QuestionsDieu existe-t-il ?Une peine éternelle pour des fautes d'une vie : le problème de l'enfer
Dieu existe-t-il ?AthéismeLe problème du mal

Une peine éternelle pour des fautes d'une vie : le problème de l'enfer

Le problème de l'enfer

Marilyn McCord Adams 1943 · 2017Un enfer éternel, punition de fautes commises en une vie limitée, ne peut pas venir d'un Dieu parfaitement juste.
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Ce qu'il soutient

Le Dieu de la doctrine traditionnelle, à la fois parfaitement juste et auteur d'un enfer éternel, n'existe pas.

Pourquoi

Des fautes limitées pendant une vie finie ne méritent aucune souffrance éternelle, donc un Dieu juste ne peut pas l'infliger.

La même idée à travers l'histoire
Bertrand Russell1927Dans « Pourquoi je ne suis pas chrétien », Russell voit dans la croyance à l'enfer un grave défaut moral : selon lui, une personne vraiment humaine ne peut pas croire à un châtiment éternel.
Marilyn McCord Adams1975« Hell and the God of Justice » : Adams examine un par un les principes de justice qui devraient justifier l'enfer éternel, et n'en trouve aucun qui tienne.
En bref

« Une peine éternelle pour des fautes d'une vie : le problème de l'enfer » est un argument de Marilyn McCord Adams (« Hell and the God of Justice », 1975, 1975) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Le Dieu de la doctrine traditionnelle, à la fois parfaitement juste et auteur d'un enfer éternel, n'existe pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Hell and the God of Justice », 1975
Valide avec une prémisse implicite

Selon la doctrine chrétienne la plus répandue dans l'histoire, Dieu condamnera certains pécheurs à un enfer de souffrance totale et sans fin, en punition de ce qu'ils ont fait pendant leur vie. Les grands théologiens, comme Anselme et Thomas d'Aquin, disaient que la justice parfaite de Dieu l'exige. La philosophe américaine Marilyn McCord Adams attaque la doctrine là où elle se croit la plus forte : la justice. Une vie humaine est courte, le mal qu'on peut y faire est limité : quelle faute pourrait mériter une souffrance infinie ? Précision honnête : Adams elle-même était croyante (elle est devenue prêtre de l'Église épiscopalienne) et en concluait que l'enfer éternel n'existe pas, pas que Dieu n'existe pas. Les athées, comme Russell avant elle, en tirent un argument contre le Dieu de la doctrine traditionnelle.

P1Si Dieu existe, il est parfaitement juste : il ne traite personne plus mal qu'il ne le mérite.
P2Une vie humaine est finie : un humain ne peut faire qu'un mal limité, pendant un temps limité.
P3Aucun principe de justice plausible ne permet de mériter, par des fautes limitées, une souffrance totale et éternelle : ni « œil pour œil », ni la grandeur de celui qu'on offense, ni l'idée que vouloir le mal vaut le faire.
P4Punir quelqu'un d'une peine qu'il ne mérite pas, c'est le traiter plus mal qu'il ne le mérite.
P5 · prémisse impliciteSi Dieu existe, la doctrine traditionnelle est vraie : il condamne certains humains, en punition, à un enfer de souffrance éternelle.
Donc le Dieu de la doctrine traditionnelle, à la fois parfaitement juste et auteur d'un enfer éternel, n'existe pas.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où Dieu existe, est parfaitement juste, où nos fautes sont finies, et où personne n'est puni éternellement : par exemple si tous finissent par être sauvés.
Valide avec P5. Mais P5 est justement le point où l'argument se partage. Pour un athée, l'enfer éternel fait partie du Dieu que présentent l'Évangile et la tradition (Russell le note), et l'argument vise donc ce Dieu-là. Pour un croyant comme Adams, il suffit de rejeter P5 : Dieu existe, mais pas l'enfer éternel tel qu'on l'a enseigné. L'argument ne réfute donc pas tout Dieu : il oblige le croyant à choisir entre la justice parfaite de Dieu et la doctrine traditionnelle de l'enfer. P3 est la prémisse la plus travaillée : Adams examine chaque principe de justice proposé par Anselme et Thomas d'Aquin et montre qu'il est soit trop faible pour justifier l'éternité, soit contraire à nos jugements moraux ordinaires.
Analogie. Un tyran rend un milliard de personnes malheureuses pendant soixante-dix ans. Même la loi du talion la plus dure lui ferait payer soixante-dix milliards d'années : une durée immense, mais qui finit un jour. L'éternité, elle, ne finit jamais. C'est l'exemple d'Adams : même le pire crime humain reste une quantité finie.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Anselme de Cantorbéry (repris par Thomas d'Aquin) 1098 · attaque la prémisse 3

La gravité d'une faute ne dépend pas seulement de l'acte, mais de la grandeur de celui qu'on offense. Tuer un prince est plus grave que tuer un simple citoyen. Or Dieu est infiniment grand : le moindre péché contre lui est une offense infinie, qui mérite une peine infinie. Dans le Cur Deus homo, le disciple d'Anselme avoue qu'il ne devrait pas aller contre la volonté de Dieu, même pour sauver toute la création.

