QuestionsL'être humain est-il bon par nature ?Les hommes suivent leur intérêt : l'amour ne suffit pas à gouverner
L'être humain est-il bon par nature ?Porté au mal

Les hommes suivent leur intérêt : l'amour ne suffit pas à gouverner

Han Fei ; le légisme ; le charron et le fabricant de cercueils ; « l'amour des parents ne suffit pas »

Han Fei v. 280 av. J.-C. · v. 233 av. J.-C.Les hommes suivent leur intérêt, non leur bonté : un État solide repose sur la loi, la récompense et la peine.
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Ce qu'il soutient

Les hommes suivent leur intérêt plus que leur bonté, et un État solide se fonde sur la loi, des récompenses sûres et des peines sûres, non sur la confiance en leur vertu.

Pourquoi

Les gens vont vers le profit et fuient le danger, même en famille ; l'amour ne corrige pas, la loi le fait.

La même idée à travers l'histoire
Xunzi250 av. J.-C.Son maître Xunzi soutenait que la nature est mauvaise et qu'il faut la redresser par les rites. Han Fei garde le réalisme sur les motifs, mais remplace les rites par la loi, la récompense et la peine.
Han Fei233 av. J.-C.Han Fei (vers 280-233 av. J.-C.), prince de l'État de Han, écrit pour un souverain. Son livre est le texte majeur du « légisme ». Il ne dit pas toujours que l'homme est « mauvais » : il dit qu'il suit son intérêt, et que le gouvernement doit en tenir compte.
Nicolas Machiavel1513Dans l'Italie de la Renaissance, Machiavel formule un réalisme voisin sur les motifs des hommes et le gouvernement.Thomas Hobbes1651Hobbes tire du souci de soi une conclusion semblable : sans pouvoir commun, la guerre de tous contre tous.
En bref

« Les hommes suivent leur intérêt : l'amour ne suffit pas à gouverner » est un argument de Han Fei (Han Feizi, chap. 49 (« Les cinq vermines ») et 17 (vers 233 av. J.-C.), 233 av. J.-C.) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : porté au mal). Sa thèse : Les hommes suivent leur intérêt plus que leur bonté, et un État solide se fonde sur la loi, des récompenses sûres et des peines sûres, non sur la confiance en leur vertu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Han Feizi, chap. 49 (« Les cinq vermines ») et 17 (vers 233 av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Han Fei écrit pour un roi, à la fin de la période des Royaumes combattants. Il connaît les discours des confucéens, pour qui un bon souverain doit aimer son peuple comme un père aime ses enfants. Sa réponse tient en deux observations : les hommes agissent par intérêt, et l'amour, même celui des parents, ne suffit pas à les rendre dociles. Il en tire une politique : la loi, claire et appliquée à tous, avec des récompenses sûres et des peines sûres. Il faut noter qu'il ne dit pas que l'homme est méchant : le charron qui souhaite que les gens soient riches et le fabricant de cercueils qui souhaite qu'ils meurent ne sont pas, dit-il, bon et méchant, ils suivent chacun son intérêt. Cet argument est donc une version particulière du camp « porté au mal » : le mal vient de l'intérêt, et la vertu est rare. La forme P1 à P5 est notre reconstruction des chapitres 49 et 17 ; les traductions sont les nôtres.

