Le réglage fin de l'univers : une coïncidence trop parfaite ?
L'argument du réglage fin
Le réglage fin de l'univers est un indice fort en faveur de l'existence d'un concepteur, Dieu (un indice, pas une preuve : il faut encore le peser avec les autres).
Un univers réglé pour la vie est bien plus probable avec un Dieu qu'avec un univers unique sans concepteur, où ce serait un hasard.
« Le réglage fin de l'univers : une coïncidence trop parfaite ? » est un argument de Robin Collins (Collins, « The Teleological Argument » (2009) ; « The Fine-Tuning Design Argument » (1999), 2009) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Le réglage fin de l'univers est un indice fort en faveur de l'existence d'un concepteur, Dieu (un indice, pas une preuve : il faut encore le peser avec les autres). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Depuis les années 1970, des physiciens ont remarqué que plusieurs nombres de base de la physique (la force de la gravité, la masse des particules, l'énergie du vide) et l'état de départ de l'univers semblent devoir tomber dans une marge très étroite pour que des étoiles, des atomes variés et donc la vie puissent exister. On appelle cela le « réglage fin ». Par exemple, selon le physicien Sean Carroll, pourtant adversaire de l'argument, l'énergie du vide est réglée à une partie sur 10 puissance 120. Robin Collins en tire un argument prudent : il ne dit pas que le réglage fin prouve Dieu, mais qu'il est un indice fort, comme des empreintes digitales sur une arme. Un univers fait pour la vie n'a rien d'étonnant si un Dieu bon l'a voulu ; il est extrêmement improbable s'il n'y a qu'un seul univers, sans personne derrière. L'ampleur exacte du réglage fin est discutée entre physiciens, et la valeur de l'argument entre philosophes.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve une situation où tout le reste est vrai : le réglage fin favorise bien Dieu contre le hasard d'un univers unique, mais une autre explication (par exemple un très grand nombre d'univers) l'explique aussi bien. Le réglage fin n'est alors pas un indice en faveur de Dieu plutôt que de cette autre explication.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Brandon Carter (le principe anthropique) 1974 · attaque la prémisse 3Le physicien Brandon Carter formule en 1974 le « principe anthropique » : ce que nous pouvons nous attendre à observer est limité par les conditions nécessaires à notre présence comme observateurs. Les critiques de l'argument en tirent une objection : il n'y a rien d'étonnant à observer un univers réglé pour la vie, puisque dans un autre univers nous ne serions pas là pour l'observer. Le réglage fin ne réclamerait donc aucune explication.
Collins répond
Le physicien Brandon Carter formule en 1974 le « principe anthropique » : ce que nous pouvons nous attendre à observer est limité par les conditions nécessaires à notre présence comme observateurs. Les critiques de l'argument en tirent une objection : il n'y a rien d'étonnant à observer un univers réglé pour la vie, puisque dans un autre univers nous ne serions pas là pour l'observer. Le réglage fin ne réclamerait donc aucune explication.
Brandon Carter (l'« ensemble de mondes »), puis les défenseurs du multivers 1974 · attaque la prémisse 5Dans le même texte, Carter envisage un « ensemble de mondes » : un très grand nombre d'univers, avec toutes les combinaisons possibles de constantes. S'il existe assez d'univers, il est normal que quelques-uns permettent la vie, et nous nous trouvons forcément dans l'un d'eux. C'est l'hypothèse du multivers, que plusieurs physiciens défendent aujourd'hui. Elle expliquerait le réglage fin sans concepteur, comme un gagnant du loto s'explique s'il y a des millions de joueurs.
Collins répond
Dans le même texte, Carter envisage un « ensemble de mondes » : un très grand nombre d'univers, avec toutes les combinaisons possibles de constantes. S'il existe assez d'univers, il est normal que quelques-uns permettent la vie, et nous nous trouvons forcément dans l'un d'eux. C'est l'hypothèse du multivers, que plusieurs physiciens défendent aujourd'hui. Elle expliquerait le réglage fin sans concepteur, comme un gagnant du loto s'explique s'il y a des millions de joueurs.
Voir la suite du débat (3)
Richard Dawkins 2006 · attaque la conclusion« Qui a conçu le concepteur ? » Un Dieu capable de régler un univers serait lui-même au moins aussi complexe, donc encore plus improbable que ce qu'il doit expliquer. Invoquer Dieu ne résout rien : cela déplace le problème d'un étage. (Voir l'argument de Dawkins, « le Boeing 747 ultime ».)
Collins répond
« Qui a conçu le concepteur ? » Un Dieu capable de régler un univers serait lui-même au moins aussi complexe, donc encore plus improbable que ce qu'il doit expliquer. Invoquer Dieu ne résout rien : cela déplace le problème d'un étage. (Voir l'argument de Dawkins, « le Boeing 747 ultime ».)
TTimothy McGrew, Lydia McGrew et Eric Vestrup 2001 · attaque la prémisse 3Pour dire qu'une constante a « très peu de chances » de tomber dans la bonne marge, il faut répartir les chances sur toutes les valeurs possibles. Or ces valeurs vont de zéro à l'infini. Sur une ligne infinie, si toutes les valeurs ont les mêmes chances, chaque marge finie a une chance nulle, et le total ne fait pas 1 : on ne peut pas définir de probabilité. Et si l'on passe outre, l'argument marcherait même pour une marge immense : l'étroitesse de la marge, qui fait toute sa force, ne compterait plus.
Collins répond
Pour dire qu'une constante a « très peu de chances » de tomber dans la bonne marge, il faut répartir les chances sur toutes les valeurs possibles. Or ces valeurs vont de zéro à l'infini. Sur une ligne infinie, si toutes les valeurs ont les mêmes chances, chaque marge finie a une chance nulle, et le total ne fait pas 1 : on ne peut pas définir de probabilité. Et si l'on passe outre, l'argument marcherait même pour une marge immense : l'étroitesse de la marge, qui fait toute sa force, ne compterait plus.
EElliott Sober (l'effet de sélection d'observation) 2004 · attaque la prémisse 3Exemple de l'astronome Eddington : je pêche avec un filet dont les trous font 25 centimètres, et tous les poissons pris sont plus grands que cela. Je n'en apprends rien sur le lac, car ce filet ne pouvait pas attraper autre chose. De même, nous ne pouvions observer que des constantes favorables à la vie, quelle que soit leur origine. Notre observation est filtrée : elle ne permet donc pas de départager le dessein et le hasard. (Objection formulée en 2004, précisée en 2009.)
Collins répond
Exemple de l'astronome Eddington : je pêche avec un filet dont les trous font 25 centimètres, et tous les poissons pris sont plus grands que cela. Je n'en apprends rien sur le lac, car ce filet ne pouvait pas attraper autre chose. De même, nous ne pouvions observer que des constantes favorables à la vie, quelle que soit leur origine. Notre observation est filtrée : elle ne permet donc pas de départager le dessein et le hasard. (Objection formulée en 2004, précisée en 2009.)