QuestionsDieu existe-t-il ?Les planètes tournent toutes dans le même sens : ce système a un Seigneur
Dieu existe-t-il ?ThéismeTéléologique (le dessein)

Les planètes tournent toutes dans le même sens : ce système a un Seigneur

L'argument du dessein de Newton (Scholie générale)

Isaac Newton 1643 · 1727Physicien et mathématicien qui fonde la mécanique sur un temps et un espace absolus, vrais et mathématiques.
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Ce qu'il soutient

Ce très beau système du Soleil, des planètes et des comètes n'a pu naître que du dessein et de la souveraineté d'un Être intelligent et puissant. Si les étoiles fixes sont les centres de systèmes semblables, tous sont soumis au même Seigneur.

Pourquoi

La gravité garde les planètes en orbite mais n'explique pas leur disposition, très régulière alors que les comètes vont partout.

La même idée à travers l'histoire
Cicéron45 av. J.-C.Dans De la nature des dieux (II, 34-38), le stoïcien Balbus dit déjà que l'ordre régulier des astres révèle une raison qui les gouverne.
Isaac Newton1692Dans ses lettres au théologien Richard Bentley, Newton dit qu'aucune cause naturelle ne peut fixer toutes les planètes dans le même sens et dans le même plan : « Cela doit avoir été l'effet d'un dessein ».
Isaac Newton1713Dans la Scholie générale ajoutée à la 2e édition des Principia, Newton en fait la conclusion publique de son livre : le système du Soleil, des planètes et des comètes vient du dessein et de la souveraineté d'un Être intelligent et puissant.
William Paley1802Paley reprend la logique, mais l'applique aux êtres vivants plutôt qu'aux orbites.Robin Collins2009Après la théorie de la nébuleuse, les défenseurs du dessein déplacent la question vers les lois et les constantes de la physique.
En bref

« Les planètes tournent toutes dans le même sens : ce système a un Seigneur » est un argument d'Isaac Newton (Principia, 2e éd. (1713), Scholie générale ; lettres à Bentley (1692-1693), 1692) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Ce très beau système du Soleil, des planètes et des comètes n'a pu naître que du dessein et de la souveraineté d'un Être intelligent et puissant. Si les étoiles fixes sont les centres de systèmes semblables, tous sont soumis au même Seigneur. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Principia, 2e éd. (1713), Scholie générale ; lettres à Bentley (1692-1693)
Valide avec une prémisse implicite

Newton vient de prouver que la gravité explique pourquoi les planètes tournent autour du Soleil. Il pourrait s'arrêter là. Dans la Scholie générale qui clôt les Principia, il pose une question de plus : et la disposition des orbites ? Les six planètes connues tournent dans le même sens, presque dans le même plan. Les comètes, elles, arrivent de toutes les directions. Si c'était l'effet de la seule mécanique, pourquoi les unes sont-elles si ordonnées et les autres si libres ? Pour Newton, une telle régularité vient d'un choix, et ce choix a un auteur.

P1Les lois de la gravité expliquent comment les planètes et les comètes restent sur leurs orbites, mais elles n'expliquent pas pourquoi ces orbites ont au départ la position régulière qu'on leur voit.
P2Les planètes et leurs lunes tournent toutes dans le même sens, sur des cercles à peu près concentriques et presque dans le même plan.
P3De simples causes mécaniques ne peuvent pas produire tant de mouvements réguliers : les comètes, soumises aux mêmes lois, vont dans toutes les directions sur des orbites très allongées.
P4 · prémisse impliciteUn ensemble de mouvements très ordonnés, que ni les lois du mouvement ni une cause mécanique aveugle n'expliquent, vient d'un être intelligent qui l'a voulu ainsi.
Donc ce très beau système du Soleil, des planètes et des comètes n'a pu naître que du dessein et de la souveraineté d'un Être intelligent et puissant. Si les étoiles fixes sont les centres de systèmes semblables, tous sont soumis au même Seigneur.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait accepter P1 à P3 et dire : il existe peut-être une cause naturelle que nous ne connaissons pas encore, par exemple un état primitif du Soleil qui a tout mis en mouvement. Ce serait une cause, mais pas un dessein.
L'argument est valide. P1 écarte les lois seules, P2 décrit la régularité, P3 écarte le hasard mécanique ; P4 fait le dernier pas : ce que ni les lois ni le hasard n'expliquent vient d'une intelligence. Newton ne l'écrit pas, mais sans elle la conclusion ne suit pas.
Analogie. Des soldats défilent en rangs, tous dans le même sens, au même pas. Personne ne pense que le vent les a alignés par hasard. Sur la même place, des passants vont dans tous les sens : eux n'ont pas reçu d'ordre. Newton voit les planètes comme les soldats, et les comètes comme les passants.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Gottfried Wilhelm Leibniz 1715 · attaque la conclusion

Leibniz s'en prend à la théologie qui accompagne la physique de Newton et de ses disciples : un Dieu qui doit remonter sa montre de temps en temps, ou réparer son œuvre, serait un mauvais horloger. Un Dieu parfait a prévu dès le début un monde qui marche sans retouches.

