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Dieu existe-t-il ?AthéismeLe problème du mal

Le problème du mal

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

Il n'existe pas de Dieu à la fois tout-puissant et parfaitement bon.

Pourquoi

Un Dieu tout-puissant pourrait empêcher le mal, un Dieu parfaitement bon le voudrait ; or la souffrance est réelle et souvent extrême.

En bref

« Le problème du mal » est un argument de Hume (Dialogues, X) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Il n'existe pas de Dieu à la fois tout-puissant et parfaitement bon. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Dialogues, X
Valide avec une prémisse implicite

L'argument athée le plus ancien et le plus discuté. Hume le met dans la bouche de Philon, le sceptique de ses Dialogues, et l'attribue à Épicure.

P1Si Dieu est tout-puissant, il peut empêcher le mal ; s'il est parfaitement bon, il veut l'empêcher.
P2 · prémisse impliciteCelui qui peut et veut empêcher le mal l'empêche : aucune bonne raison ne justifierait de le laisser exister.
P3Or le mal existe : la souffrance est réelle, et souvent extrême.
Donc il n'existe pas de Dieu à la fois tout-puissant et parfaitement bon.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un monde où Dieu est tout-puissant et bon, où le mal existe, et où rien ne l'oblige à l'empêcher : par exemple s'il a une bonne raison de le permettre.
Valide avec P2, qui est rarement dite mais toujours supposée. Presque toutes les réponses des croyants (théodicées) attaquent justement P2 : Dieu pourrait avoir de bonnes raisons de permettre le mal (la liberté, un plus grand bien).
Analogie. Un maître-nageur peut sauver un enfant qui se noie et le veut : on s'attend à ce qu'il plonge. S'il ne le fait pas, soit il ne peut pas, soit il ne veut pas, soit il a une raison qu'on ignore. Toute la discussion porte sur cette troisième possibilité.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

C
Cléanthe (dans le dialogue) attaque la prémisse 3

Le tableau est exagéré : la santé est plus fréquente que la maladie, le plaisir que la douleur. Le mal est réel mais minoritaire.

Hume répond
Hume Réponse de Philon (personnage de Hume)
Même si la douleur est moins fréquente que le plaisir, elle est infiniment plus violente et plus durable. Et un seul mal suffit à poser la question.
Arthur Schopenhauer défenseur de l'argument · 1844
Compter les instants de plaisir et de douleur ne donne pas une balance égale. Pour Schopenhauer, seuls la douleur et le manque se sentent de façon positive : le bien-être, lui, n'est que l'absence de ces maux. Le plaisir, même fréquent, ne pèse donc pas autant que la douleur (Le monde comme volonté et comme représentation, II, chapitre 46).
Où en est le débat (notre résumé)Cléanthe et Philon s'accordent que la souffrance existe : ils divergent sur la manière de la peser, par le nombre des instants heureux ou par l'intensité et la durée des peines. Comparer plaisirs et douleurs sur une même balance reste contesté, et aucune réponse largement acceptée ne tranche.
Leibniz (théodicée) 1710 · attaque la prémisse 2

Dieu a choisi le meilleur des mondes possibles : un monde avec des maux peut être meilleur, dans l'ensemble, que tout monde sans mal. Le mal est permis en vue d'un plus grand bien.

