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Contre l'argument du dessein

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

L'ordre du monde ne prouve pas l'existence du Dieu des religions : il suggère au mieux une cause vaguement semblable à une intelligence.

Pourquoi

Une analogie n'est forte que si les cas se ressemblent, et l'univers ressemble très peu à une machine fabriquée par un humain.

En bref

« Contre l'argument du dessein » est un argument de Hume (Dialogues, II et V) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : L'ordre du monde ne prouve pas l'existence du Dieu des religions : il suggère au mieux une cause vaguement semblable à une intelligence. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Dialogues, II et V
Valide avec une prémisse implicite

L'argument du dessein dit : le monde est ordonné comme une machine, donc il a un concepteur. Hume, par la voix de Philon, ne prétend pas que Dieu n'existe pas. Il montre que cet argument donne au mieux une hypothèse, et rien sur le Dieu des religions.

P1Une conclusion tirée par analogie n'est forte que si les cas se ressemblent beaucoup : plus ils diffèrent, plus elle s'affaiblit.
P2Or l'univers ressemble très peu à une maison ou à une machine fabriquée par un humain.
P3 · prémisse impliciteUne analogie faible donne une conjecture, pas une preuve.
P4Même si l'on accorde un concepteur, rien dans le monde ne dit s'il est unique, parfait, bon ou encore vivant.
Donc l'ordre du monde ne prouve pas l'existence du Dieu des religions : il suggère au mieux une cause vaguement semblable à une intelligence.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'analogie est faible et où elle prouverait quand même : il faut donc dire qu'une analogie faible ne fait qu'une conjecture.
Valide avec P3. La conclusion a deux volets indépendants : P1, P2 et P3 retirent à l'argument sa force de preuve ; P4 lui retire son objet, le Dieu unique et parfait. Il faudrait réfuter les deux pour sauver l'argument tel quel.
Analogie. Voir une maison et conclure à un architecte, c'est sûr : on a vu des milliers de maisons se construire. Voir l'univers et conclure à un architecte, c'est juger d'un objet unique, que personne n'a jamais vu naître.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

C
Cléanthe (dans le dialogue) attaque la prémisse 3

On n'a pas besoin d'un raisonnement savant : regardez un œil, l'idée d'un concepteur s'impose avec la force d'une sensation. Ce sont les objections qui sont abstraites et artificielles.

Hume répond
Hume Dans le dialogue
Dans le dialogue, Philon ne répond pas sur le moment : le narrateur le dit « embarrassé et confondu ». À la fin du livre, il accorde seulement que la cause de l'ordre a « quelque analogie éloignée » avec l'intelligence humaine.
Où en est le débat (notre résumé)Dans le texte, la réponse reste inachevée : Philon n'est pas réfuté mais n'insiste pas, et sa concession finale est volontairement vague. Le dialogue ne désigne pas de porte-parole, et les commentateurs discutent de ce que Hume pensait lui-même.
William Paley (la montre) 1802 · attaque la prémisse 4

Si je trouve une montre dans un champ, je conclus à un horloger, même si elle est imparfaite et même si je n'ai jamais vu fabriquer de montre. L'imperfection ou l'ignorance de l'auteur ne retire rien à la preuve du dessein.

Hume répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1802, après sa mort (1776).
John Stuart Mill 1874
Résumé : Mill ne suit pas Hume sur tout : comme Paley, il juge que les adaptations des êtres vivants sont un indice sérieux en faveur d'un dessein. Mais, sur ce point précis, il rejoint Hume : cet indice ne mène pas au Dieu des religions. Il désigne plutôt un concepteur au pouvoir limité, qui travaille avec des matériaux et des forces qu'il n'a pas faits. Le monde ne permet pas de conclure qu'il est tout-puissant ni parfait.
Richard Swinburne 2004
Résumé : Swinburne soutient que, parmi les hypothèses sur un concepteur, la plus simple est celle d'un être sans limite (pouvoir et savoir illimités) : poser une limite précise serait ajouter un chiffre arbitraire. À explication égale, il faut préférer l'hypothèse la plus simple.
Où en est le débat (notre résumé)Mill et Swinburne s'opposent sur ce que l'ordre du monde permet d'attribuer au concepteur : un pouvoir limité (ce que le monde montre, selon Mill) ou illimité (l'hypothèse la plus simple, selon Swinburne). Le désaccord de fond porte sur la notion de simplicité et sur le poids de la souffrance et des imperfections dans cette inférence.
Argument de l'ajustement fin (Swinburne, Collins) 1979 · attaque la prémisse 2

Il ne faut pas comparer l'univers à une maison mais calculer des probabilités : les constantes physiques permettant la vie sont si improbables par hasard qu'un concepteur devient l'explication la plus probable.

Hume répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1979, après sa mort (1776).
E
Elliott Sober 2004
Résumé : Sober accorde à l'objection qu'il faut raisonner en probabilités, et juge même que les critiques de Hume fondées sur l'analogie ne touchent pas cette version. Mais il soutient qu'on ne peut pas dire que le réglage fin est plus probable si un concepteur existe, tant qu'on n'a pas d'information indépendante sur les buts et les moyens de ce concepteur. Il rejoint ainsi le doute de Hume sur ce que l'on peut savoir du concepteur.
Richard Swinburne 2004
Résumé : Swinburne soutient qu'un Dieu parfaitement bon a des raisons de créer un univers ordonné qui abrite des êtres conscients. Un tel univers est donc ce que l'on peut attendre si Dieu existe : on dispose d'une raison de départ sur ses buts.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la possibilité de savoir, avant d'observer le monde, ce qu'un Dieu voudrait créer. Les défenseurs du réglage fin invoquent des raisons de bonté ; leurs critiques demandent que ces hypothèses sur les buts de Dieu soient appuyées indépendamment des faits à expliquer. La suite est dans l'argument de Collins.