QuestionsDieu existe-t-il ?Tout ouvrage démontre un ouvrier
Dieu existe-t-il ?DéismeTéléologique (le dessein)

Tout ouvrage démontre un ouvrier

Voltaire 1694 · 1778Écraser l'intolérance par la raison et l'ironie.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Il existe un ouvrier du monde, très puissant et très intelligent. C'est « une probabilité qui approche de la plus grande certitude », mais la raison ne dit pas s'il est infini ni s'il a tiré la matière du néant.

Pourquoi

Le monde montre partout des moyens disposés pour une fin, et tout ouvrage de ce genre annonce un ouvrier.

En bref

« Tout ouvrage démontre un ouvrier » est un argument de Voltaire (Philosophe ignorant, 15 (1766) ; « Dieu », section I (manuscrit publié après sa mort)) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : Il existe un ouvrier du monde, très puissant et très intelligent. C'est « une probabilité qui approche de la plus grande certitude », mais la raison ne dit pas s'il est infini ni s'il a tiré la matière du néant. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Philosophe ignorant, 15 (1766) ; « Dieu », section I (manuscrit publié après sa mort)
Valide avec une prémisse implicite

Voltaire combat les Églises, mais il croit en Dieu. Sa raison est simple : quand on voit une montre, on pense à un horloger. Or l'univers, avec ses lois mécaniques et ses organes faits pour une fin, ressemble à une immense machine. Il en conclut à un ouvrier très puissant et très intelligent. Il reste prudent sur le reste : il ne sait pas si cet ouvrier est infini, ni s'il a créé la matière. C'est le Dieu des déistes, pas celui des dogmes. Classement : l'argument prouve seulement un ouvrier intelligent, ce que théistes et déistes acceptent tous deux ; nous le rangeons en déisme parce que Voltaire arrête lui-même la conclusion là, sans Providence ni révélation.

P1Tout ouvrage qui montre des moyens disposés pour une fin annonce un ouvrier.
P2L'univers montre partout des moyens et des fins : un ordre, des lois mécaniques et géométriques, des organes faits pour servir.
P3 · prémisse impliciteL'univers peut être jugé comme un ouvrage : ce qui vaut pour une montre ou une maison vaut aussi pour lui.
P4Il y a dans le monde des êtres intelligents, et des êtres intelligents ne peuvent pas avoir été formés par une cause aveugle et insensible.
Donc il existe un ouvrier du monde, très puissant et très intelligent. C'est « une probabilité qui approche de la plus grande certitude », mais la raison ne dit pas s'il est infini ni s'il a tiré la matière du néant.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'univers montre des moyens et des fins, où tout ouvrage annonce un ouvrier, mais où l'univers n'est pas un ouvrage au sens où une montre en est un : rien ne permet alors de conclure à un ouvrier.
Valide avec P3. P1 et P2 ne suffisent pas : il faut encore admettre que l'univers est un « ouvrage », comparable à ce que fabriquent les humains. C'est la prémisse que Hume attaque. P4 ajoute une raison indépendante : l'intelligence ne peut pas sortir de ce qui n'en a pas. Diderot et, plus tard, Darwin visent ce point et P2. Voltaire lui-même limite la conclusion : une très forte probabilité, et un ouvrier dont il ignore presque tout.
Analogie. Tu trouves une montre sur une plage. Tu ne penses pas que les vagues l'ont assemblée : quelqu'un l'a fabriquée. Voltaire dit : le monde est une montre bien plus savante. Toute la question est de savoir si le monde ressemble assez à une montre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 3

Une analogie ne vaut que si les cas se ressemblent. Nous avons vu des milliers de maisons et de montres se fabriquer, jamais un univers. La différence est si grande que l'on peut seulement deviner une cause un peu semblable, pas la prouver.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (1778).
Le débat continue (notre résumé) Les Dialogues paraissent en 1779, un an après la mort de Voltaire. Il avait déjà, de lui-même, limité sa conclusion : une « probabilité », un ouvrier dont on ne sait s'il est infini ni s'il a créé la matière. Hume et lui sont donc plus proches qu'il n'y paraît ; ils se séparent sur la force de l'analogie : « presque certaine » pour Voltaire, « une conjecture » pour Philon.
Diderot (Saunderson, dans la Lettre sur les aveugles) 1749 · attaque la prémisse 4

L'ordre peut venir d'un tri sans intelligence : la matière a produit d'innombrables combinaisons, les ratées ont disparu, et seules sont restées celles qui pouvaient vivre et se reproduire.

Voltaire répond
Voltaire Réponse de Voltaire à d'Holbach, pas à Diderot (Questions sur l'Encyclopédie, « Dieu », 1771)
Voltaire répond à cette idée quand d'Holbach la reprend (1770) : prétendre que la matière aveugle et sans choix produit des êtres intelligents, c'est affirmer sans preuve une chose contradictoire. Produire sans intelligence des êtres qui en ont, est-ce concevable ?
Le débat continue (notre résumé) Pour Diderot, ce n'est pas contradictoire : la sensibilité et la pensée peuvent naître de la matière organisée, comme l'œuf devient un poussin. Voltaire avait aussi écrit à Diderot dès 1749 qu'il n'était pas de l'avis de Saunderson ; cette lettre n'est pas dans notre corpus.
Darwin (L'Origine des espèces) 1859 · attaque la prémisse 2

Les organes ne sont pas faits pour une fin : la sélection naturelle, sur des millions d'années, garde les variations utiles et élimine les autres. Elle produit l'apparence du dessein sans dessein. L'œil n'est pas une montre, c'est le résultat d'une longue histoire.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1859, après sa mort (1778).
Le débat continue (notre résumé) Des défenseurs du dessein répondent que la sélection explique les vivants, pas les lois de la physique elles-mêmes, ces « lois mécaniques et géométriques » que Voltaire admirait d'abord. C'est le débat actuel sur l'ajustement fin des constantes de l'univers.