Hume répond
Hume Réponse de Philon (personnage de Hume)
Philon ne nomme pas Leibniz, mais répond à cette défense : il accorde que le mal pourrait se concilier avec un Dieu bon et puissant. Ce qu'il refuse, c'est d'aller du monde tel qu'on le voit jusqu'à un tel Dieu. L'argument devient alors : le mal n'est peut-être pas une preuve contre Dieu, mais le monde n'est sûrement pas une preuve pour lui.
Voltaire (poème sur Lisbonne) défenseur de l'argument · 1756
Après le séisme de Lisbonne (1755), Voltaire rejette le « tout est bien » de Leibniz, qu'il appelle une illusion. Il demande quel crime ont commis les enfants écrasés sur le sein de leur mère, et si le monde aurait été « plus mal » sans engloutir Lisbonne. Il ne conclut pourtant pas que Dieu n'existe pas : le poème dit ne pas s'élever contre la Providence et finit sur l'espérance d'un jour meilleur.
Voir la suite du débat (9)
Jean-Jacques Rousseau (Lettre à Voltaire) 1756
Rousseau répond à Voltaire qu'il vaudrait mieux dire « le tout est bien », ou « tout est bien pour le tout », que « tout est bien ». Il lui reproche aussi de charger le tableau de nos misères au lieu de consoler. Et il fait remarquer que la plupart de nos maux physiques sont notre ouvrage : la nature n'avait pas rassemblé à Lisbonne vingt mille maisons de six ou sept étages.
William Rowe (le faon) défenseur de l'argument · 1979
Rowe ne nie pas qu'un plus grand bien puisse exister. Il soutient que, pour certaines souffrances précises, comme celle d'un faon pris dans un incendie de forêt et qui agonise plusieurs jours, nous ne voyons aucun bien qui les justifierait. Il juge raisonnable d'en conclure qu'il n'y en a probablement pas, donc que Dieu probablement n'existe pas. Il ne prétend pas le prouver.
S
Stephen Wykstra (le théisme sceptique) 1984
On n'a le droit de dire « il semble qu'il n'y a pas de raison » que si, au cas où il y en aurait une, on aurait des chances de la voir (règle que Wykstra appelle CORNEA). Or si Dieu existe, sa sagesse dépasse la nôtre au moins autant que celle d'un parent dépasse celle d'un bébé d'un mois. Que nous ne voyions pas ses raisons est donc ce à quoi on doit s'attendre s'il existe : ce n'est pas un indice contre lui.
William Rowe (réponse à Wykstra) 1984
Que l'esprit de Dieu connaisse des biens hors de notre portée n'entraîne pas que les biens pour lesquels il permet nos souffrances soient hors de notre portée. Quand ces biens arrivent, ils concernent ceux qui ont souffert : on devrait pouvoir les connaître. Pour supposer qu'ils viendront seulement dans une autre vie, il faut ajouter au simple théisme des croyances religieuses particulières : contrairement à ce que dit Wykstra, ce n'est pas déjà contenu dans le théisme.
M
Michael Bergmann (théisme sceptique sans CORNEA) 2001
Bergmann défend le théisme sceptique sans s'appuyer sur la règle CORNEA. Il soutient que nous connaissons trop mal l'ensemble des biens, des maux et des liens entre eux pour passer de « nous ne voyons aucun bien qui justifie cette souffrance » à « il n'y en a probablement aucun ».
M
Michael Almeida et Graham Oppy (le coût moral) 2003
Almeida et Oppy objectent que ce scepticisme a un prix : si nous ne pouvons pas juger qu'une souffrance est sans raison, on ne voit plus comment juger de ce que nous devons empêcher. Le théisme sceptique semble s'étendre à nos jugements moraux.
M
Michael Bergmann et Michael Rea 2005
Bergmann et Rea répondent à Almeida et Oppy que le théisme sceptique ne mène pas au scepticisme moral : douter que nous connaissions les raisons de Dieu n'empêche pas de savoir que nous devons secourir ceux qui souffrent.
William Rowe (sur la comparaison avec les parents) 2006
La comparaison avec les parents se retourne contre le croyant. Un enfant malade ne comprend pas pourquoi on le laisse à l'hôpital, mais des parents aimants le consolent et l'assurent de leur amour pendant tout ce temps. Aucun parent aimant ne profite de l'hospitalisation de son enfant pour partir en vacances. Or beaucoup d'humains ont traversé des souffrances atroces sans aucun signe de l'amour de Dieu.
Arthur Schopenhauer défenseur de l'argument · 1844
Schopenhauer vise le calcul du « plus grand bien ». Que des milliers d'hommes aient vécu dans le bonheur n'efface pas l'angoisse et la torture d'un seul, pas plus que mon bonheur présent n'efface mes souffrances passées. Pour lui, la simple existence du mal tranche la question, car aucun bien, simultané ou postérieur, ne peut l'annuler ni le compenser (Le monde comme volonté et comme représentation, II, chapitre 46).
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la possibilité qu'un bien que nous ne voyons pas justifie des souffrances précises. Rowe juge raisonnable de conclure que non ; les théistes sceptiques répondent que nous ne sommes pas en position de le juger ; on leur objecte que cela minerait aussi nos jugements moraux, ce qu'ils contestent. Pour Voltaire et Schopenhauer, aucun bien total ne compense un mal individuel, ce que les leibniziens contestent : point ouvert, sans réponse largement acceptée.
Augustin (le libre arbitre) 395 · attaque la prémisse 2

