QuestionsSommes-nous libres ?Je ne crois pas au libre arbitre : ce que ça change, c'est l'indulgence et l'humour
Sommes-nous libres ?Pas de libre arbitre

Je ne crois pas au libre arbitre : ce que ça change, c'est l'indulgence et l'humour

Einstein et Schopenhauer : faire ce qu'on veut sans pouvoir vouloir ce qu'on veut

Albert Einstein 1879 · 1955Le physicien de la relativité : la simultanéité dépend de l'observateur, et il n'y a pas de « maintenant » valable pour tout l'univers.
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Ce qu'il soutient

Le libre arbitre, au sens fort, n'existe pas, et la bonne attitude est pratique : de l'indulgence pour les actes des autres, de l'humilité et de l'humour envers soi-même, tout en gardant la responsabilité comme règle de la vie commune.

Pourquoi

Si personne ne choisit ce qu'il veut, on peut comprendre les actes des autres sans s'emporter, et ne pas se prendre trop au sérieux.

La même idée à travers l'histoire
Arthur Schopenhauer1839Schopenhauer démontre que la volonté suit du caractère et des motifs. Einstein reprend sa formule, sans refaire la démonstration.Pierre-Simon de Laplace1814Laplace tire de la physique l'idée que l'état présent détermine tout l'avenir. Einstein, physicien déterministe, appartient à cette lignée.
Albert Einstein1929Dans un entretien, Einstein dit qu'il agit pourtant « comme si » l'homme était responsable, parce qu'on ne peut pas vivre autrement en société.
Albert Einstein1932Il fait de la formule de Schopenhauer une compagne de vie : elle le réconcilie avec les actes d'autrui et l'empêche de se prendre trop au sérieux.
En bref

« Je ne crois pas au libre arbitre : ce que ça change, c'est l'indulgence et l'humour » est un argument d'Albert Einstein (Einstein, « Mein Glaubensbekenntnis » (1932) ; entretien avec Viereck (1929), 1929) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : Le libre arbitre, au sens fort, n'existe pas, et la bonne attitude est pratique : de l'indulgence pour les actes des autres, de l'humilité et de l'humour envers soi-même, tout en gardant la responsabilité comme règle de la vie commune. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Einstein, « Mein Glaubensbekenntnis » (1932) ; entretien avec Viereck (1929)
Valide avec une prémisse implicite

Einstein est célèbre pour la relativité, moins pour sa position sur la liberté. Il l'a pourtant dite plusieurs fois, avec les mots de Schopenhauer : l'homme peut faire ce qu'il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu'il veut. Cet argument n'est pas la démonstration de Schopenhauer (voir « Faire ce qu'on veut, mais pas vouloir ce qu'on veut »). Il porte sur ce qu'Einstein en tire : une manière de vivre. Si personne n'est l'auteur ultime de sa volonté, on peut comprendre des actes même pénibles sans s'emporter, et ne plus se prendre, soi et les autres, trop au sérieux. Mais Einstein ne va pas jusqu'à abolir la responsabilité : dans la vie en société, dit-il, il faut agir comme si l'homme était responsable. Précaution : ses déclarations viennent d'un physicien, pas d'un spécialiste du libre arbitre, et la deuxième, de 1929, est un entretien rapporté par un journaliste.

