QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?La justice n'est qu'un pacte utile
Qu'est-ce qu'une société juste ?Le contrat

La justice n'est qu'un pacte utile

La justice selon Épicure

Épicure 341 av. J.-C. · 270 av. J.-C.Il refuse le destin des physiciens : certaines choses arrivent par nécessité, d'autres par hasard, d'autres par notre propre action.
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Ce qu'il soutient

La justice, c'est exactement un pacte utile : elle varie selon les lieux et les circonstances, et une loi qui cesse d'être utile cesse d'être juste.

Pourquoi

La justice n'existe pas en soi : c'est un accord pour ne pas se nuire, et ce qui cesse d'être utile à cet accord cesse d'être juste.

En bref

« La justice n'est qu'un pacte utile » est un argument d'Épicure (Maximes capitales, 31-37) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : le contrat). Sa thèse : La justice, c'est exactement un pacte utile : elle varie selon les lieux et les circonstances, et une loi qui cesse d'être utile cesse d'être juste. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Maximes capitales, 31-37
Valide

Pour Épicure, il n'existe pas de Justice écrite dans le ciel ou dans la nature des choses. Il existe des hommes qui, pour vivre en sécurité, se promettent de ne pas se nuire les uns aux autres. Ce pacte est ce qu'on appelle la justice. Il peut changer d'un pays à l'autre, parce que ce qui est utile change. Et une loi qui ne sert plus à cette sécurité commune n'est plus juste, même si elle reste une loi. Les animaux, qui ne peuvent rien promettre, n'ont ni justice ni injustice.

P1La justice n'existe pas en soi : elle n'existe que là où des hommes ont passé un accord pour ne pas se nuire et ne pas être lésés.
P2Tout ce qui est juste est utile aux relations des hommes entre eux : la justice naturelle est le signe de ce qui sert à ne pas se nuire.
P3Ce que la loi établit et qui s'avère utile aux relations des hommes entre eux est juste, qu'il en soit ainsi partout ou non.
Donc la justice, c'est exactement un pacte utile : elle varie selon les lieux et les circonstances, et une loi qui cesse d'être utile cesse d'être juste.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument est valide. Si être juste demande un pacte (P1) et être utile (P2), et si un pacte utile suffit à être juste (P3), alors être juste, c'est avoir un pacte utile. Les objections visent P1 (il existerait une justice naturelle) et P2/P3 (l'utilité ne suffit pas à fonder la justice).
Analogie. Un code de la route. Rouler à droite n'est pas juste en soi : c'est une règle que nous avons choisie pour ne pas nous percuter. Elle varie d'un pays à l'autre, et si une règle ne sert plus à éviter les accidents, on la change. Épicure pense la justice de cette façon, mais pour toute la vie commune.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Il y a deux sortes de justice dans la cité : l'une naturelle, qui a partout la même force et ne dépend pas de ce que les gens en pensent, l'autre légale, qui est indifférente au départ mais compte une fois la loi posée. Certains croient que toute justice est du second genre, parce qu'elle change d'un lieu à l'autre. Cela n'est vrai qu'en partie : même ce qui est juste par nature peut changer.

Épicure répond
Épicure (Maximes capitales 36) 300 av. J.-C.
Épicure ne nomme pas Aristote, mais sa maxime 36 répond sur ce point. En général, la justice est la même pour tous : elle consiste dans ce qui est utile dans les relations entre hommes. Seule son application varie selon les pays et les circonstances. Ce qui reste constant est l'utilité de ne pas se nuire, pas une Justice indépendante des hommes.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la dispute porte sur ce qui reste constant sous les variations. Aristote y voit une nature humaine qui rend certaines choses justes en elles-mêmes ; Épicure y voit seulement un besoin partagé de sécurité. Les deux acceptent que les lois changent.
Cicéron (Des lois) 52 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

Il est absurde de croire que tout ce que décident les lois d'un peuple est juste. Les lois des trente tyrans d'Athènes auraient-elles été justes parce qu'on les appelait lois ? Et si la justice se mesure à l'utilité, celui qui croit qu'une injustice lui sera profitable la commettra s'il le peut : la justice n'existerait plus, un intérêt en détruisant un autre.

Épicure répond
Pas de réponse possible : objection formulée en -52, après sa mort (-270).
Épicure (Maximes capitales 37 et 35) 300 av. J.-C. · Épicure (texte plus ancien)
Épicure ne dit pas que toute loi est juste. Il dit au contraire qu'une loi qui ne sert pas aux relations des hommes entre eux n'est plus juste. Une loi de tyran, qui nuit à ceux qui la subissent, est donc injuste. Quant à celui qui viole en secret le pacte, il ne peut jamais être sûr de ne pas être découvert, et c'est cette crainte qui rend l'injustice mauvaise pour lui.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Cicéron critique un utilitarisme brut (est juste ce qui m'avantage). Épicure parle d'une utilité commune, celle de tous les membres du pacte. La difficulté qui reste est de savoir si l'utilité commune peut expliquer un devoir quand personne ne regarde.
Glaucon, chez Platon (l'anneau de Gygès) 375 av. J.-C. · attaque la conclusion

Si l'on donnait à l'homme juste et à l'homme injuste le pouvoir de ne jamais être vus, on les verrait suivre la même route, poussés par le désir d'avoir toujours plus. On ne respecte donc le pacte que par faiblesse, et le plus fort le briserait.

Épicure répond
voir l'argument
Épicure (Maximes capitales 34-35) 300 av. J.-C.
L'injustice n'est pas mauvaise en soi, mais par ses suites : la peur d'être puni. Or celui qui viole en secret le pacte ne peut jamais être sûr de rester caché, même s'il a échappé mille fois. Un anneau qui rend invisible à coup sûr n'existe pas ; sans lui, l'injuste vit dans l'inquiétude.
David Hume (le coquin avisé) 1751
Hume reconnaît la force de l'objection. Dans le cas de la justice, un coquin avisé peut penser qu'une injustice précise, sans trahir vraiment l'union sociale, lui rapportera. « L'honnêteté est la meilleure politique » est une bonne règle générale, mais elle a des exceptions. Il répond ensuite que le coquin finit souvent trahi par ses propres maximes et perd toute confiance.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : question toujours ouverte. Épicure et Hume répondent que l'injustice ne rapporte presque jamais à long terme. Leurs critiques répondent que « presque jamais » ne suffit pas pour fonder un devoir : un cas parfaitement caché suffirait à renverser la thèse.