P1Dans leurs calculs, les gens vont vers la sécurité et le profit et fuient le danger et la gêne.
P2Même les plus proches d'un roi, sa femme et son héritier, peuvent avoir intérêt à sa mort. De même, le charron souhaite que les gens soient riches, le fabricant de cercueils qu'ils meurent : non qu'ils soient bons ou mauvais, mais parce que leur intérêt est là.
P3La vertu est rare : même le plus grand sage, Confucius, n'eut que soixante-dix disciples, alors que le peuple obéit à la force.
P4L'amour ne suffit pas à corriger : un fils indigne ne change ni sous la colère de ses parents, ni sous les reproches du village, ni sous les leçons du maître, mais il change quand arrivent les agents de l'État avec la loi.
P5 · prémisse impliciteSi l'intérêt est ce qui meut presque tous les hommes, y compris dans les liens les plus proches, et si l'amour et la vertu ne suffisent pas, alors la vraie nature pratique de l'homme est de suivre son intérêt, et le gouvernement doit reposer sur la récompense et la peine plutôt que sur la bonté.
Donc les hommes suivent leur intérêt plus que leur bonté, et un État solide se fonde sur la loi, des récompenses sûres et des peines sûres, non sur la confiance en leur vertu.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où les gens calculent leur intérêt, où l'amour ne suffit pas à corriger et où la vertu est rare, mais où cela ne dit rien de la nature humaine et où l'on pourrait gouverner par l'exemple : la conclusion ne suit plus.
Avec ses cinq prémisses, la conclusion suit. Deux faiblesses. D'abord P2 et P3 sont des exemples : le charron, le nombre de disciples de Confucius. Ils illustrent l'intérêt sans prouver qu'il soit universel. Ensuite P5 passe d'un fait politique (l'amour ne suffit pas à gouverner) à une thèse sur la nature (l'homme suit son intérêt), ce que Han Fei ne dit pas toujours aussi nettement. Lui-même explique ailleurs (chap. 49) que les querelles viennent de la rareté des biens, ce qui n'est pas une thèse sur la nature.
Analogie. Le chauffeur d'un car scolaire. Il aime les enfants, mais il ne compte pas sur leur bonté pour qu'ils restent assis : il met des ceintures et des règles. Han Fei dirait : ce n'est pas qu'ils soient méchants, c'est qu'on ne gouverne pas sur ce qu'on espère d'eux.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Les confucéens, qui s'appuient sur Confucius 250 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Les confucéens que Han Fei combat s'appuient sur une parole de Confucius (Entretiens 2.3) : si le prince conduit le peuple au moyen des lois et le retient dans l'unité au moyen des châtiments, le peuple s'abstient de mal faire, mais il ne connaît aucune honte. Si le prince le dirige par ses bons exemples et fait régner l'union en réglant les usages, le peuple a honte de mal faire et devient vertueux.

Fei répond
Fei Han Fei (chapitre 49)
Résumé : Han Fei donne l'exemple d'un fils indigne que ni ses parents, ni les gens du village, ni son maître ne changent, et que seule change la venue des agents de l'État armés de la loi. Il en conclut que l'amour des parents ne suffit pas à instruire un fils, et que le peuple est gâté par l'affection mais obéit à l'autorité.
Le débat continue (notre résumé) Han Fei, qui connaît la position des confucéens, répond par un exemple ; Confucius, deux siècles plus tôt, posait un principe : un exemple ne prouve pas que la honte ne puisse jamais être éveillée, et un principe ne prouve pas qu'elle le soit en pratique. Les deux hommes ne parlent d'ailleurs pas du même peuple : Confucius pense aux États bien gouvernés, Han Fei aux États en guerre.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond qui traverse toute la pensée chinoise : gouverner par la vertu et l'exemple, ou par la loi et la sanction. Les deux camps concèdent à l'autre une part de vérité, et les États chinois ont ensuite combiné les deux.
Mencius 320 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Résumé : Mencius dit que si des gens voient soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, tous éprouvent de l'effroi et de la compassion, sans calcul : ce n'est ni pour plaire aux parents de l'enfant, ni pour être loués par leurs voisins, ni pour fuir une mauvaise réputation. L'intérêt n'est donc pas ce qui meut d'abord les hommes.

