Sans limite fixée par la société, le désir n'a pas de fin : c'est l'anomie
L'anomie de Durkheim
Le bonheur dépend du pouvoir régulateur de la société. Quand il se défait, même vers plus d'aisance, les désirs n'ont plus de borne, on souffre et on se tue plus facilement.
On n'est heureux que si ses désirs sont à la mesure de ses moyens, et l'individu seul n'a rien pour fixer cette mesure.
« Sans limite fixée par la société, le désir n'a pas de fin : c'est l'anomie » est un argument d'Émile Durkheim (Le Suicide, livre II, ch. V (1897), 1897) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : une affaire de société). Sa thèse : Le bonheur dépend du pouvoir régulateur de la société. Quand il se défait, même vers plus d'aisance, les désirs n'ont plus de borne, on souffre et on se tue plus facilement. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Durkheim se demande pourquoi des sociétés riches et en plein essor ont plus de suicides, et pas moins. Il écarte la misère : en Irlande ou en Calabre, où l'on vit durement, on se tue peu ; et lors des crises de prospérité, les suicides montent comme lors des désastres. Il voit une autre cause. Un animal est satisfait quand son corps est comblé. L'homme n'a pas de limite de ce genre : ses désirs sont sans fond. Il faut donc qu'une autorité morale extérieure lui dise « jusque-là, et pas plus loin », et seule la société peut jouer ce rôle. Quand elle se défait, le désir déborde : Durkheim appelle ce dérèglement l'anomie.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on est heureux, où les besoins sont à la mesure des moyens, et où la limite ne vient ni de l'individu ni de la société : par exemple d'un hasard, d'une habitude ou d'une autorité religieuse indépendante.
Objections
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Épicure 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Les désirs naturels et nécessaires se satisfont aisément : ce qui est naturel est facile à obtenir, seuls les désirs vains sont difficiles à satisfaire. L'individu peut donc se fixer une limite à lui seul, en triant ses désirs par la raison. Rien n'oblige à une autorité extérieure.
Durkheim répond
Les désirs naturels et nécessaires se satisfont aisément : ce qui est naturel est facile à obtenir, seuls les désirs vains sont difficiles à satisfaire. L'individu peut donc se fixer une limite à lui seul, en triant ses désirs par la raison. Rien n'oblige à une autorité extérieure.
RRobert K. Merton 1938 · attaque la prémisse 3Merton reprend le mot « anomie » mais en change le sens. Pour lui, le mal ne vient pas d'une société qui ne règle plus les désirs. Il vient d'une société qui, au contraire, fixe à tous le même but (la réussite, surtout matérielle) sans donner à tous les moyens légitimes d'y arriver. C'est donc la structure même de la société qui produit la tension, pas son absence.
sans réponse
Merton reprend le mot « anomie » mais en change le sens. Pour lui, le mal ne vient pas d'une société qui ne règle plus les désirs. Il vient d'une société qui, au contraire, fixe à tous le même but (la réussite, surtout matérielle) sans donner à tous les moyens légitimes d'y arriver. C'est donc la structure même de la société qui produit la tension, pas son absence.
JJack D. Douglas 1967 · attaque la prémisse 5Les chiffres officiels de suicide sont le résultat de décisions : médecins, policiers, familles décident si une mort est un suicide, et ils le font différemment selon les lieux et les religions. Des taux plus bas peuvent refléter des morts mieux cachées, pas moins de suicides. Les corrélations de Durkheim sont donc moins solides qu'il ne l'a cru.
sans réponse
Les chiffres officiels de suicide sont le résultat de décisions : médecins, policiers, familles décident si une mort est un suicide, et ils le font différemment selon les lieux et les religions. Des taux plus bas peuvent refléter des morts mieux cachées, pas moins de suicides. Les corrélations de Durkheim sont donc moins solides qu'il ne l'a cru.