QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?La mort n'est rien pour nous
Faut-il avoir peur de la mort ?Rien à craindre

La mort n'est rien pour nous

L'argument d'Épicure sur la mort

Épicure 341 av. J.-C. · 270 av. J.-C.Il refuse le destin des physiciens : certaines choses arrivent par nécessité, d'autres par hasard, d'autres par notre propre action.
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Ce qu'il soutient

La mort n'est rien pour nous : il est absurde de la craindre.

Pourquoi

Bien et mal n'existent que dans la sensation, et la mort est la fin de toute sensation : quand elle est là, nous n'y sommes plus.

En bref

« La mort n'est rien pour nous » est un argument d'Épicure (Lettre à Ménécée, 124-125) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : rien à craindre). Sa thèse : La mort n'est rien pour nous : il est absurde de la craindre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Lettre à Ménécée, 124-125
Valide avec une prémisse implicite

Épicure veut guérir la peur de mourir. Son idée : pour qu'une chose soit un bien ou un mal pour nous, il faut que nous puissions la sentir. Or la mort est justement la fin de toute sensation. Quand nous sommes là, elle n'y est pas ; quand elle est là, nous n'y sommes plus. Elle ne nous rencontre donc jamais.

P1Tout bien et tout mal pour nous consistent dans la sensation : ce qu'on ne peut pas sentir ne peut ni nous faire du bien ni nous faire du mal.
P2La mort est la privation de toute sensation : être mort, c'est ne plus rien sentir. Quand nous sommes, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus.
P3 · prémisse impliciteIl n'y a de raison de craindre que ce qui peut être un bien ou un mal pour nous. Ce qui n'est ni l'un ni l'autre ne mérite pas la crainte.
Donc la mort n'est rien pour nous : il est absurde de la craindre.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où la mort ne peut pas être sentie, n'est donc ni bien ni mal au sens d'Épicure, et où l'on a pourtant une raison de la craindre : par exemple parce qu'elle prive de quelque chose, même sans être sentie.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P3. Si craindre la mort demande qu'elle puisse être un bien ou un mal pour nous (P3), et si cela demande de pouvoir la sentir (P1), alors, puisque l'être mort ne sent rien (P2), on ne peut pas la craindre. Les objections visent presque toujours P1 : elles disent qu'on peut perdre quelque chose sans le sentir.
Analogie. Avant une opération sous anesthésie, on peut avoir peur de la piqûre ou du réveil. Mais on ne peut pas avoir peur de l'instant où l'on ne sent plus rien : il n'y a rien à vivre dans cet instant. Épicure dit que la mort, c'est cet instant sans fin.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas Nagel 1970 · attaque la prémisse 1

Si la mort est un mal, ce n'est pas parce qu'on y souffre, mais parce qu'elle nous fait perdre la vie, avec tout ce qu'on y aurait vécu. Un mal peut donc exister sans être senti : on peut être trahi ou trompé à son insu. Ce qui est regrettable dans la mort, c'est la privation, pas l'état de mort.

un défenseur répond
voir l'argument
S
Stephen Rosenbaum (« How to Be Dead and Not Care ») défenseur de l'argument · 1986
Rosenbaum défend Épicure. Une perte qui fait du mal, comme perdre son entreprise, suppose qu'on existe encore après la perte pour la vivre. Si le mort n'existe plus, être mort ne ressemble pas à ces pertes. Pour lui, Nagel ne donne pas de raison de traiter la mort comme une perte du même genre.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout le désaccord porte sur P1. Les épicuriens disent qu'un mal doit pouvoir être vécu par quelqu'un. Nagel et les défenseurs de la privation disent qu'on peut être lésé de ce qu'on aurait eu, sans le sentir. Le débat est toujours ouvert.
S
Stephen Rosenbaum (précision en faveur d'Épicure) 1986 · attaque la conclusion

Le mourir n'est pas la mort. Mourir est un processus qui se vit, et qui peut être long et douloureux. La peur de souffrir en mourant est donc raisonnable. L'argument d'Épicure ne dit rien de ce processus : il ne parle que du fait d'être mort.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Épicure dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Épicure juge vaine la crainte de l'attente quand la chose, une fois là, ne gêne pas ; il ne traite pas, dans ce passage, la souffrance du mourir elle-même. Sa conclusion se limite à l'état de mort : la peur de la douleur de mourir n'est pas réfutée par lui.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : accord assez large sur le fond. Même les défenseurs d'Épicure admettent que mourir peut être un mal. La discussion porte sur ce que l'argument prouve vraiment : la sérénité devant l'état de mort, pas devant la souffrance du mourir.
Thomas Nagel (les espoirs et les projets) 1970 · attaque la prémisse 1

On est touché par le bien et le mal autant à cause de ses espoirs et de ses possibilités, réalisés ou non, que par sa capacité de souffrir et de jouir. La mort coupe donc des projets : elle nous fait du tort même si nous ne sentons rien après.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1970, après sa mort (-270).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Épicure ne répond pas à cette objection, venue plus de deux mille ans après lui. Il dit seulement que le sage ne cherche pas le temps le plus long mais le plus agréable, comme on choisit sa nourriture : une vie finie peut être pleine. Reste à savoir si une vie pleine peut quand même être coupée en plein élan.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les épicuriens répondent qu'une vie peut être complète à tout moment ; leurs critiques répondent que des projets non finis sont un tort réel. Pas de réponse largement acceptée.