La guêpe qui dévore la chenille
L'argument du mauvais dessein (ou de l'imperfection)
Le détail des vivants n'a pas été voulu pièce par pièce par un Dieu bon et tout-puissant, et il ne donne aucune raison de le croire : rien n'oblige à penser que l'œil a été conçu exprès. La question de Dieu reste ouverte : Darwin penche pour des lois voulues, « les détails, bons ou mauvais, étant laissés » à ce qu'on peut appeler le hasard, et juge le sujet « trop profond pour l'intelligence humaine ».
Un Dieu bon qui aurait voulu chaque détail n'aurait pas fait la cruauté qu'on trouve chez les vivants, que la sélection naturelle prévoit.
« La guêpe qui dévore la chenille » est un argument de Charles Darwin (Lettre à Asa Gray, 22 mai 1860 ; L'Origine des espèces (1859), 1860) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : Le détail des vivants n'a pas été voulu pièce par pièce par un Dieu bon et tout-puissant, et il ne donne aucune raison de le croire : rien n'oblige à penser que l'œil a été conçu exprès. La question de Dieu reste ouverte : Darwin penche pour des lois voulues, « les détails, bons ou mauvais, étant laissés » à ce qu'on peut appeler le hasard, et juge le sujet « trop profond pour l'intelligence humaine ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Paley disait : regardez l'œil, il a été conçu. Darwin répond : regardez aussi le reste. Certaines guêpes, les ichneumons, pondent leurs œufs dans des chenilles vivantes, que les larves dévorent de l'intérieur. L'abeille meurt de son propre aiguillon. Des animaux portent des organes qui ne servent à rien. Un ingénieur tout-puissant et bon aurait-il fait cela exprès ? La sélection naturelle, elle, prévoit ces défauts. Darwin n'en conclut pas qu'il n'y a pas de Dieu : il écrit qu'il n'avait « aucune intention d'écrire en athée » et se dira plus tard agnostique. Classement : l'argument retire au détail de la nature sa valeur de preuve, sans trancher la question de Dieu ; c'est pourquoi nous le rangeons, comme Darwin lui-même, en agnosticisme. Gould et Dawkins l'utilisent ensuite en faveur de l'athéisme.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où les défauts existent, où la sélection les prévoit, et où l'on aurait pourtant une bonne raison de croire au dessein du détail : il faut donc dire que des faits mieux prévus par une autre explication ne comptent pas en faveur de celle-ci.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
William Paley 1802 · attaque la prémisse 1Une machine n'a pas besoin d'être parfaite pour montrer qu'elle a été faite dans un but. Une montre qui retarde reste une montre fabriquée. Les défauts posent une question sur l'habileté de l'artisan, pas sur son existence ; et ils peuvent venir de la résistance des matériaux ou d'une difficulté d'exécution que nous ne voyons pas.
sans réponse
Une machine n'a pas besoin d'être parfaite pour montrer qu'elle a été faite dans un but. Une montre qui retarde reste une montre fabriquée. Les défauts posent une question sur l'habileté de l'artisan, pas sur son existence ; et ils peuvent venir de la résistance des matériaux ou d'une difficulté d'exécution que nous ne voyons pas.
William Paley 1802 · attaque la prémisse 1Les crochets de la vipère, l'aiguillon de la guêpe, les griffes des prédateurs ont bien été voulus. La seule question est de savoir si, au bout du compte, c'est un mal. Notre savoir est limité : il peut y avoir des conséquences cachées qui feraient pencher la balance du bon côté. Et pour un animal sauvage, être tué vite par un prédateur vaut peut-être mieux que mourir lentement de faim et de vieillesse.
Darwin répond
Les crochets de la vipère, l'aiguillon de la guêpe, les griffes des prédateurs ont bien été voulus. La seule question est de savoir si, au bout du compte, c'est un mal. Notre savoir est limité : il peut y avoir des conséquences cachées qui feraient pencher la balance du bon côté. Et pour un animal sauvage, être tué vite par un prédateur vaut peut-être mieux que mourir lentement de faim et de vieillesse.
AAsa Gray 1860 · attaque la conclusionLe botaniste américain, ami de Darwin et chrétien, accepte la sélection. Mais tant que la cause des variations reste inconnue, on peut supposer qu'elles ont été guidées le long de lignes utiles, comme des ruisseaux qui creusent eux-mêmes leur lit mais dont le tracé a été voulu. La sélection serait l'outil du dessein, pas son remplaçant.
Darwin répond
Le botaniste américain, ami de Darwin et chrétien, accepte la sélection. Mais tant que la cause des variations reste inconnue, on peut supposer qu'elles ont été guidées le long de lignes utiles, comme des ruisseaux qui creusent eux-mêmes leur lit mais dont le tracé a été voulu. La sélection serait l'outil du dessein, pas son remplaçant.
MMichael Behe 1996 · attaque la prémisse 1L'argument de l'imperfection exige une perfection à tous les niveaux et suppose qu'on sait ce qu'un concepteur voulait faire. Or on ne peut guère connaître les raisons d'un concepteur, à moins qu'il ne nous les dise. Un objet imparfait, ou bricolé, peut très bien avoir été conçu : nos voitures et nos ordinateurs ne sont pas parfaits.
sans réponse
L'argument de l'imperfection exige une perfection à tous les niveaux et suppose qu'on sait ce qu'un concepteur voulait faire. Or on ne peut guère connaître les raisons d'un concepteur, à moins qu'il ne nous les dise. Un objet imparfait, ou bricolé, peut très bien avoir été conçu : nos voitures et nos ordinateurs ne sont pas parfaits.
Alvin Plantinga 1974 · attaque la prémisse 1Il est possible que le mal naturel vienne d'êtres libres non humains. Selon la doctrine traditionnelle, Satan, un puissant esprit créé avant l'homme, s'est révolté contre Dieu et cause depuis tout le mal qu'il peut. Si c'est possible, le mal dans la nature n'est pas incompatible avec un Dieu bon et tout-puissant.
sans réponse
Il est possible que le mal naturel vienne d'êtres libres non humains. Selon la doctrine traditionnelle, Satan, un puissant esprit créé avant l'homme, s'est révolté contre Dieu et cause depuis tout le mal qu'il peut. Si c'est possible, le mal dans la nature n'est pas incompatible avec un Dieu bon et tout-puissant.