QuestionsDieu existe-t-il ?La montre et l'œil
Dieu existe-t-il ?ThéismeTéléologique (le dessein)

La montre et l'œil

L'argument de l'horloger

William Paley 1743 · 1805Une montre trouvée par terre suppose un horloger ; l'œil et le vivant supposent un Créateur.
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Ce qu'il soutient

Les êtres vivants ont un concepteur intelligent. Paley va plus loin : « Le dessein doit avoir eu un concepteur. Ce concepteur doit avoir été une personne. Cette personne est DIEU. »

Pourquoi

Une montre aux pièces ajustées pour un but a un fabricant ; les êtres vivants montrent un agencement au moins aussi fin, donc un concepteur.

La même idée à travers l'histoire
Cicéron45 av. J.-C.Dans De la nature des dieux (II, 34-38), le stoïcien Balbus dit déjà : si l'on apportait chez des peuples lointains la sphère mécanique de Posidonius, qui reproduit le mouvement des astres, personne ne douterait qu'elle soit l'œuvre de la raison. Devant une machine, une sphère ou une horloge, on ne doute pas de l'intelligence qui l'a faite ; pourquoi en douter devant le ciel ?
Thomas d'Aquin1270Cinquième voie (Somme de théologie I, q. 2, a. 3) : des choses sans intelligence agissent pourtant en vue d'un but ; il faut donc qu'une intelligence les dirige, « comme la flèche par l'archer ».
Voltaire1766« Tout ouvrage démontre un ouvrier » : Voltaire compare déjà le monde à une horloge, mais s'arrête à un ouvrier dont il ne sait presque rien.Hume1779Dans les Dialogues, Cléanthe défend l'argument (le monde est « une grande machine »), puis Philon le critique. Paley écrit vingt-trois ans plus tard, en tenant compte de ces critiques sans nommer Hume.
William Paley1802Paley donne à l'argument sa forme la plus célèbre : la montre trouvée sur la lande, puis l'œil comparé à une lunette, et des centaines d'exemples tirés de l'anatomie.
Robin Collins2009Après Darwin, les défenseurs du dessein passent des êtres vivants aux lois de la physique : c'est l'argument du réglage fin de l'univers.Isaac Newton1713L'ordre du système solaire ne peut venir que d'un Être intelligent et puissant, écrit Newton dans la Scholie générale ajoutée à la seconde édition des Principia.
En bref

« La montre et l'œil » est un argument de William Paley (Théologie naturelle, ch. I à III (1802), 1802) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Les êtres vivants ont un concepteur intelligent. Paley va plus loin : « Le dessein doit avoir eu un concepteur. Ce concepteur doit avoir été une personne. Cette personne est DIEU. ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Théologie naturelle, ch. I à III (1802)
Valide avec une prémisse implicite

En marchant sur une lande, je bute contre une pierre : elle a pu être là depuis toujours. Mais si je trouve une montre, je ne dirai jamais cela. Pourquoi ? Parce que ses pièces sont ajustées les unes aux autres pour un but : marquer l'heure. Quelqu'un l'a donc fabriquée. William Paley, pasteur anglais, applique ce raisonnement aux êtres vivants. L'œil est construit comme une lunette, et mieux qu'elle : il a donc, lui aussi, un concepteur. Son livre, Théologie naturelle (1802), a été le manuel de toute une génération ; le jeune Darwin l'admirait. Il a aussi été la cible principale de la théorie de l'évolution.

P1Quand un objet montre un agencement, c'est-à-dire des pièces ajustées les unes aux autres pour un but, et qu'aucune cause aveugle ne l'explique, il a eu un concepteur intelligent. C'est ce que chacun conclut devant une montre, même sans en avoir jamais vu fabriquer.
P2Les êtres vivants montrent un agencement au moins aussi net que celui de la montre : l'œil est construit sur les mêmes principes qu'une lunette, et il la dépasse.
P3Les causes aveugles qu'on propose n'expliquent pas cet agencement : ni le hasard (une combinaison parmi d'autres), ni une « loi » de la matière, ni une suite sans fin de machines qui se reproduisent (une montre qui fabriquerait des montres ne ferait que reculer la question).
P4 · prémisse impliciteIl n'existe pas d'autre cause aveugle possible : une cause sans intelligence ne pourrait être que le hasard, une loi de la matière ou une suite sans fin de machines.
Donc les êtres vivants ont un concepteur intelligent. Paley va plus loin : « Le dessein doit avoir eu un concepteur. Ce concepteur doit avoir été une personne. Cette personne est DIEU. »

