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Cinq notions communes suffisent : la religion que tous les peuples reconnaissent

Les cinq articles de Herbert de Cherbury ; les « notions communes » en religion

Edward Herbert de Cherbury 1583 · 1648Cinq vérités sur Dieu, le culte et la vertu sont reconnues par tous les peuples : elles suffisent à la religion.
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Ce qu'il soutient

Ces cinq articles forment la religion universelle, et une révélation particulière n'est pas nécessaire : ce qui s'y ajoute n'a pas la certitude de ces cinq vérités.

Pourquoi

Cinq vérités sur Dieu, le culte et la vertu sont reconnues partout : ce que tous reconnaissent vient de la nature, donnée par Dieu.

La même idée à travers l'histoire
Edward Herbert de Cherbury1624Herbert, diplomate et philosophe gallois, expose dans De Veritate (Paris, 1624) que certaines « notions communes » sont inscrites en tout être humain, et il en tire cinq articles de religion. Il les reprend dans De religione laici (1645) et les cherche chez tous les peuples anciens dans De religione gentilium (publié en 1663, après sa mort).
Matthew Tindal1730Tindal reprend l'idée en la durcissant : la religion naturelle donnée à tous est parfaite, et la révélation ne peut rien y ajouter.
En bref

« Cinq notions communes suffisent : la religion que tous les peuples reconnaissent » est un argument d'Edward Herbert de Cherbury (De Veritate, 1624 ; De religione laici, 1645 ; De religione gentilium, 1663, 1624) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : Ces cinq articles forment la religion universelle, et une révélation particulière n'est pas nécessaire : ce qui s'y ajoute n'a pas la certitude de ces cinq vérités. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

De Veritate, 1624 ; De religione laici, 1645 ; De religione gentilium, 1663
Valide avec une prémisse implicite

Herbert de Cherbury vit à l'époque des guerres de religion. Il se demande ce que tous les peuples croient, quelle que soit leur Église. Il en trouve cinq choses : il y a un Dieu suprême ; il faut l'honorer ; le meilleur culte est la vertu unie à la piété ; il faut se repentir de ses fautes ; il y a une récompense ou une peine après cette vie. Ces cinq vérités, dit-il, ne s'apprennent pas par une tradition : elles sont écrites dans l'esprit de tous par la Providence. Elles suffisent donc, et les révélations particulières, que seuls quelques-uns ont reçues, ne peuvent pas être imposées à tous. Attention : ce déisme garde un jugement après la mort et ne nie pas qu'un Dieu s'occupe des hommes.

P1Cinq vérités sont reconnues par tous les peuples et en tout temps : il y a un Dieu suprême ; il doit être honoré ; la vertu unie à la piété est le meilleur culte ; il faut se repentir de ses péchés ; il y a une récompense ou une peine après cette vie.
P2Ce que tous les hommes reconnaissent, en usant de leur raison naturelle, ne vient pas d'une tradition écrite ou orale : c'est écrit dans l'esprit même, par le ciel, comme un instinct naturel.
P3 · prémisse impliciteCe que la Providence universelle de Dieu donne à tous les hommes leur suffit pour honorer Dieu et être sauvés : Dieu n'a pas besoin de donner à quelques-uns seulement ce qui est nécessaire à tous.
P4 · prémisse impliciteSi ces cinq vérités suffisent à tous, aucune révélation particulière n'est nécessaire à la vraie religion.
Donc ces cinq articles forment la religion universelle, et une révélation particulière n'est pas nécessaire : ce qui s'y ajoute n'a pas la certitude de ces cinq vérités.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, l'ordinateur trouve un cas où les cinq vérités sont universelles et viennent d'un instinct naturel, et où pourtant une révélation reste nécessaire : par exemple si cet instinct ne suffit pas à tous.
L'argument est valide avec les deux prémisses cachées. De P1 et P2, ces cinq vérités viennent de l'instinct naturel, que Dieu a mis en tous ; par P3, cela suffit à tous ; par P4, aucune révélation n'est alors nécessaire. Les objections visent P1 (les cinq articles sont-ils vraiment reconnus partout ?) et P2 (une croyance répandue est-elle pour autant innée ?).
Analogie. Tous les enfants du monde apprennent à marcher et à parler sans qu'on leur fasse un cours : la nature y suffit. Herbert dit la même chose de la religion : ses grandes lignes sont données à tous, et les cours particuliers (les traditions) viennent après.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Locke (Essai sur l'entendement humain) 1689 · attaque la prémisse 1