Adams répond
Marilyn McCord Adams 1975
Ce principe de justice est très peu plausible. Il vient d'une société féodale où l'on payait plus cher la mort d'un noble que celle d'un serf, ce qui nous paraît aujourd'hui immoral. Et nos jugements vont plutôt dans l'autre sens : si un saint gifle un voyou, il est plus coupable qu'un voyou qui gifle un saint, car on attendait mieux de lui. La faute dépend surtout de celui qui la commet, pas de la grandeur de la victime.
Le débat continue (notre résumé) Des défenseurs contemporains de l'enfer ont tenté de sauver ce « principe du statut » de la victime, comme Paul Kabay (« Is the Status Principle Beyond Salvation? », Sophia, 2005). D'autres philosophes croyants, comme Jonathan Kvanvig (The Problem of Hell, 1993), le jugent eux aussi intenable et cherchent ailleurs une justification de l'enfer. Le débat continue.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur le « principe du statut » de la victime : Adams et Kvanvig le jugent peu plausible ; d'autres, comme Paul Kabay (2005), le défendent contre ces objections. Point ouvert.
C. S. Lewis (l'enfer « fermé de l'intérieur ») 1940 · attaque la prémisse 5

L'enfer n'est pas une punition que Dieu inflige de l'extérieur, c'est un choix. En créant des êtres libres, Dieu accepte d'avance d'être peut-être refusé. Les damnés sont, en un sens, des rebelles jusqu'au bout : les portes de l'enfer sont fermées de l'intérieur. Dieu ne force personne : il respecte ceux qui ne veulent pas de lui. Lewis répond aussi qu'une faute « passagère » ne paraît disproportionnée que si l'on pense l'éternité comme un temps qui s'allonge sans fin.

Adams répond
Marilyn McCord Adams 1975 · Ce qu'Adams accordait déjà en 1975
Adams le reconnaît en note : son argument vise l'enfer conçu comme punition. Un enfer où Dieu laisserait certains rester séparés de lui, par respect pour leur liberté, échappe peut-être à l'objection de justice, et même à celle de l'amour. Elle ne poursuit pas cette piste.
T
Thomas Talbott (universaliste) 2013
Choisir l'enfer pour toujours est impossible pour un être libre. Soit la personne sait parfaitement qui est Dieu et ce que serait la séparation d'avec lui : la choisir quand même serait si absurde que ce ne serait plus un choix libre. Soit elle ne le sait pas : alors Dieu peut continuer à l'éclairer, sans la forcer. Dans les deux cas, personne ne rejette librement et pour toujours le vrai Dieu.
Voir la suite du débat (1)
J
Jerry Walls (résumé par Talbott) 1992
Walls accorde que personne ne pourrait choisir le mal en voyant clairement que Dieu est la source du bonheur. Mais il maintient que certains peuvent s'enfermer dans leurs illusions, rejeter une caricature de Dieu, et faire au bout du compte un choix décisif du mal qui les laisse en enfer pour toujours.
Le débat continue (notre résumé) Pour l'argument, cette réponse a un prix : elle abandonne l'enfer comme punition infligée par Dieu, c'est-à-dire justement la doctrine que P5 attribue à Dieu. Le débat se déplace alors vers une autre question : la liberté humaine peut-elle vraiment résister à Dieu pour toujours ?
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : la liberté humaine peut-elle résister à Dieu pour toujours ? Lewis et Walls pensent que oui ; Talbott pense que non. Adams note que l'enfer conçu ainsi échappe peut-être à son objection, qui vise l'enfer comme punition.
L
L'annihilationnisme (ou « immortalité conditionnelle ») attaque la prémisse 5

Les méchants ne souffriront pas éternellement : après le jugement, ils cesseront simplement d'exister. Il n'y a donc pas de souffrance infinie, et l'objection de la disproportion tombe. Plusieurs théologiens défendent cette lecture des textes bibliques, qui parlent aussi de « destruction ».

Adams répond
J
Jonathan Kvanvig 2003
Ce n'est pas plus doux qu'on ne le croit. Dans nos idées ordinaires sur les peines, la peine de mort est bien plus grave que la prison à vie. Sans les images de flammes et de tortures, l'anéantissement définitif pose donc au moins autant de problèmes de justice que l'enfer traditionnel.
Le débat continue (notre résumé) Les annihilationnistes répondent qu'une peine juste et limitée, suivie de la fin de l'existence, reste proportionnée, alors qu'une souffrance consciente sans fin ne l'est jamais. Pour l'argument, l'annihilationnisme revient de toute façon à rejeter P5 : il abandonne la doctrine traditionnelle.
Où en est le débat (notre résumé)L'annihilationnisme abandonne la doctrine traditionnelle de la souffrance éternelle. Le désaccord porte sur la question de savoir si l'anéantissement soulève moins de problèmes de justice : Kvanvig pense que non, les annihilationnistes pensent que oui.
T
Thomas Talbott (l'universalisme chrétien) 1999 · attaque la prémisse 5

L'argument ne touche pas Dieu, seulement une mauvaise doctrine. Selon l'universalisme chrétien, l'amour de Dieu s'étend à toutes les personnes, et sa volonté de sauver chacune ne peut pas être tenue en échec pour toujours. À la fin, tous seront réconciliés avec Dieu. Talbott le défend notamment dans The Inescapable Love of God (1999).

Adams répond
C. S. Lewis 1940 · Ce que Lewis objectait déjà à l'universalisme
Je paierais n'importe quel prix pour pouvoir dire en vérité « tous seront sauvés ». Mais ma raison demande : sans leur volonté, ou avec elle ? Sans leur volonté, c'est contradictoire, car se donner à Dieu est l'acte volontaire par excellence. Avec leur volonté : et s'ils ne veulent pas céder ?
Le débat continue (notre résumé) Talbott répond par le dilemme vu plus haut : un refus éternel, en pleine connaissance de cause, ne serait plus un choix libre. Du côté athée, on note que l'universalisme a été condamné par un concile en 553 et reste minoritaire : le croyant peut échapper à l'argument, mais au prix de la doctrine que la plupart des Églises ont enseignée.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : Dieu peut-il sauver tous les êtres sans leur retirer leur liberté ? Talbott soutient que oui ; Lewis voulait le croire mais en doutait. L'universalisme reste minoritaire dans la tradition chrétienne.