Fei répond
voir l'argument
Fei Ce que Han Fei dit de la compassion des princes (chapitre 49)
Résumé : Han Fei admet que la compassion existe. Il cite l'exemple du prince qui pleure en condamnant un criminel et ne fait pas jouer de musique. Mais, dit-il, cette compassion montre sa bonté et ne sert pas à gouverner : il faut punir quand même, parce que la loi l'exige. Il en conclut que la bonté ne peut fonder le gouvernement.
Le débat continue (notre résumé) Han Fei et Mencius admettent tous deux que la compassion existe. Ils divergent sur ce qu'elle prouve : pour Mencius, elle révèle la nature de tous les hommes ; pour Han Fei, elle ne pèse pas sur la conduite du grand nombre. Mencius écrit avant Han Fei, qui ne cite pas l'exemple du puits : ce n'est pas une réponse directe.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps s'accordent sur un fait observable (la compassion existe). Ils diffèrent sur son poids : un fond de tous les hommes (Mencius), ou une disposition rare qui ne suffit pas à gouverner (Han Fei).
David Hume 1751 · attaque la prémisse 5

Hume écrit que l'affection des êtres sensibles pour leurs petits suffit d'ordinaire à contrebalancer les plus forts motifs d'amour de soi, et qu'elle n'en dépend en rien. Il demande quel intérêt peut avoir une mère qui perd sa santé à soigner son enfant malade, puis languit et meurt de chagrin quand la mort de l'enfant la libère de cette servitude.

Fei répond
Fei Ce que Han Fei dit lui-même de la rareté de la vertu (chapitre 49)
Résumé : Han Fei ne soutient pas que personne n'aime la vertu. Il note que même Confucius, le plus grand sage, n'eut que soixante-dix disciples, et il conclut que ceux qui apprécient la bienveillance sont peu nombreux et ceux qui pratiquent la justice rares. Le peuple, ajoute-t-il, ne cède guère qu'à la force.
Le débat continue (notre résumé) Hume attaque une thèse plus forte que celle de Han Fei : que tout acte soit égoïste. Han Fei dit seulement que l'intérêt meut le grand nombre et que la vertu est rare. L'exemple de la mère le touche donc peu, mais il ne dit pas combien de mères on doit compter.
Où en est le débat (notre résumé)Han Fei et Hume peuvent tous deux avoir raison s'ils parlent de choses différentes : l'un de ce qui suffit pour gouverner un grand nombre, l'autre de ce que le cœur humain peut éprouver. Le désaccord porte sur la proportion entre les deux motifs.
U
Une tension dans le texte de Han Fei lui-même attaque la prémisse 5

Au début du même chapitre, Han Fei explique que dans l'Antiquité, les gens étaient peu nombreux et les biens abondants, aussi ne se disputaient-ils pas, et que la récompense et la peine étaient inutiles. Aujourd'hui, les gens sont nombreux et les biens rares, aussi se disputent-ils. Les querelles viendraient donc de la rareté, non de la nature.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Fei dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Han Fei ne tire pas lui-même cette conséquence. Un lecteur peut y voir une thèse sur la nature (l'intérêt, constant, ne produit des querelles que quand les biens manquent) ou une thèse sur les circonstances (les hommes seraient restés paisibles dans l'abondance). Les deux lectures sont compatibles avec le texte, et la seconde rapproche Han Fei du camp « façonné ».
Où en est le débat (notre résumé)Question d'interprétation : l'intérêt de Han Fei est-il un trait constant de l'homme ou un effet de la rareté ? Le texte permet les deux lectures.
E
Ernst Fehr et Simon Gächter 2002 · attaque la prémisse 1

Résumé : dans des expériences où des groupes d'inconnus contribuent à un bien commun, beaucoup de participants paient de leur poche pour punir ceux qui ne contribuent pas, alors qu'ils n'y gagnent rien. La coopération se maintient quand la punition est possible, et elle s'effondre quand elle ne l'est pas. Les auteurs parlent de « punition altruiste ».

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2002, après sa mort (-233).
Le débat continue (notre résumé) L'expérience donne raison aux deux camps en partie. Pour Han Fei, elle montre que la coopération s'effondre sans sanction. Contre lui, elle montre que beaucoup de gens sanctionnent sans y gagner, ce qui ne se réduit pas à l'intérêt personnel.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert et actif en économie du comportement : un souci d'équité et de réciprocité est-il un motif de plus que l'intérêt, ou un intérêt de long terme que l'on ne reconnaît pas ? Les résultats ont été souvent reproduits en laboratoire, mais on discute de leur interprétation et de ce qu'ils disent de la vie hors du laboratoire.