L'intelligence qui verrait tout l'avenir
Le démon de Laplace
Le libre arbitre au sens fort n'existe pas : croire qu'on s'est déterminé « soi-même et sans motifs » est une illusion de l'esprit. Et pour une intelligence assez vaste, notre avenir serait lisible comme notre passé.
Tout effet a une cause, même la volonté : l'état présent suit l'état passé, donc une intelligence qui saurait tout verrait l'avenir.
« L'intelligence qui verrait tout l'avenir » est un argument de Pierre-Simon de Laplace (Essai philosophique sur les probabilités, 1814, ch. « De la probabilité ») sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : Le libre arbitre au sens fort n'existe pas : croire qu'on s'est déterminé « soi-même et sans motifs » est une illusion de l'esprit. Et pour une intelligence assez vaste, notre avenir serait lisible comme notre passé. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Laplace est un astronome et un mathématicien, pas un philosophe de métier. Il écrit pourtant, en 1814, une page devenue célèbre. Si chaque état du monde est l'effet du précédent, alors celui qui connaîtrait tout, à un instant donné, pourrait calculer tout le reste : l'avenir comme le passé. Laplace n'appelle pas cette intelligence un « démon » (le mot est venu plus tard). Il ne dit pas non plus que nous sommes cette intelligence : il dit que la science s'en approche sans jamais l'atteindre. Mais il en tire une conséquence pour la liberté : même la volonté la plus libre ne peut agir sans un motif qui la détermine.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où tout est déterminé et prévisible, et où pourtant il y a du libre arbitre : la conclusion ne suit plus.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
HHeisenberg (mécanique quantique) 1927 · attaque la prémisse 1Les lois de la mécanique quantique ne donnent que des probabilités. Selon Heisenberg, on ne peut pas connaître à la fois la position et la vitesse d'une particule avec une précision parfaite, et il en tire que la loi de causalité ne tient plus à l'échelle de l'atome. Si le monde n'est pas strictement déterminé, l'intelligence de Laplace ne peut pas exister.
Laplace répond
Les lois de la mécanique quantique ne donnent que des probabilités. Selon Heisenberg, on ne peut pas connaître à la fois la position et la vitesse d'une particule avec une précision parfaite, et il en tire que la loi de causalité ne tient plus à l'échelle de l'atome. Si le monde n'est pas strictement déterminé, l'intelligence de Laplace ne peut pas exister.
LLorenz (théorie du chaos) 1963 · attaque la prémisse 4Même dans un système parfaitement déterministe, deux états de départ presque identiques peuvent mener à des états très différents. Il faudrait donc connaître l'état initial avec une précision infinie pour prévoir l'avenir lointain, ce qu'aucun être réel ne peut faire.
Laplace répond
Même dans un système parfaitement déterministe, deux états de départ presque identiques peuvent mener à des états très différents. Il faudrait donc connaître l'état initial avec une précision infinie pour prévoir l'avenir lointain, ce qu'aucun être réel ne peut faire.
Hume (compatibilisme) 1748 · attaque la prémisse 5Être libre ne demande pas que rien ne détermine notre choix. Par liberté, on peut seulement entendre le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté. Ce pouvoir peut exister dans un monde où tout est causé.
sans réponse
Être libre ne demande pas que rien ne détermine notre choix. Par liberté, on peut seulement entendre le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté. Ce pouvoir peut exister dans un monde où tout est causé.