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'œil montre un agencement, où le hasard, les lois et la suite de machines échouent tous, et où pourtant une autre cause aveugle produit l'agencement : il n'y a alors pas de concepteur. C'est la place que prendra la sélection naturelle.
Valide avec P4. P1, P2 et P3 ne suffisent pas : il faut encore dire que les causes aveugles écartées sont les seules possibles. Paley le suppose sans le prouver. Il a pourtant examiné une autre idée, au chapitre V : un tri qui aurait gardé les formes viables parmi une foule de formes ratées. Il la rejette, car il ne voit dans la nature aucune trace d'un tel processus. C'est exactement sur ce point que Darwin, en 1859, apporte du nouveau. Enfin, la dernière phrase (« cette personne est Dieu ») va au-delà de ce que montre l'argument : il montre au mieux un concepteur, et Paley consacre d'autres chapitres à l'unité et à la bonté de Dieu.
Analogie. Tu trouves un téléphone dans l'herbe. Tu ne te demandes pas si la pluie l'a assemblé : quelqu'un l'a conçu, même si tu ne connais ni l'usine ni l'ingénieur. Paley dit : un œil est plus ingénieux qu'un téléphone. Toute la question est de savoir s'il existe, pour les vivants, une autre façon de fabriquer de l'ingénieux.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 1

Nous concluons qu'une maison ou une montre a un fabricant parce que nous avons vu des milliers de maisons et de montres se fabriquer. Mais personne n'a jamais vu se former un monde ni un être vivant. Juger de leur cause par ressemblance avec nos machines, c'est raisonner sans expérience.

Paley répond
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William Paley 1802 · Réponse de Paley (il ne nomme pas Hume)
Cela n'affaiblirait pas la conclusion, même si nous n'avions jamais vu fabriquer une montre, ni connu un artisan capable d'en faire une. Notre ignorance de la fabrication augmente notre admiration pour l'artisan inconnu, elle ne fait pas douter de son existence. Et peu importe que cet artisan soit un humain ou un être d'une autre nature.
Le débat continue (notre résumé) Les héritiers de Hume trouvent la réponse incomplète : devant une montre inconnue, on sait au moins que des horlogers existent et ce qu'ils fabriquent ; devant la vie, on suppose justement un fabricant d'une autre sorte, que personne n'a jamais observé. Paley a pourtant déplacé le débat de façon habile : il ne compare plus l'univers entier à une maison, comme le Cléanthe de Hume, mais un organe précis, l'œil, à un instrument précis, la lunette, là où la ressemblance est la plus forte.
Où en est le débat (notre résumé)Paley soutient que ne pas avoir vu fabriquer l'objet ne retire rien à l'inférence ; les héritiers de Hume demandent ce qui garantit l'analogie quand la cause supposée est d'une autre sorte. Le débat se poursuit sous forme probabiliste (voir l'argument de Hume et celui du réglage fin).
Charles Darwin 1859 · attaque la prémisse 4

Il existe une autre cause aveugle : la sélection naturelle. Les êtres varient un peu à chaque génération ; les variations utiles sont gardées, les autres éliminées ; sur des millions d'années, de petites améliorations s'additionnent et produisent des organes qui semblent conçus. Darwin, qui avait admiré Paley, écrit plus tard : « Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que Paley le présente, qui me paraissait autrefois si concluant, tombe, maintenant que la loi de la sélection naturelle a été découverte. »

Paley répond
William Paley 1802 · Réponse anticipée de Paley, à une idée voisine : un tri des formes ratées
Paley connaissait l'idée d'un tri : la nature aurait produit d'innombrables formes, et seules celles qui pouvaient vivre seraient restées. Il répond qu'elle ne repose sur rien de ce que nous observons : aucune expérience de ce genre ne se fait sous nos yeux, aucune force ne pousse sans cesse de nouvelles formes à l'existence. Et un tri au hasard n'expliquerait pas l'ordre du vivant, rangé en genres et en espèces.
Charles Darwin 1859 · Ce que Darwin change
Darwin ne parle pas d'un tri unique parmi des formes tirées au sort, mais de très petites variations, observables chez les animaux d'élevage, accumulées pas à pas. Il admet que former l'œil ainsi « semble absurde au plus haut degré ». Mais la raison dit que c'est possible si l'on trouve de nombreux yeux intermédiaires, du plus simple au plus parfait, chacun utile à celui qui le possède. Et l'ordre en genres et en espèces s'explique, selon lui, par la descendance commune.
Voir la suite du débat (2)
M
Michael Behe 1996 · Un défenseur moderne du dessein
Darwin lui-même a donné le test : si un organe complexe ne pouvait pas se former par de nombreuses petites modifications successives, sa théorie s'effondrerait. Or la cellule contient des systèmes « irréductiblement complexes » : plusieurs pièces ajustées, dont chacune est nécessaire. Retirez-en une, le système ne marche plus. Un tel système ne peut pas être construit petit à petit, puisque les étapes intermédiaires ne servent à rien. Pour Behe, c'est la montre de Paley retrouvée au niveau des molécules.
K
Kenneth Miller 1999
Résumé : Miller soutient que les pièces d'un système prétendument irréductible ont pu servir d'abord à une autre fonction, puis être recrutées pour la fonction actuelle. Le système n'a donc pas à se former d'un coup : ses étapes intermédiaires ont pu être utiles à autre chose.
Le débat continue (notre résumé) La réponse de Paley visait l'idée ancienne d'un tri en une fois (celle de Lucrèce ou de Diderot), pas la sélection lente de Darwin ; sur ce point, l'histoire a donné raison à Darwin, et la sélection est aujourd'hui observée. Contre Behe, la réponse de Miller est celle de la plupart des biologistes. Le débat se poursuit sur des cas précis, comme le flagelle des bactéries.
Où en est le débat (notre résumé)L'évolution par sélection naturelle explique l'adaptation des vivants ; le désaccord porte sur sa portée. Behe soutient que certains systèmes de la cellule ne peuvent pas se former graduellement, Miller et d'autres répondent par la récupération de pièces. Le débat sur des cas précis (par exemple le flagelle des bactéries) continue.
Richard Dawkins (L'Horloger aveugle) 1986 · attaque la prémisse 2