Locke nomme Herbert et ses cinq propositions : il les trouve vraies, mais pas innées. L'histoire nous montre des hommes, et des nations entières, qui doutent de certaines d'entre elles ou les nient. La navigation a même découvert des peuples chez qui il n'y avait aucune notion de Dieu ni aucune religion. Un accord universel qui n'existe pas ne peut donc pas prouver qu'elles sont gravées en nous.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1689, après sa mort (1648).
Leibniz (Nouveaux essais) défenseur de l'argument · 1704 · Leibniz concède en partie
Leibniz défend contre Locke l'existence de vérités nécessaires innées, et il rattache les instincts à ce qui est inné. Mais pour ces cinq propositions, il donne raison à Locke : elles ne sont pas des principes innés, car on peut et on doit les prouver. Il ne rejette pas leur vérité, il change leur fondement : la démonstration, non l'instinct.
Le débat continue (notre résumé) Locke écrit quarante ans après la mort de Herbert, qui n'a pu lui répondre. Herbert avait toutefois prévu une objection voisine (De religione gentilium, ch. XV, trad. anglaise de 1705) : on lui oppose que ces vérités étaient « enveloppées de mensonges et de fictions », et il répond qu'elles rayonnent dans les esprits de tous « où ils usent seulement de leur raison naturelle ». Il ne dit donc pas que chacun les formule clairement, mais que l'esprit qui raisonne y arrive.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : on s'accorde aujourd'hui que ces cinq propositions ne sont pas reconnues partout sous cette forme. Le débat porte sur la distinction entre une croyance répandue, une croyance innée et une croyance que la raison peut établir, que Leibniz et Locke ne placent pas au même endroit.
David Hume (Histoire naturelle de la religion) 1757 · attaque la prémisse 1

Si l'on suit l'histoire des sociétés humaines, des débuts grossiers vers un état plus parfait, c'est le polythéisme, ou l'idolâtrie, qui a dû être la première et la plus ancienne religion de l'humanité. Il y a un peu plus de dix-sept siècles, dit-il, tous les hommes étaient idolâtres. Les cinq articles d'un Dieu suprême unique ne sont donc pas ce que les peuples ont reconnu en premier.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1757, après sa mort (1648).
Le débat continue (notre résumé) Hume écrit plus d'un siècle après Herbert. Herbert avait déjà dit, dans De religione gentilium, que partout où les païens emploient les titres de « très bon, très grand, suprême », ils visent le même Dieu que nous, et que les prêtres ont ajouté les superstitions. Hume y voit au contraire une religion venue de la peur, où la croyance en un Dieu suprême vient plus tard.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la question de savoir si le monothéisme est une croyance première ou tardive reste discutée. Des historiens des religions défendent aujourd'hui les deux thèses, et la plupart pensent que les formes les plus anciennes sont très diverses.
Joseph Butler (Analogie de la religion) 1736 · attaque la conclusion

Aucun homme sérieux ne peut penser que la lumière naturelle suffit, s'il regarde l'état de la religion dans le monde païen avant la révélation, et le doute des plus grands esprits sur des choses de la plus haute importance. Dire que la révélation est superflue, c'est parler au hasard.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1736, après sa mort (1648).
Le débat continue (notre résumé) Butler écrit plus d'un siècle après De Veritate. Réponse possible pour Herbert (reconstruite par nous) : la présence de superstitions chez les païens n'empêche pas que les cinq vérités y soient reconnues, puisque, selon lui, elles ont toujours été là sous les erreurs. Butler tire de la même histoire la conclusion inverse : si elles étaient si claires, les plus sages ne les auraient pas mises en doute.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les deux camps lisent la même histoire. Pour Herbert, elle montre des vérités toujours présentes sous les erreurs ; pour Butler, elle montre que la raison seule n'a pas suffi.
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