travers l'histoire
Kant1790Critique de la faculté de juger, Analytique du beau : la version présentée ici, en quatre « moments » (qualité, quantité, relation, modalité).
Hume1757Kant répond en partie à la tradition empiriste du goût (Hume, Burke). Pour Hume, la norme est le verdict des vrais juges ; pour Kant, l'exigence d'accord ne peut pas reposer sur l'expérience.
En bref

« Le beau plaît à tous, sans concept et sans intérêt » est un argument de Kant (Critique de la faculté de juger, 1790, § 2, 6-9, 17, 22, 1790) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : subjectif mais universel). Sa thèse : Le beau est ce qui plaît universellement sans concept : le jugement de goût est subjectif, mais il exige l'assentiment de tous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P7). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Critique de la faculté de juger, 1790, § 2, 6-9, 17, 22
Valide avec une prémisse implicite

Quand je dis « c'est beau », je parle comme si la beauté était dans la chose, et j'attends que tout le monde soit d'accord. Pourtant ce n'est pas une preuve : aucune règle ne peut démontrer qu'une chose est belle. Kant résout le casse-tête ainsi : le plaisir du beau est désintéressé, il ne dépend pas de l'existence de l'objet ni de mon désir. Donc je me sais libre de tout motif privé, et je suppose que ce plaisir vaut pour chacun. Le jugement de goût est subjectif (il vient de mon sentiment) mais il exige l'assentiment de tous.

P1Le plaisir pris au beau est désintéressé : on ne se demande pas si l'existence de la chose nous importe, mais seulement si sa simple représentation nous plaît.
P2Celui qui se sait libre de tout intérêt dans son plaisir ne peut pas le rapporter à des conditions privées : il juge donc que la chose doit plaire à chacun.
P3Cette prétention n'est pas celle de l'agréable : pour le beau, on ne dit pas « c'est beau pour moi ». On n'attend pas l'accord d'autrui parce qu'on l'a déjà constaté, on l'exige.
P4Cette universalité ne vient pas de concepts : aucune règle objective ne détermine par des concepts ce qui est beau, car le principe du jugement est le sentiment du sujet.
P5Le beau est la forme de la finalité d'un objet, perçue sans que l'on se représente un but : l'objet paraît fait pour être jugé (accord de l'imagination et de l'entendement), sans fin précise.
P6L'exigence d'accord suppose un sens commun, une norme idéale : elle ne dit pas que chacun sera d'accord, mais qu'il devrait l'être.
P7 · prémisse impliciteQuand nous disons « beau », nous désignons l'objet d'un plaisir qui a ces quatre traits : désintéressé, exigible de tous, sans concept, fondé sur une finalité sans fin.
Donc le beau est ce qui plaît universellement sans concept : le jugement de goût est subjectif, mais il exige l'assentiment de tous.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P7, l'ordinateur trouve un cas où un plaisir a les quatre traits et pourtant « beau » désignerait autre chose (par exemple, un plaisir moral ou intellectuel) : la définition ne serait pas celle du beau.
Sans P7, les prémisses décrivent le jugement de goût mais ne disent pas que « beau » est le nom de l'objet d'un tel plaisir. Kant fait ce pas en analysant ce que nous voulons dire quand nous parlons du beau : ses quatre « moments » sont tirés de cette analyse du langage du goût.
Analogie. Quand deux mathématiciens disent « c'est vrai », chacun exige l'accord de l'autre, mais par une preuve. Pour le beau, l'exigence est la même, et pourtant il n'y a pas de preuve : on invite, on montre, on attend que l'autre « voie ».

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel 1835 · attaque la conclusion

Le beau artistique est plus élevé que la nature. Car le beau de l'art est le beau qui est né, né une seconde fois, de l'esprit ; plus l'esprit et ses œuvres sont au-dessus de la nature, plus le beau de l'art l'est au-dessus du beau naturel. Une théorie du beau qui part du goût pour les formes naturelles commence par le moins élevé.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1835, après sa mort (1804).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : la dernière phrase du texte de l'objection est notre application de Hegel à Kant. Kant prend en effet pour exemples de beauté libre des fleurs (§ 16, « les fleurs sont des beautés naturelles libres »), mais il traite aussi de l'art et du génie dans la suite de la Critique (§§ 43 à 54).
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : faut-il penser le beau à partir de l'expérience du goût ordinaire, ou à partir de l'art comme œuvre de l'esprit ? Point ouvert : l'esthétique moderne a suivi les deux voies.
Friedrich Nietzsche 1887 · attaque la prémisse 1

« Le beau, dit Kant, c'est ce qui plaît sans intérêt. » Comparez avec Stendhal, un vrai spectateur et un artiste, qui appelle le beau une promesse de bonheur. Kant n'a pensé le beau que du point de vue du spectateur, sans l'expérience de celui qui crée ni de celui qui désire.

Kant répond
Emmanuel Kant 1790 · Réponse anticipée de Kant (§ 2)
Kant définit l'intérêt comme le plaisir lié à la représentation de l'existence d'un objet. Il ne nie pas que le beau puisse être désiré ou aimé ; il dit qu'en jugeant « c'est beau », on met de côté ce que l'existence de la chose nous apporte.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : ce passage définit seulement ce que Kant entend par « intérêt ». Il ne répond pas au reproche de Nietzsche selon lequel un jugement de goût détaché de tout désir ne serait pas celui d'un artiste ou d'un amant du beau.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le goût pur suppose-t-il de mettre le désir de côté (Kant), ou l'expérience du beau est-elle d'abord désir et promesse de plaisir (Stendhal, Nietzsche) ? Point ouvert.
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 1

Le « regard pur », le goût désintéressé que Kant présente comme universel, est le produit d'une condition sociale : celui qui n'a pas à se soucier de la nécessité peut se permettre de juger sans intérêt. Ce goût de classe se fait passer pour une capacité de tous.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1979, après sa mort (1804).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Kant ne pouvait pas répondre à Bourdieu. Il dit que le jugement de goût « exige » l'accord de tous (§ 7) sans dire que tous y parviennent (§ 22 : « devra être d'accord », non « sera »). Reste à savoir si cette exigence est une illusion sociale ou un idéal à atteindre.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : l'universalité du goût est-elle un idéal normatif que les inégalités sociales empêchent d'atteindre, ou une illusion qui masque une domination ? Point ouvert.