L'aveugle Saunderson : un ordre sans concepteur
L'ordre de la nature ne prouve pas qu'un Dieu l'a conçu, et Dieu n'en donnerait pas une meilleure explication : sur l'origine des choses, mieux vaut avouer notre ignorance.
Une autre explication est possible : la matière a produit beaucoup d'êtres, et seuls les mieux formés ont subsisté, sans concepteur.
« L'aveugle Saunderson : un ordre sans concepteur » est un argument de Denis Diderot (Lettre sur les aveugles, 1749) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : L'ordre de la nature ne prouve pas qu'un Dieu l'a conçu, et Dieu n'en donnerait pas une meilleure explication : sur l'origine des choses, mieux vaut avouer notre ignorance. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un pasteur montre à un mathématicien aveugle, sur son lit de mort, les merveilles de la nature : elles prouvent Dieu. L'aveugle répond que cet ordre peut venir d'un tri : la matière a produit d'innombrables formes, les ratées ont disparu, seules celles qui pouvaient vivre et se reproduire sont restées. Attention : Saunderson a existé, mais ce discours est inventé par Diderot. C'est sa voix, sous un masque. Et Saunderson ne dit pas « Dieu n'existe pas » : il juge même téméraire de nier ce que Newton admettait. Il demande d'avouer notre ignorance. Le récit finit sur une énigme : dans son délire, il s'écrie « Ô Dieu de Clarke et de Newton, prends pitié de moi ! ». Prudence face à la censure ou vrai doute ? Les lecteurs en débattent. Diderot, lui, deviendra athée.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où un tri naturel est possible et s'accorde avec les faits, mais où l'ordre prouve quand même un concepteur, parce que cette autre explication, simplement possible, ne compte pas.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Diderot lui-même, trois ans plus tôt (Pensées philosophiques, 1746) 1746 · attaque la prémisse 2L'aile d'un papillon, l'œil d'un minuscule insecte montrent une intelligence aussi clairement que les livres de Newton montrent qu'il pensait. Et l'expérience prouve que la matière qui pourrit ne produit jamais seule rien d'organisé : la matière ne s'arrange pas toute seule en êtres vivants.
Diderot répond
L'aile d'un papillon, l'œil d'un minuscule insecte montrent une intelligence aussi clairement que les livres de Newton montrent qu'il pensait. Et l'expérience prouve que la matière qui pourrit ne produit jamais seule rien d'organisé : la matière ne s'arrange pas toute seule en êtres vivants.
William Paley 1802 · attaque la prémisse 4Un tri n'explique que la disparition des formes ratées, pas l'apparition d'organes aussi précis que l'œil. Dire qu'un ordre est « possible » par hasard ne suffit pas : on ne voit nulle part ces innombrables essais ratés, alors que l'œil montre tous les signes d'un outil conçu pour voir.
sans réponse
Un tri n'explique que la disparition des formes ratées, pas l'apparition d'organes aussi précis que l'œil. Dire qu'un ordre est « possible » par hasard ne suffit pas : on ne voit nulle part ces innombrables essais ratés, alors que l'œil montre tous les signes d'un outil conçu pour voir.
Richard Swinburne 1968 · attaque la prémisse 2Swinburne accorde que Darwin a expliqué l'ordre des vivants, l'agencement de leurs organes, par des lois naturelles : sur ce point, l'idée de Saunderson est devenue scientifique. Mais ce tri suppose lui-même un autre ordre, que rien ne trie : la régularité des lois de la nature, qui valent partout et toujours. C'est sur cet ordre-là que Swinburne fait reposer l'argument du dessein.
sans réponse
Swinburne accorde que Darwin a expliqué l'ordre des vivants, l'agencement de leurs organes, par des lois naturelles : sur ce point, l'idée de Saunderson est devenue scientifique. Mais ce tri suppose lui-même un autre ordre, que rien ne trie : la régularité des lois de la nature, qui valent partout et toujours. C'est sur cet ordre-là que Swinburne fait reposer l'argument du dessein.
Leibniz (l'être nécessaire) 1714 · attaque la prémisse 5Dieu n'est pas un nouveau nœud comme l'éléphant ou la tortue. Chaque chose du monde dépend d'une autre, et on peut toujours demander pourquoi. Mais Dieu est un être nécessaire : il porte en lui-même la raison de son existence. La question « et qui l'a fait, lui ? » ne se pose donc plus. C'est là qu'on peut s'arrêter.
un défenseur répond
Dieu n'est pas un nouveau nœud comme l'éléphant ou la tortue. Chaque chose du monde dépend d'une autre, et on peut toujours demander pourquoi. Mais Dieu est un être nécessaire : il porte en lui-même la raison de son existence. La question « et qui l'a fait, lui ? » ne se pose donc plus. C'est là qu'on peut s'arrêter.