Toute sensation est vraie
Les sensations, critère de vérité chez Épicure
Aucune sensation n'est fausse, et il ne faut pas les rejeter : l'erreur se corrige en vérifiant nos opinions sur nos sensations, pas en doutant d'elles.
Une sensation enregistre seulement ce qui l'affecte ; l'erreur vient du jugement qu'on y ajoute, et sans sensations on ne peut rien juger.
« Toute sensation est vraie » est un argument d'Épicure (Lettre à Hérodote, 38 et 50-52 ; Maximes capitales 23-24) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : Aucune sensation n'est fausse, et il ne faut pas les rejeter : l'erreur se corrige en vérifiant nos opinions sur nos sensations, pas en doutant d'elles. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un bâton plongé dans l'eau paraît cassé. Un rêve paraît réel. Faut-il en conclure que les sens nous trompent ? Épicure dit non. Une sensation ne fait que recevoir l'effet de ce qui la cause : elle n'ajoute rien, elle ne retire rien, elle est donc fidèle. L'erreur apparaît quand nous ajoutons un jugement (« c'est un bâton cassé ») que l'expérience ne confirme pas ou contredit. Pour Épicure, rejeter les sensations est de toute façon impossible : tout ce que nous pouvons dire de faux ou de vrai se vérifie en revenant à elles.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on rejette toutes les sensations sans que cela détruise un critère, parce qu'on n'en avait pas : c'est la position d'un sceptique qui renonce à juger.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Platon (Théétète) 369 av. J.-C. · attaque la conclusionSocrate montre que la sensation (voir, entendre, avoir froid) n'atteint ni l'être des choses ni la vérité. La science n'est donc pas dans les impressions des sens, mais dans le raisonnement qu'on fait sur elles. Dire que toute sensation est vraie ne fait pas des sens la source du savoir.
Épicure répond
Socrate montre que la sensation (voir, entendre, avoir froid) n'atteint ni l'être des choses ni la vérité. La science n'est donc pas dans les impressions des sens, mais dans le raisonnement qu'on fait sur elles. Dire que toute sensation est vraie ne fait pas des sens la source du savoir.
René Descartes (Méditations I) 1641 · attaque la prémisse 2J'ai appris tout ce que je tenais pour le plus vrai des sens ou par les sens, or j'ai quelquefois éprouvé qu'ils étaient trompeurs. Il est prudent de ne jamais se fier entièrement à ceux qui nous ont trompés une seule fois. Les sens eux-mêmes peuvent donc être en défaut, pas seulement notre jugement.
un défenseur répond
J'ai appris tout ce que je tenais pour le plus vrai des sens ou par les sens, or j'ai quelquefois éprouvé qu'ils étaient trompeurs. Il est prudent de ne jamais se fier entièrement à ceux qui nous ont trompés une seule fois. Les sens eux-mêmes peuvent donc être en défaut, pas seulement notre jugement.
Sextus Empiricus (les modes sceptiques) 190 · attaque la conclusionUn même objet se présente de façons contraires selon les animaux, les personnes et leur état (le miel paraît doux à l'un, amer à un malade). Ces sensations ne peuvent pas être toutes vraies de l'objet, et rien ne permet de choisir entre elles. Il faut donc suspendre son jugement sur la nature de l'objet.
Épicure répond
Un même objet se présente de façons contraires selon les animaux, les personnes et leur état (le miel paraît doux à l'un, amer à un malade). Ces sensations ne peuvent pas être toutes vraies de l'objet, et rien ne permet de choisir entre elles. Il faut donc suspendre son jugement sur la nature de l'objet.