Tout ouvrage démontre un ouvrier
Il existe un ouvrier du monde, très puissant et très intelligent. C'est « une probabilité qui approche de la plus grande certitude », mais la raison ne dit pas s'il est infini ni s'il a tiré la matière du néant.
Le monde montre partout des moyens disposés pour une fin, et tout ouvrage de ce genre annonce un ouvrier.
« Tout ouvrage démontre un ouvrier » est un argument de Voltaire (Philosophe ignorant, 15 (1766) ; « Dieu », section I (manuscrit publié après sa mort)) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : Il existe un ouvrier du monde, très puissant et très intelligent. C'est « une probabilité qui approche de la plus grande certitude », mais la raison ne dit pas s'il est infini ni s'il a tiré la matière du néant. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Voltaire combat les Églises, mais il croit en Dieu. Sa raison est simple : quand on voit une montre, on pense à un horloger. Or l'univers, avec ses lois mécaniques et ses organes faits pour une fin, ressemble à une immense machine. Il en conclut à un ouvrier très puissant et très intelligent. Il reste prudent sur le reste : il ne sait pas si cet ouvrier est infini, ni s'il a créé la matière. C'est le Dieu des déistes, pas celui des dogmes. Classement : l'argument prouve seulement un ouvrier intelligent, ce que théistes et déistes acceptent tous deux ; nous le rangeons en déisme parce que Voltaire arrête lui-même la conclusion là, sans Providence ni révélation.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'univers montre des moyens et des fins, où tout ouvrage annonce un ouvrier, mais où l'univers n'est pas un ouvrage au sens où une montre en est un : rien ne permet alors de conclure à un ouvrier.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 3Une analogie ne vaut que si les cas se ressemblent. Nous avons vu des milliers de maisons et de montres se fabriquer, jamais un univers. La différence est si grande que l'on peut seulement deviner une cause un peu semblable, pas la prouver.
sans réponse
Une analogie ne vaut que si les cas se ressemblent. Nous avons vu des milliers de maisons et de montres se fabriquer, jamais un univers. La différence est si grande que l'on peut seulement deviner une cause un peu semblable, pas la prouver.
Diderot (Saunderson, dans la Lettre sur les aveugles) 1749 · attaque la prémisse 4L'ordre peut venir d'un tri sans intelligence : la matière a produit d'innombrables combinaisons, les ratées ont disparu, et seules sont restées celles qui pouvaient vivre et se reproduire.
Voltaire répond
L'ordre peut venir d'un tri sans intelligence : la matière a produit d'innombrables combinaisons, les ratées ont disparu, et seules sont restées celles qui pouvaient vivre et se reproduire.
Darwin (L'Origine des espèces) 1859 · attaque la prémisse 2Les organes ne sont pas faits pour une fin : la sélection naturelle, sur des millions d'années, garde les variations utiles et élimine les autres. Elle produit l'apparence du dessein sans dessein. L'œil n'est pas une montre, c'est le résultat d'une longue histoire.
sans réponse
Les organes ne sont pas faits pour une fin : la sélection naturelle, sur des millions d'années, garde les variations utiles et élimine les autres. Elle produit l'apparence du dessein sans dessein. L'œil n'est pas une montre, c'est le résultat d'une longue histoire.