Les hommes suivent leur intérêt : l'amour ne suffit pas à gouverner
Han Fei ; le légisme ; le charron et le fabricant de cercueils ; « l'amour des parents ne suffit pas »
Les hommes suivent leur intérêt plus que leur bonté, et un État solide se fonde sur la loi, des récompenses sûres et des peines sûres, non sur la confiance en leur vertu.
Les gens vont vers le profit et fuient le danger, même en famille ; l'amour ne corrige pas, la loi le fait.
« Les hommes suivent leur intérêt : l'amour ne suffit pas à gouverner » est un argument de Han Fei (Han Feizi, chap. 49 (« Les cinq vermines ») et 17 (vers 233 av. J.-C.), 233 av. J.-C.) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : porté au mal). Sa thèse : Les hommes suivent leur intérêt plus que leur bonté, et un État solide se fonde sur la loi, des récompenses sûres et des peines sûres, non sur la confiance en leur vertu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Han Fei écrit pour un roi, à la fin de la période des Royaumes combattants. Il connaît les discours des confucéens, pour qui un bon souverain doit aimer son peuple comme un père aime ses enfants. Sa réponse tient en deux observations : les hommes agissent par intérêt, et l'amour, même celui des parents, ne suffit pas à les rendre dociles. Il en tire une politique : la loi, claire et appliquée à tous, avec des récompenses sûres et des peines sûres. Il faut noter qu'il ne dit pas que l'homme est méchant : le charron qui souhaite que les gens soient riches et le fabricant de cercueils qui souhaite qu'ils meurent ne sont pas, dit-il, bon et méchant, ils suivent chacun son intérêt. Cet argument est donc une version particulière du camp « porté au mal » : le mal vient de l'intérêt, et la vertu est rare. La forme P1 à P5 est notre reconstruction des chapitres 49 et 17 ; les traductions sont les nôtres.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où les gens calculent leur intérêt, où l'amour ne suffit pas à corriger et où la vertu est rare, mais où cela ne dit rien de la nature humaine et où l'on pourrait gouverner par l'exemple : la conclusion ne suit plus.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Les confucéens, qui s'appuient sur Confucius 250 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Les confucéens que Han Fei combat s'appuient sur une parole de Confucius (Entretiens 2.3) : si le prince conduit le peuple au moyen des lois et le retient dans l'unité au moyen des châtiments, le peuple s'abstient de mal faire, mais il ne connaît aucune honte. Si le prince le dirige par ses bons exemples et fait régner l'union en réglant les usages, le peuple a honte de mal faire et devient vertueux.
Fei répond
Les confucéens que Han Fei combat s'appuient sur une parole de Confucius (Entretiens 2.3) : si le prince conduit le peuple au moyen des lois et le retient dans l'unité au moyen des châtiments, le peuple s'abstient de mal faire, mais il ne connaît aucune honte. Si le prince le dirige par ses bons exemples et fait régner l'union en réglant les usages, le peuple a honte de mal faire et devient vertueux.
Mencius 320 av. J.-C. · attaque la prémisse 1Résumé : Mencius dit que si des gens voient soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, tous éprouvent de l'effroi et de la compassion, sans calcul : ce n'est ni pour plaire aux parents de l'enfant, ni pour être loués par leurs voisins, ni pour fuir une mauvaise réputation. L'intérêt n'est donc pas ce qui meut d'abord les hommes.
Fei répond
Résumé : Mencius dit que si des gens voient soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, tous éprouvent de l'effroi et de la compassion, sans calcul : ce n'est ni pour plaire aux parents de l'enfant, ni pour être loués par leurs voisins, ni pour fuir une mauvaise réputation. L'intérêt n'est donc pas ce qui meut d'abord les hommes.
David Hume 1751 · attaque la prémisse 5Hume écrit que l'affection des êtres sensibles pour leurs petits suffit d'ordinaire à contrebalancer les plus forts motifs d'amour de soi, et qu'elle n'en dépend en rien. Il demande quel intérêt peut avoir une mère qui perd sa santé à soigner son enfant malade, puis languit et meurt de chagrin quand la mort de l'enfant la libère de cette servitude.
Fei répond
Hume écrit que l'affection des êtres sensibles pour leurs petits suffit d'ordinaire à contrebalancer les plus forts motifs d'amour de soi, et qu'elle n'en dépend en rien. Il demande quel intérêt peut avoir une mère qui perd sa santé à soigner son enfant malade, puis languit et meurt de chagrin quand la mort de l'enfant la libère de cette servitude.
UUne tension dans le texte de Han Fei lui-même attaque la prémisse 5Au début du même chapitre, Han Fei explique que dans l'Antiquité, les gens étaient peu nombreux et les biens abondants, aussi ne se disputaient-ils pas, et que la récompense et la peine étaient inutiles. Aujourd'hui, les gens sont nombreux et les biens rares, aussi se disputent-ils. Les querelles viendraient donc de la rareté, non de la nature.
sans réponse
Au début du même chapitre, Han Fei explique que dans l'Antiquité, les gens étaient peu nombreux et les biens abondants, aussi ne se disputaient-ils pas, et que la récompense et la peine étaient inutiles. Aujourd'hui, les gens sont nombreux et les biens rares, aussi se disputent-ils. Les querelles viendraient donc de la rareté, non de la nature.
EErnst Fehr et Simon Gächter 2002 · attaque la prémisse 1Résumé : dans des expériences où des groupes d'inconnus contribuent à un bien commun, beaucoup de participants paient de leur poche pour punir ceux qui ne contribuent pas, alors qu'ils n'y gagnent rien. La coopération se maintient quand la punition est possible, et elle s'effondre quand elle ne l'est pas. Les auteurs parlent de « punition altruiste ».
sans réponse
Résumé : dans des expériences où des groupes d'inconnus contribuent à un bien commun, beaucoup de participants paient de leur poche pour punir ceux qui ne contribuent pas, alors qu'ils n'y gagnent rien. La coopération se maintient quand la punition est possible, et elle s'effondre quand elle ne l'est pas. Les auteurs parlent de « punition altruiste ».