Le mal moral vient du mauvais usage de la liberté que Dieu a donnée aux hommes. Une liberté réelle, capable du mal, vaut mieux qu'une obéissance mécanique.

un défenseur répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Hume dans ses textes.
J. L. Mackie défenseur de l'argument · 1955
Si un homme peut choisir librement le bien une fois, il n'y a aucune impossibilité logique à ce qu'il le choisisse librement à chaque fois. Dieu pouvait donc créer des êtres libres qui font toujours le bien. S'il ne l'a pas fait, il n'est pas à la fois tout-puissant et parfaitement bon.
Alvin Plantinga (la dépravation transmondaine) 1974
Un monde où chacun choisit toujours librement le bien est possible en soi, mais il ne dépend pas seulement de Dieu : il dépend aussi de ce que ces êtres choisiraient librement. Or il est possible que toute personne que Dieu pourrait créer fasse au moins une fois le mal (c'est la « dépravation transmondaine »). Dans ce cas, Dieu ne pouvait pas créer des êtres libres sans mal, et cela reste compatible avec le fait qu'il ait créé un très bon monde.
Voir la suite du débat (6)
H. J. McCloskey et Antony Flew (le mal naturel) défenseur de l'argument · 1960
Même si elle réussit, la défense par le libre arbitre n'explique que le mal moral. Les séismes, les maladies, la souffrance des animaux ne viennent d'aucun choix humain : le mal physique reste aussi difficile qu'avant.
Alvin Plantinga (Satan et le mal naturel) 1965
La doctrine traditionnelle attribue une part du mal à Satan, un esprit libre non humain, créé bien avant l'homme. Il est logiquement possible que tout le mal naturel vienne des choix libres de tels esprits. Antony Flew y voyait un expédient désespéré, faute de preuve indépendante. Plantinga répond que, pour écarter l'accusation de contradiction, cette hypothèse n'a pas besoin d'être probable ni même vraie : il suffit qu'elle ne contredise pas l'existence de Dieu.
Robert M. Adams 1985
Les anges déchus ne règlent pas la question morale. Si leurs péchés causaient le cancer, un Dieu tout-puissant aurait pu les laisser pécher sans maintenir les liens de cause à effet qui font que leurs péchés produisent le cancer.
Robert M. Adams (les « contrefactuels de liberté ») 1977
La dépravation transmondaine suppose des vérités du type « si Dieu créait Pierre dans telle situation, Pierre choisirait librement le mal », vraies avant que Pierre existe (ce que Molina appelait la « science moyenne »). Adams soutient que de telles phrases ne peuvent pas être vraies : si le choix est vraiment libre, rien ne fixe d'avance ce qu'il serait.
Alvin Plantinga (dès 1974) 1974
Plantinga avait prévu ce cas, selon Adams. Même sans ces vérités, Dieu, en créant des êtres libres, ne pouvait pas être sûr du résultat : il prenait un risque. Il reste possible qu'il ait tenté de créer un monde sans péché et que ses créatures aient quand même choisi le mal.
J. L. Mackie (pourquoi Dieu n'intervient-il pas ?) défenseur de l'argument · 1955
Même en admettant la liberté, pourquoi Dieu ne laisserait-il pas les hommes libres de bien vouloir, tout en intervenant quand il les voit commencer à vouloir le mal ? S'il le peut et ne le fait pas, c'est qu'un mauvais choix libre vaudrait mieux qu'aucun choix, ce que les croyants refusent de dire ailleurs à propos du péché.