un défenseur répond
Samuel Clarke défenseur de l'argument · 1715
Clarke, porte-parole de Newton, répond que l'idée d'un monde-machine qui marche sans Dieu, comme une horloge sans horloger, mène au matérialisme et au destin. L'horloger humain ne fait qu'assembler des forces qu'il n'a pas créées ; Dieu, lui, est l'auteur et le soutien continuel de ces forces : son gouvernement permanent est une gloire, pas un défaut.
Gottfried Wilhelm Leibniz 1715
Leibniz répond par un dilemme : si Dieu doit corriger le cours de la nature, il le fait soit surnaturellement, et alors on explique la nature par des miracles, ce qui revient à réfuter l'hypothèse par l'absurde ; soit naturellement, et alors Dieu fait partie de la nature, comme l'âme du monde.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur ce qu'on attend de Dieu. Pour Clarke, un monde sans intervention divine serait un monde sans Dieu. Pour Leibniz, un Dieu qui intervient explique trop facilement tout, et la science avec. Remarque : la Scholie de Newton place le dessein à l'origine des orbites et précise que Dieu gouverne « non comme l'âme du monde, mais comme Seigneur de tout » ; l'accusation de Leibniz vise surtout l'idée, que Newton défend ailleurs, d'une correction continue.
Pierre-Simon de Laplace 1814 · attaque la prémisse 3

Laplace applique le calcul des probabilités à la régularité que Newton avait relevée, et en tire une autre conclusion. Que les 43 mouvements du système solaire aillent dans le même sens, ce n'est pas le hasard : plus de quatre mille milliards de chances contre une. Donc il y a bien une cause commune. Mais cette cause est physique : le Soleil était autrefois entouré d'une vaste atmosphère qui a donné leur mouvement aux planètes. Une cause mécanique suffit donc.

un défenseur répond
voir l'argument
Robin Collins défenseur de l'argument · 2009
Collins déplace l'argument du dessein vers les lois et les constantes de la physique : pour qu'un univers permette des étoiles, des planètes et la vie, ces valeurs doivent tomber dans une fourchette très étroite. Même si la nébuleuse explique les orbites, rien n'explique pourquoi les lois sont telles qu'elles.
voir l'argument
Le débat continue (notre résumé) Newton est mort en 1727 et n'a pas pu répondre à Laplace. Un défenseur du dessein peut accorder que la théorie de la nébuleuse explique les orbites, mais demander d'où viennent les lois de la physique et l'état initial de la nébuleuse : la question change de niveau, elle ne disparaît pas.
Où en est le débat (notre résumé)La plupart des astronomes acceptent que les orbites s'expliquent par la formation du système solaire à partir d'un disque de gaz, et non par un choix. Le débat s'est déplacé : il porte sur l'origine des lois et des constantes elles-mêmes, où chaque camp trouve sa réponse (dessein, hasard parmi de nombreux univers, nécessité).
David Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la conclusion

Même si l'on accorde un ordre qui demande une cause intelligente, que sait-on de cette cause ? Philon rappelle qu'un ouvrage admirable peut venir d'un ouvrier médiocre qui a imité d'autres ouvriers et s'est trompé souvent : de nombreux mondes ont pu être ratés avant celui-ci. À partir d'un seul monde, on ne peut pas dire où est la vérité, ni même la probabilité.

sans réponse
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (1727).
Le débat continue (notre résumé) Newton est mort en 1727, avant les Dialogues. Il répond en partie par avance dans la Scholie : nous ne connaissons Dieu que par ses ouvrages et ses causes finales, et nous l'adorons à cause de sa souveraineté ; il ne prétend pas connaître sa nature. Cela ne répond pas à Philon : l'ordre prouve-t-il un seul Seigneur, parfait, plutôt qu'un ouvrier imparfait ou plusieurs ?
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Hume, Kant et d'autres ont contesté le passage de l'ordre à un créateur unique et parfait. Les défenseurs du dessein répondent souvent que l'argument ne prouve que l'existence d'un concepteur et qu'il se complète par d'autres preuves.
Emmanuel Kant 1781 · attaque la conclusion

Kant reconnaît que raisonner par analogie avec les œuvres de l'art humain est la voie la plus sûre. Mais cette preuve montre tout au plus un architecte du monde, limité par la matière qu'il travaille, et non un créateur à qui tout est soumis. Elle ne prouve donc pas le Seigneur tout-puissant de Newton.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1781, après sa mort (1727).
Le débat continue (notre résumé) Newton est mort en 1727. Sa Scholie ne s'appuie pas seulement sur l'ordre : elle définit Dieu par sa souveraineté (« dominion ») et dit qu'il constitue la durée et l'espace en existant toujours et partout. Reste à savoir si cette souveraineté se tire de l'observation des orbites, ce que Kant conteste.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : l'observation de l'ordre peut-elle établir plus qu'un concepteur limité ? Pour Kant, il faut un autre argument (transcendantal) pour passer à un créateur de la matière même.