QuestionsDieu existe-t-il ?La religion naturelle est parfaite : la révélation ne peut rien y ajouter
Dieu existe-t-il ?DéismeMiracles et témoignages

La religion naturelle est parfaite : la révélation ne peut rien y ajouter

La Bible des déistes ; « le christianisme est aussi vieux que la création »

Matthew Tindal 1657 · 1733Le christianisme est aussi vieux que la création : la religion naturelle est parfaite et la révélation ne peut que la redire.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

La révélation extérieure ne peut rien ajouter à la religion naturelle ni lui retirer : elle ne peut que la republier, et ne diffère d'elle que par la manière dont elle est transmise.

Pourquoi

Un Dieu parfait a donné à tous, dès l'origine, une loi parfaite : une révélation tardive ne peut qu'en redire le contenu.

La même idée à travers l'histoire
Matthew Tindal1730Matthew Tindal publie à plus de soixante-dix ans un dialogue entre deux interlocuteurs, A et B. Il y défend que l'Évangile est « une republication de la religion de la nature ». Le livre est devenu la référence des déistes anglais et a provoqué de très nombreuses réponses.
Thomas Paine1794Paine reprend la même idée soixante ans plus tard : une parole de Dieu valable pour tous doit être universelle, et seule la Création l'est.
En bref

« La religion naturelle est parfaite : la révélation ne peut rien y ajouter » est un argument de Matthew Tindal (Christianity as Old as the Creation, 1730, ch. I et VI, 1730) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : La révélation extérieure ne peut rien ajouter à la religion naturelle ni lui retirer : elle ne peut que la republier, et ne diffère d'elle que par la manière dont elle est transmise. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Christianity as Old as the Creation, 1730, ch. I et VI
Valide avec une prémisse implicite

Si Dieu est infiniment sage et bon, il a voulu depuis le premier jour que tous les hommes puissent connaître ce qu'il attend d'eux. Il leur a donc donné une loi par la raison seule, et cette loi ne peut pas être imparfaite, car un législateur parfait ne fait pas de mauvaises lois. Tindal en tire une conséquence : la révélation chrétienne ne peut rien ajouter à la religion naturelle. Elle ne peut que la redire, et la débarrasser des superstitions qui s'y sont mêlées. Pour lui, cela honore la révélation : elle s'accorde avec la raison, comme deux copies d'un même contrat.

P1Dieu est infiniment sage, bon et immuable : il ne fait pas de loi imparfaite et rien ne lui apprend, avec le temps, ce qu'il n'avait pas prévu de toute éternité.
P2Un tel Dieu a voulu que la religion soit une et connue de tous. Il a donc donné à tous les hommes, de tout temps, des moyens suffisants de connaître ce qu'il veut qu'ils sachent et fassent, dans leur situation.
P3Une loi donnée à tous par un législateur parfait est complète : on ne peut ni y ajouter ni en retirer sans la rendre imparfaite. La religion de la nature est donc parfaite.
P4 · prémisse impliciteSi une révélation extérieure apportait à la religion un devoir ou une vérité nécessaires qu'elle n'avait pas, la religion de la nature ne serait pas complète.
Donc la révélation extérieure ne peut rien ajouter à la religion naturelle ni lui retirer : elle ne peut que la republier, et ne diffère d'elle que par la manière dont elle est transmise.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la loi naturelle est complète et pourtant où une révélation apporte du nouveau : par exemple une information d'un autre genre, comme des faits historiques ou un moyen de salut, qui n'est pas une partie de la loi naturelle.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. De P1 et P2, Dieu a donné à tous une loi suffisante ; par P3 elle est complète ; or P4 dit qu'une révélation qui apporterait du nouveau montrerait qu'elle ne l'est pas. Les objections visent donc P2 (cette loi a-t-elle vraiment été accessible à tous par la seule raison ?) et P4 (la révélation n'est-elle utile qu'en apportant un devoir nouveau ?).
Analogie. Un contrat parfait signé par les deux parties, puis recopié devant notaire, ne dit rien de plus que l'original. Le notaire peut le rendre plus lisible ou plus solennel, il ne peut pas y ajouter une clause sans le changer. Tindal dit : la révélation est la copie, la raison est l'original.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

J
John Conybeare (Defence of Revealed Religion) 1732 · attaque la prémisse 2

Dire que Dieu a donné une loi et qu'il a donc donné des moyens de la connaître ne prouve rien. Ce que nous sommes capables de découvrir par la raison est pour nous une loi, ce que nous ne pouvons pas découvrir n'en est pas une pour nous. Que la raison seule suffise à tout ce qui est dans la nature des choses doit donc être établi par les faits, et non posé au départ.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Tindal dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Tindal est mort en 1733 et son second volume n'a jamais paru ; nous n'avons pas trouvé de réponse directe à Conybeare. On lit toutefois dans son livre qu'il ne demande pas un savoir égal pour tous mais « ce qui suffit aux circonstances où ils sont ». Conybeare répond que cette précision ruine l'argument : si tous ont des moyens suffisants de découvrir toute la religion naturelle, tous ont les moyens d'un savoir égal.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le point en débat est de savoir si la raison humaine, sans aide, a pu atteindre toute la religion naturelle. Les déistes répondent par le droit (Dieu doit l'avoir permis), leurs adversaires par les faits (l'histoire des religions, les désaccords des sages). Le débat n'est pas tranché.
Joseph Butler (Analogie de la religion) 1736 · attaque la prémisse 2

L'histoire montre que même les plus grands esprits du monde païen doutaient de choses essentielles, et qu'il n'y a aucune raison d'affirmer que la plupart des hommes auraient pu découvrir seuls la religion naturelle, ni de probabilité qu'ils l'auraient fait. Il est absurde de dire que la révélation est superflue.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1736, après sa mort (1733).
Le débat continue (notre résumé) Butler écrit trois ans après la mort de Tindal. Réponse possible pour Tindal (reconstruite par nous) : le fait que les hommes se soient trompés ne montre pas que le moyen manquait (la raison était à leur disposition) ; Butler répond que cela rend la révélation utile, ce qui suffit à réfuter l'idée d'une révélation inutile.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Tindal parle de ce que Dieu doit avoir rendu possible ; Butler parle de ce que les hommes ont fait en pratique. Les deux positions peuvent être vraies en même temps, et le débat porte sur ce qu'on appelle un moyen « suffisant ».
Joseph Butler (Analogie de la religion) 1736 · attaque la prémisse 4

La révélation chrétienne est bien une republication de la religion naturelle, mais elle contient aussi un exposé d'une disposition des choses que la raison ne peut pas découvrir, et dont découlent des devoirs particuliers. La religion naturelle est le fondement et la partie principale du christianisme, mais elle n'en est en aucun sens le tout.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1736, après sa mort (1733).
Le débat continue (notre résumé) Tindal avait écrit d'avance (ch. VI) que si une religion révélée s'écarte de la religion naturelle sur un seul point, même dans la plus petite circonstance, cela suffit à ruiner tout ce qu'on dit pour elle. Pour lui, un devoir qui ne vient pas de la raison est un commandement arbitraire. Butler répond (Partie II, ch. V) que les raisons de tous les préceptes chrétiens sont évidentes, une fois connu ce que le Christ a fait.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout dépend de ce qu'on appelle la religion. Si c'est l'ensemble des devoirs que la raison découvre, Tindal peut avoir raison ; si c'est aussi une histoire de salut qui donne de nouveaux devoirs, Butler a raison. Le désaccord est un désaccord sur le sens du mot, et sur l'existence d'une telle histoire.