Où en est le débat (notre résumé)Beaucoup de philosophes, athées compris comme Rowe, jugent que la défense par le libre arbitre de Plantinga écarte la contradiction logique entre Dieu et le mal, si la liberté est prise au sens fort (sans causes qui la déterminent). Adams, critique de Plantinga, l'accorde lui-même (1985). Le débat s'est déplacé vers le mal naturel, vers la valeur d'une telle liberté face aux pires crimes, et vers la probabilité plutôt que la contradiction. Le désaccord de fond reste la nature de la liberté.
Ce qu'en disent les voix d'aujourd'hui
Le défendent
Stephen FrySa réponse sur le cancer des os chez les enfants est le problème du mal dit avec ses mots.
Ricky GervaisDit que « les voies mystérieuses » ne sont pas une explication : c'est ce que dit celui qui ne connaît pas la réponse.
Neil deGrasse TysonIl énumère volcans, ouragans, maladies et malformations, et reprend le dilemme des philosophes : un Dieu qui les permet n'est pas tout-puissant ou pas tout bon.
Christopher HitchensIl décrit un concepteur qui laisse la souffrance durer des âges comme cruel, capricieux et incompétent.
Richard DawkinsIl juge que le problème du mal ne devrait pas être décisif, puisque le créateur pourrait très bien être mauvais.
Sam HarrisDans Letter to a Christian Nation (2006), il utilise le problème du mal contre la croyance en un Dieu bon et tout-puissant.
Alex O'ConnorAvec ses propres mots, face à Dawkins (2024) : la souffrance inscrite dans l'évolution « me rend très difficile de croire » à un Dieu bon.
Lawrence KraussIl soutient qu'un Dieu qui punit l'incroyance ou exige l'adoration est mesquin et irrationnel.
Peter SingerLe problème du mal est, pour lui, la plus forte raison de ne pas croire au Dieu de la tradition juive et chrétienne : un tel Dieu ne permettrait pas tant de souffrances, y compris celles d'animaux innocents.
John LennoxIl prend le problème du mal au sérieux et admet ne pas avoir de réponse complète. Il dit que l'athéisme ne le résout pas non plus, et que sur la croix Dieu a pris part à la souffrance humaine.
Bart EhrmanLe problème de la souffrance est la raison qu'il donne à la perte de sa foi : un Dieu aimant et tout-puissant ne correspond pas aux faits de la vie. En 2026 il le disait ainsi : s'il y avait un Dieu tout-puissant et aimant, personne ne mourrait de faim à chaque minute.
Bishop Robert BarronIl appelle le problème du mal la seule objection vraiment sérieuse à l'existence de Dieu, et y répond avec Thomas d'Aquin.
Philip GoffIl dit que l'argument du mal rend un Créateur tout-puissant et aimant « incroyablement improbable ». Sa réponse est un Dieu (ou un univers conscient) au pouvoir limité, « parce que je ne pense pas que l'univers soit tout-puissant ».
Le critiquent
Wesley HuffSur le mal, il dit que retirer Dieu retire le fondement pour parler de mal, et que le Dieu de la Bible souffre avec nous.
Cliffe KnechtleIl dit qu'il est arrogant de dire à Dieu quand intervenir, et que Dieu juge le mal parce qu'il est bon.
William Lane CraigIl dit qu'aucun athée n'a montré de contradiction logique entre un Dieu tout bon et tout-puissant et la souffrance, et que le problème logique du mal est aujourd'hui largement tenu pour échoué ; il est confiant que Dieu a des raisons moralement suffisantes pour le mal.
Frank TurekIl nie que le mal réfute Dieu : selon lui, le mal oriente au contraire vers Dieu.
Trent HornIl répond au problème du mal en disant que la souffrance peut être justifiée par des biens plus grands. « Si nous voyons que Dieu a des raisons pour certains maux, pourquoi ne pas présumer qu'il en a pour tous ? »