Faut-il avoir peur de la mort ?Rien à craindre

L'argument de la symétrie

L'argument de la symétrie de Lucrèce (le miroir)

Lucrèce v. 99 av. J.-C. · v. 55 av. J.-C.Les atomes dévient un peu au hasard (le clinamen) : c'est ce qui rend la volonté libre.
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Ce qu'il soutient

Le temps après notre mort n'est pas un mal : il n'y a rien à craindre, rien de triste, pas même de mauvais rêve. C'est plus calme que n'importe quel sommeil.

Pourquoi

Le temps d'avant notre naissance ne nous a fait aucun mal, et celui d'après la mort lui ressemble en tout.

En bref

« L'argument de la symétrie » est un argument de Lucrèce (De la nature des choses, III, 830-842 et 972-977) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : rien à craindre). Sa thèse : Le temps après notre mort n'est pas un mal : il n'y a rien à craindre, rien de triste, pas même de mauvais rêve. C'est plus calme que n'importe quel sommeil. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

De la nature des choses, III, 830-842 et 972-977
Valide avec une prémisse implicite

Pendant un temps infini avant notre naissance, nous n'étions pas, et cela ne nous a fait aucun mal. Lucrèce demande de regarder ce passé comme un miroir : le temps qui suivra notre mort lui ressemble en tout. Si le premier ne nous fait pas peur, pourquoi le second ?

P1Notre âme est mortelle : à la mort, nous cessons d'exister et de sentir.
P2Avant notre naissance, nous n'existions pas pendant un temps infini, et cela ne nous a fait aucun mal.
P3Le temps qui suivra notre mort est le miroir de ce temps d'avant : même non-existence, même absence de sensation.
P4 · prémisse impliciteDeux états de non-existence qui se ressemblent en tout ont la même valeur pour nous : si l'un n'est pas un mal, l'autre n'en est pas un non plus.
Donc le temps après notre mort n'est pas un mal : il n'y a rien à craindre, rien de triste, pas même de mauvais rêve. C'est plus calme que n'importe quel sommeil.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où le temps d'avant la naissance n'est pas un mal, où le temps d'après la mort lui ressemble, et où pourtant ce dernier est un mal : par exemple parce qu'il nous prive d'une vie à venir, ce que le passé ne fait pas.
Valide avec la prémisse cachée P4 (deux états identiques ont la même valeur). Presque toutes les objections attaquent P4 ou P3 : elles disent que le futur et le passé ne se ressemblent pas pour nous, car seule la mort nous prive d'une vie que nous aurions pu avoir.
Analogie. Tu n'es pas triste de n'avoir pas assisté à un concert donné avant ta naissance. Lucrèce demande : pourquoi serais-tu triste de ne pas assister à ceux qui seront donnés après ta mort ? Pour lui, c'est la même absence vue dans l'autre sens.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas Nagel 1970 · attaque la prémisse 4

Les deux temps ne sont pas semblables pour nous. Le temps après notre mort est un temps où nous aurions vécu si nous n'étions pas morts : la mort nous en prive. Le temps avant la naissance, non : si nous étions nés bien plus tôt, nous aurions été quelqu'un d'autre. Notre naissance ne nous prive donc d'aucune vie.

un défenseur répond
voir l'argument
S
Stephen Rosenbaum (« How to Be Dead and Not Care ») défenseur de l'argument · 1986
Rosenbaum répond à Nagel : si l'on dit qu'on n'aurait pas pu naître beaucoup plus tôt sans être quelqu'un d'autre, il faut dire aussi qu'on n'aurait pas pu mourir beaucoup plus tard sans être quelqu'un d'autre. Si le moment de la naissance fait partie de ce que nous sommes, celui de la mort aussi. Pour lui, la différence invoquée par Nagel disparaît.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : on discute de savoir si le moment de la naissance est essentiel à l'identité d'une personne, comme Nagel le suppose, et si le moment de la mort l'est ou non. Les deux camps ont des arguments, et le débat est toujours ouvert.
Derek Parfit (le biais vers l'avenir) 1984 · attaque la prémisse 4

Nous ne sommes pas neutres devant le temps : nous nous soucions de ce qui nous attend autrement que de ce qui est passé. Une souffrance passée nous laisse plus indifférents qu'une souffrance à venir. Il est donc normal de traiter autrement le futur et le passé, y compris ce qui nous arrivera après la mort.

Lucrèce répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lucrèce dans ses textes.
Anthony Brueckner et John Martin Fischer 1986
Brueckner et Fischer utilisent ce biais pour défendre l'asymétrie. Mourir tôt nous prive de biens à venir, auxquels nous tenons ; naître tard nous prive de biens passés, auxquels nous ne tenons pas. Il est donc raisonnable de regretter l'un et pas l'autre (« Why Is Death Bad? », 1986).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Parfit décrit ce biais et discute s'il est rationnel ; il n'écrit pas une réponse à Lucrèce dans ce passage. Un défenseur de Lucrèce peut dire que ce biais est précisément ce qu'il veut corriger : l'asymétrie de nos sentiments n'est pas une asymétrie des faits.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout le monde admet que nous préférons l'avenir. On se demande si cette préférence suffit à justifier de craindre la mort sans craindre le temps d'avant la naissance, ou si elle est justement le biais que Lucrèce dénonce. Pas de réponse largement acceptée.