Paley a raison sur un point : l'œil a vraiment l'air conçu, et il faut l'expliquer. Mais l'analogie entre la lunette et l'œil, entre la montre et le vivant, est fausse. Le seul horloger de la nature est fait des forces aveugles de la physique, organisées d'une façon très particulière : la sélection cumulative, qui n'est ni le hasard ni un dessein. C'est un horloger aveugle.

Paley répond
voir l'argument
Richard Swinburne 2004
Darwin n'a pas détruit l'argument, il l'a déplacé. La sélection ne produit des animaux et des humains qu'à partir d'une matière d'un certain type, soumise à des lois d'un certain type. Il reste à expliquer pourquoi l'univers a justement ces lois et cette matière-là, capables de produire la vie. L'ordre des lois de la nature demande, lui aussi, une explication.
Le débat continue (notre résumé) Le débat change alors de terrain : il ne porte plus sur l'œil mais sur les lois et les constantes de la physique (voir l'argument du réglage fin, et la réplique de Dawkins : « qui a conçu le concepteur ? »). Beaucoup de théistes acceptent aujourd'hui l'évolution et placent le dessein dans les lois, pas dans chaque organe.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux camps admettent que l'œil a l'apparence d'un dessein. Le désaccord de fond porte sur ce qui explique cette apparence, et sur la question de savoir si les lois qui rendent la sélection possible demandent elles-mêmes une explication (voir l'argument du réglage fin).
Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la conclusion

Même si l'on accorde un concepteur, rien ne dit qu'il est unique, parfait ou bon. Ce monde pourrait être « l'essai grossier de quelque Dieu encore enfant », abandonné ensuite, ou l'œuvre de plusieurs dieux, ou d'un dieu mort depuis.

Paley répond
voir l'argument
William Paley 1802 · Réponse de Paley (chapitre XXV, sans nommer Hume)
La preuve de l'unité de Dieu est l'uniformité du plan de l'univers : la même gravitation fait tomber la pierre et tourner la lune, on retrouve partout les mêmes lois, et nulle part on n'entre dans le domaine d'un autre créateur.
Le débat continue (notre résumé) Un plan uniforme suggère un seul auteur, ou des auteurs qui travaillent ensemble ; il ne dit pas que cet auteur est tout-puissant ni bon. Paley consacre à la bonté de Dieu un autre chapitre, qui doit affronter la souffrance dans la nature : c'est le point de départ de l'argument du mauvais dessein de Darwin.
Où en est le débat (notre résumé)Paley répond sur l'unité du concepteur (uniformité du plan) ; la perfection et la bonté restent en débat, notamment avec la souffrance dans la nature (voir l'argument du mauvais dessein de Darwin). Désaccord de fond : jusqu'où l'ordre du monde permet de décrire le concepteur.
Ce qu'en disent les voix d'aujourd'hui
Le défendent
Alex O'ConnorAdmet qu'il est plausible de voir une intelligence derrière la majesté de la nature, et que Dieu derrière l'évolution n'est pas forcément un argument du Dieu bouche-trou.
John LennoxIl part de la structure de l'ADN, semblable à un langage : en voyant son nom écrit dans le sable, on en déduit aussitôt une source intelligente.
Cliffe KnechtleIl compare l'information de l'ADN à un message écrit dans le sable, qui exige une intelligence.
Mohammed HijabIl juge l'argument du dessein le plus intuitif, mais dit qu'il n'établit à lui seul que l'intelligence et la connaissance de Dieu, pas un Dieu tout-puissant.
Le critiquent
Jordan PetersonIl dit qu'il n'est « pas un grand fan de l'argument du dessein ». Il préfère l'argument de la conscience.
Neil deGrasse TysonIl rejette le dessein intelligent : il ne mène à aucune découverte et n'est pas de la science. Avec ses mots, si l'on veut mettre des philosophies de la création dans un cours de science, il se tiendra à la porte pour l'empêcher, mais elles ont leur place en religion comparée ou en philosophie.
Christopher HitchensDans son discours d'ouverture, il dit que nous ne sommes pas conçus mais issus de l'évolution.
Richard DawkinsL'Horloger aveugle répond à l'argument de l'horloger : c'est la sélection, et non un concepteur, qui explique la vie complexe.
Lawrence KraussIl dit que les objections du dessein intelligent à l'évolution ont chacune été réfutées, et demande qui a conçu le concepteur.
Peter SingerDepuis que l'évolution darwinienne explique comment les organismes se sont adaptés, l'argument du dessein est tombé en discrédit.