P1Un homme peut faire ce qu'il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu'il veut.
P2La raison, pour Einstein, est le déterminisme : nos actes et même nos carrières sont fixés par des facteurs sur lesquels nous n'avons aucun contrôle, pas par notre volonté.
P3 · prémisse impliciteSi personne ne choisit ce qu'il veut, personne n'est l'auteur ultime de ses actes : on peut les comprendre comme on comprend un effet par sa cause, plutôt que les haïr.
P4Cette connaissance de l'absence de libre arbitre réconcilie avec les actes des autres, même pénibles, et protège de se prendre trop au sérieux, soi-même et les autres, comme individus qui agiraient et jugeraient librement, et de perdre sa bonne humeur.
P5Il reste une limite pratique : pour vivre dans une société civilisée, il faut agir comme si l'homme était responsable ; on peut tenir un criminel pour non coupable et pourtant ne pas vouloir prendre le thé avec lui.
Donc le libre arbitre, au sens fort, n'existe pas, et la bonne attitude est pratique : de l'indulgence pour les actes des autres, de l'humilité et de l'humour envers soi-même, tout en gardant la responsabilité comme règle de la vie commune.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide avec une prémisse cachée, P3 : ne pas être l'auteur ultime de sa volonté rend les actes compréhensibles plutôt que haïssables. C'est le point faible : beaucoup de philosophes pensent que la colère, le ressentiment et la gratitude font partie de notre vie morale et ne disparaissent pas parce qu'on est déterministe. P5 montre qu'Einstein lui-même ne va pas au bout : il garde la responsabilité comme une règle utile, sans la croire vraie. La démonstration du déterminisme, elle, n'est pas faite ici (voir l'argument de Schopenhauer).
Analogie. Quand une pierre tombe sur le pied de quelqu'un, il ne lui en veut pas : il sait qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Einstein propose d'étendre un peu cette attitude aux humains, sans oublier de s'écarter de la pierre la fois suivante. C'est ce que dit sa phrase sur le criminel : on peut le juger non coupable, et préférer ne pas prendre le thé avec lui.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Peter F. Strawson 1962 · attaque la prémisse 3

Le ressentiment, la gratitude et le pardon font partie de notre façon d'être en relation avec les autres, et ils ne dépendent pas d'une théorie sur le déterminisme. Même si le déterminisme était vrai, nous ne pourrions pas, en pratique, cesser de réagir ainsi : l'indulgence totale, comme regard sur tous les humains, serait une vie réduite à l'« attitude objective » qu'on a envers un malade ou un enfant.

Einstein répond
Einstein 1929 · Ce qu'Einstein dit d'avance
Einstein reconnaît lui-même cette limite pratique : pour vivre en société, il doit agir comme si l'homme était responsable. Il garde donc, comme une règle, la protection contre les autres (« je préfère ne pas prendre le thé avec lui »), tout en refusant de croire que le criminel soit coupable au sens fort.
Le débat continue (notre résumé) Un partisan de Strawson répondrait qu'« agir comme si » ne tient pas : ceux qui prennent la responsabilité pour une simple règle de convenance perdent justement ce qui la fait fonctionner, la conviction sincère de l'attribuer à des personnes.
M
Max Planck 1936 · attaque la prémisse 2

Planck, ami et aîné d'Einstein, soutient que la loi de causalité vaut pour tout ce qui arrive, y compris notre volonté, quand on la regarde de l'extérieur. Mais celui qui veut ne peut jamais connaître complètement ses propres motifs à l'avance : pour lui, sa volonté est libre, et ce n'est pas une illusion sans valeur. Déterminisme et sentiment de liberté ne se contredisent donc pas.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Einstein dans ses textes.
A
Arthur Eddington 1928 · attaque la prémisse 2

La physique du XXe siècle ne permet plus de dire que tout est déterminé : en physique quantique, les lois ne fixent que des probabilités. L'argument que la physique interdit le libre arbitre perd donc sa force.

Einstein répond
Einstein 1944 · Réponse d'Einstein (à Born)
Einstein refuse de croire à un fondement de hasard : « vous croyez en un Dieu qui joue aux dés, et moi en la loi et l'ordre complets d'un monde qui existe objectivement ».
Le débat continue (notre résumé) Même si le hasard quantique existait, un déterministe ajouterait qu'un acte dû au hasard n'est pas plus mon œuvre qu'un acte dû à une cause : le hasard ne rend pas libre. L'objection d'Eddington déplace la question plus qu'elle ne la règle.