Nous désirons à travers un autre : le désir « spontané » est un mensonge romantique
Le désir mimétique ; le désir triangulaire ; le médiateur du désir
La passion amoureuse repose en partie sur une illusion : on croit aimer l'autre pour lui-même, alors qu'on désire à travers un modèle ou un rival.
Le héros croit désirer pour lui-même, mais son élan va vers un modèle dont il imite le désir.
« Nous désirons à travers un autre : le désir « spontané » est un mensonge romantique » est un argument de René Girard (Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), 1961) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : une illusion utile). Sa thèse : La passion amoureuse repose en partie sur une illusion : on croit aimer l'autre pour lui-même, alors qu'on désire à travers un modèle ou un rival. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand on tombe amoureux, on a l'impression que le désir vient de nous seuls : cette personne est désirable, voilà tout. René Girard, en lisant de grands romans, soutient le contraire. Le héros romantique croit que son désir est spontané, mais les romanciers, eux, montrent un « médiateur » : un modèle, souvent un rival, dont le héros imite le désir sans le savoir. Don Quichotte veut être chevalier parce qu'Amadis l'était ; l'amoureux jaloux désire la femme parce qu'un autre la désire. L'objet est un prétexte, et l'élan va vers le médiateur. Si Girard a raison, une part de la passion amoureuse repose sur une illusion : on croit aimer une personne pour elle-même, alors qu'on suit le regard d'un autre. Il s'agit d'une thèse tirée de la lecture de romans, que ses défenseurs étendent à la vie réelle et que ses critiques jugent trop générale. Le livre est sous droits : nous citons de courts passages de la traduction anglaise (1965), vérifiés.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, on peut admettre que nous imitons des modèles (P2) tout en gardant un amour fondé sur les qualités réelles de la personne : le modèle nous a seulement fait remarquer ce qui était déjà là. P1 et P2 restent vraies et la conclusion, fausse.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Arthur Schopenhauer 1844 · attaque la prémisse 2Schopenhauer explique le choix amoureux autrement : c'est l'instinct de l'espèce qui pousse deux personnes l'une vers l'autre, selon des traits qui favorisent des enfants viables. Le désir amoureux a donc une cause biologique directe, qui n'a besoin ni de rival ni de modèle.
un défenseur répond
Schopenhauer explique le choix amoureux autrement : c'est l'instinct de l'espèce qui pousse deux personnes l'une vers l'autre, selon des traits qui favorisent des enfants viables. Le désir amoureux a donc une cause biologique directe, qui n'a besoin ni de rival ni de modèle.
EEve Kosofsky Sedgwick 1985 · attaque la prémisse 2Dans Between Men, Sedgwick reprend à Girard le triangle amoureux, mais montre qu'il n'est pas neutre : dans les romans qu'elle étudie, le lien entre les deux rivaux est aussi fort que leur lien à la femme, parfois plus, et le triangle suppose une inégalité entre les sexes que Girard ne questionne pas. Sa règle générale du désir est donc plus liée à un type de société et de romans qu'il ne le dit.
sans réponse
Dans Between Men, Sedgwick reprend à Girard le triangle amoureux, mais montre qu'il n'est pas neutre : dans les romans qu'elle étudie, le lien entre les deux rivaux est aussi fort que leur lien à la femme, parfois plus, et le triangle suppose une inégalité entre les sexes que Girard ne questionne pas. Sa règle générale du désir est donc plus liée à un type de société et de romans qu'il ne le dit.
Objection anticipée par Montaigne 1580 · attaque la prémisse 1Montaigne décrit, à propos de son amitié avec La Boétie, un attachement qui ne s'explique par aucun modèle ni aucun intérêt : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». S'il existe des liens où l'on aime l'autre sans passer par un tiers, la règle de Girard n'est pas universelle.
sans réponse
Montaigne décrit, à propos de son amitié avec La Boétie, un attachement qui ne s'explique par aucun modèle ni aucun intérêt : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». S'il existe des liens où l'on aime l'autre sans passer par un tiers, la règle de Girard n'est pas universelle.