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La seule parole de Dieu est la Création que nous voyons

Le déisme de Paine ; la Création comme révélation

Thomas Paine 1737 · 1809Les droits de l'homme viennent de sa naissance, pas d'un roi, et chaque génération a les mêmes droits que la précédente.
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Ce qu'il soutient

La seule parole de Dieu est la Création : pour savoir ce qu'est Dieu, il ne faut pas chercher dans un livre que la main humaine a pu faire, mais dans l'écriture qu'est la Création.

Pourquoi

Une parole de Dieu pour tous doit être universelle et inchangeable ; aucun livre ne l'est, seule la Création que chacun peut lire l'est.

La même idée à travers l'histoire
Voltaire1766Voltaire : le monde ordonné annonce un ouvrier, un Dieu que la raison atteint sans Église ni livre sacré. Paine pousse la même idée plus loin, contre la révélation écrite elle-même.
Thomas Paine1794The Age of Reason, première partie (Paris, 1794), puis seconde partie (1795) : Paine écrit contre l'athéisme et contre les religions révélées. Il croit en un seul Dieu, et rejette la Bible comme parole de Dieu.
En bref

« La seule parole de Dieu est la Création que nous voyons » est un argument de Thomas Paine (L'Âge de raison, 1794-1795, 1794) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : La seule parole de Dieu est la Création : pour savoir ce qu'est Dieu, il ne faut pas chercher dans un livre que la main humaine a pu faire, mais dans l'écriture qu'est la Création. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'Âge de raison, 1794-1795
Valide avec une prémisse implicite

Thomas Paine, penseur de la Révolution américaine, croit en un seul Dieu et refuse les Églises. Sa raison est une idée simple. Si Dieu parlait à tous les hommes, il le ferait d'une manière que tous peuvent comprendre, partout, sans que personne puisse la changer. Or aucun livre ne remplit cette condition : une langue est locale et change, un récit de seconde main n'est qu'une rumeur. Ce qui parle à tous les peuples, sans traduction, et que personne ne peut falsifier, c'est la Création. La seule écriture de Dieu est donc le monde lui-même, et la raison suffit pour la lire.

P1Les moyens de Dieu sont toujours à la hauteur de son but : une puissance et une sagesse infinies ne peuvent pas échouer comme l'homme. Si Dieu veut se faire connaître à tous, il emploie un moyen universel.
P2Le langage humain est local et changeable, donc incapable de servir de moyen pour une information universelle et inchangeable. Une parole de Dieu écrite ne peut pas être ce moyen.
P3Ce qui est révélé à une seule personne n'est une révélation que pour elle ; pour tous les autres, c'est ce qu'on leur rapporte, et ils ne sont pas obligés de le croire.
P4La Création est une parole existante, que chacun peut lire, qu'on ne peut ni falsifier, ni perdre, ni modifier, ni supprimer.
P5 · prémisse impliciteIl existe bien une parole de Dieu, et si aucun écrit ne remplit les conditions, c'est la Création qui les remplit qui est cette parole.
La seule parole de Dieu est la Création : pour savoir ce qu'est Dieu, il ne faut pas chercher dans un livre que la main humaine a pu faire, mais dans l'écriture qu'est la Création.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où aucun livre ne remplit les conditions, la Création les remplit, mais Dieu ne parle pas du tout : les autres prémisses sont vraies, la conclusion est fausse.
Valide avec P5. Sans elle, on montre qu'aucun livre ne peut être la parole universelle et inchangeable de Dieu, mais pas qu'il existe une telle parole : on pourrait conclure que Dieu ne parle pas. P5 est donc le choix de Paine : il croit en Dieu et en une révélation, mais naturelle. C'est le point où l'athée et le croyant révélé, chacun à sa manière, s'opposent à lui.
Analogie. Un message écrit dans une langue que presque personne ne comprend, recopié mille fois, ne peut pas prouver qu'il vient de l'expéditeur : on ne sait plus ce qui a été changé. Un message écrit dans le ciel, que tout le monde voit, ne peut pas être modifié. Paine dit : le premier est un livre, le second est le monde. Ses adversaires répondent que le ciel ne dit pas ce que l'expéditeur veut.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

R
Richard Watson 1796 · attaque la prémisse 3

Richard Watson, évêque de Llandaff, répond à Paine dans An Apology for the Bible (1796). Paine, dit-il, mélange deux sortes de preuves : la démonstration des mathématiques et la probabilité qui vient des témoignages. Les preuves qui suffisent pour dire qu'un livre ancien comme ceux de Platon ou de Cicéron est authentique suffisent aussi pour un livre sacré.

sans réponse
Paine a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Paine a préparé une réponse à Watson, mais elle n'est pas dans nos sources. Un défenseur de Paine répond que la crédibilité d'un livre ne change pas le fait qu'il est écrit en une langue locale, et qu'aucun texte ne peut obliger tous les hommes. Un partisan de Watson répond que Paine demande à Dieu une manière de parler que ni la nature ni aucun témoin ne peuvent remplir parfaitement.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : une révélation destinée à tous doit-elle être universelle et inchangeable (Paine), ou peut-elle passer par des témoins, des livres et une Église (Watson) ? Le débat porte aussi sur la fiabilité historique de la Bible, que la seconde partie de L'Âge de raison attaque.
David Hume 1779 · attaque la prémisse 4

Dans les Dialogues sur la religion naturelle, Philon reprend les vieilles questions d'Épicure : Dieu veut-il empêcher le mal sans le pouvoir ? Alors il est impuissant. Le peut-il sans le vouloir ? Alors il est malveillant. Si la Création est la parole de Dieu, elle dit aussi la souffrance.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Paine dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Paine ne traite pas le problème du mal dans le passage lu ici : il cite la puissance, la sagesse, la générosité et la miséricorde de Dieu, que l'on voit dans la Création (chap. 9). Un déiste peut répondre que le mal est le prix d'un ordre stable ; un sceptique répond que la Création ne dit alors rien de la bonté de Dieu. Voir aussi l'argument de Hume sur le mal.
Où en est le débat (notre résumé)Point de fond : la nature révèle-t-elle un Dieu bon, ou seulement une cause puissante et sage ? Le déisme de Paine tient aux deux premières ; l'objection de Hume porte sur la troisième.
Joseph Butler 1736 · attaque la prémisse 1

Dans The Analogy of Religion, Butler, écrivant contre les déistes de son temps, répond d'avance à ce genre d'argument : les difficultés qu'on oppose à la révélation (qu'elle soit partielle, obscure, transmise par des hommes) se retrouvent à l'identique dans la nature. Celui qui rejette l'Écriture pour ces difficultés devrait, pour la même raison, nier que Dieu ait formé le monde.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Paine dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Paine ne cite pas Butler dans les passages lus. Un déiste peut répondre que l'argument de Butler ne montre pas que la révélation est vraie, seulement qu'elle n'est pas pire que la nature. Un défenseur de Butler répond que Paine demande à la révélation ce que la nature elle-même ne donne pas : être claire et complète.
Où en est le débat (notre résumé)Le débat porte sur la charge de la preuve : à Paine de montrer qu'une révélation imparfaite est impossible, ou à Butler de montrer qu'elle est réelle ? Les deux reconnaissent que la nature n'est pas claire sur tout.