QuestionsDieu existe-t-il ?Le meilleur des mondes possibles
Dieu existe-t-il ?ThéismeLe problème du mal

Le meilleur des mondes possibles

Gottfried Wilhelm Leibniz 1646 · 1716Nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.
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Ce qu'il soutient

Notre monde est le meilleur possible, et il contient du mal : le mal n'est pas la preuve que Dieu aurait pu faire mieux.

Pourquoi

Un Dieu parfaitement sage et bon voit tous les mondes possibles et ne peut que choisir le meilleur.

En bref

« Le meilleur des mondes possibles » est un argument de Gottfried Wilhelm Leibniz (Théodicée, 7-10, 21 ; Abrégé, objection 1) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Notre monde est le meilleur possible, et il contient du mal : le mal n'est pas la preuve que Dieu aurait pu faire mieux. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Théodicée, 7-10, 21 ; Abrégé, objection 1
Valide avec une prémisse implicite

La réponse la plus célèbre au problème du mal. Si Dieu est parfait, il a choisi le meilleur monde possible. Donc le mal que nous voyons ne prouve pas que Dieu aurait pu mieux faire : même le meilleur des mondes en contient.

P1Dieu existe et il est parfait en puissance, en sagesse et en bonté (Leibniz pense l'avoir établi, notamment par l'argument de la contingence).
P2Un être parfaitement sage et bon, qui voit tous les mondes possibles, ne peut manquer de choisir le meilleur.
P3 · prémisse impliciteParmi tous les mondes possibles, il en existe un qui est meilleur que tous les autres : ni égalité parfaite, ni suite sans fin de mondes toujours meilleurs.
P4Il y a du mal dans le monde que Dieu a fait.
Donc notre monde est le meilleur possible, et il contient du mal : le mal n'est pas la preuve que Dieu aurait pu faire mieux.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve une situation où Dieu est parfait mais où il n'y a pas de monde meilleur que tous les autres (par exemple une échelle sans fin). Rien ne garantit alors que notre monde soit le meilleur.
Valide avec P3. Leibniz la défend en partie (sans meilleur monde, dit-il, Dieu n'en aurait créé aucun), mais la suppose pour l'essentiel. Surtout, l'argument part de Dieu pour juger le monde, et non du monde pour prouver Dieu : il montre que le mal ne contredit pas l'existence de Dieu, à condition d'avoir déjà prouvé Dieu autrement. Leibniz l'assume : on doit juger « ab effectu », par le choix que Dieu a fait.
Analogie. Un général préfère une grande victoire avec une légère blessure à une situation sans blessure et sans victoire. La blessure est un mal réel, mais le tout est meilleur avec elle. C'est l'exemple de Leibniz : on ne juge pas une bataille, ni un monde, par un seul de ses détails.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Leibniz (Bayle) attaque la conclusion

Un monde sans aucun mal était possible, et Dieu pouvait même ne rien créer. Celui qui fait un ouvrage où il y a du mal, alors qu'il pouvait l'éviter, ne choisit pas le meilleur.

Leibniz répond
Leibniz
Le meilleur choix n'est pas toujours celui qui évite le mal : un mal peut être lié à un bien plus grand. Comme le général qui préfère une victoire avec une blessure à aucune victoire, un monde avec du mal peut être meilleur, au total, qu'un monde sans mal.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur ce qu'un choix parfait exige : éviter tout mal, ou viser le meilleur ensemble. Leibniz juge le monde en entier, pas mal par mal. Savoir si l'on peut affirmer qu'un mal est lié à un plus grand bien sans le voir est un point ouvert, que les fils sur Hume et Voltaire reprennent.
Objection anticipée par Leibniz attaque la prémisse 3

Il n'y a pas de meilleur monde possible, comme il n'y a pas de plus grand nombre : on peut toujours imaginer une créature plus parfaite, donc un monde meilleur.

Leibniz répond
Leibniz
Ce qui vaut pour une créature particulière, toujours surpassable, ne vaut pas pour l'univers entier, qui s'étend sur toute l'éternité et forme un infini.
Robert M. Adams 1972
Adams propose une autre sortie, qui abandonne celle de Leibniz : un Dieu parfaitement bon n'est pas tenu de créer le meilleur monde possible. Il peut créer un monde bon et aimer ses créatures sans leur faire tort ni manquer de bonté, qu'il existe ou non un monde meilleur. Le problème d'un monde toujours surpassable disparaît alors, mais avec lui le principe du meilleur dont dépend l'argument de Leibniz (P2).
Où en est le débat (notre résumé)Leibniz répond que l'univers entier, étant infini, peut être le meilleur même si chaque créature est surpassable. Adams propose une autre sortie : un Dieu bon n'est pas obligé de créer le meilleur. Le désaccord de fond : la bonté parfaite exige-t-elle l'optimum, ou seulement un monde bon ? Point ouvert.
Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 1

Je veux bien accorder que le mal est compatible avec un Dieu parfait. Mais en partant du monde tel qu'il est, mélangé de biens et de maux, on ne peut jamais conclure à un Dieu parfaitement bon. Ce n'est pas la compatibilité que l'on rejette, c'est la conclusion.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (1716).
William Paley défenseur de l'argument · 1802
Paley défend qu'on peut inférer un Créateur bienveillant du monde tel qu'il est. Dans l'immense majorité des dispositifs naturels, dit-il, le but visible est le bien-être des vivants, et la douleur est un effet secondaire plutôt que le but d'un dispositif. Le mélange de biens et de maux ne s'oppose donc pas, selon lui, à la bonté du Créateur (Théologie naturelle, chapitre 26).
Charles Darwin 1860
Darwin écrit à Asa Gray (22 mai 1860) qu'il ne voit pas, comme d'autres, le dessein et la bienveillance de tous côtés : il y a selon lui trop de misère dans le monde. Il ne peut se persuader qu'un Dieu bienveillant et tout-puissant ait créé exprès les ichneumons pour qu'ils se nourrissent dans le corps de chenilles vivantes.
Où en est le débat (notre résumé)Hume accorde que le mal est compatible avec un Dieu parfait : il refuse qu'on puisse inférer cette perfection du monde. Paley juge l'inférence possible ; Darwin ne voit pas dans la nature la bienveillance que Paley y lit. Le désaccord de fond : que prouve un monde mélangé de biens et de maux sur le caractère de son auteur ? Leibniz, lui, établit Dieu par d'autres arguments avant de parler du mal.
Voltaire (séisme de Lisbonne, Candide) 1759 · attaque la conclusion

Le tremblement de terre de Lisbonne (1755) fait des dizaines de milliers de morts. Dire aux victimes que tout cela sert le meilleur des mondes n'explique rien et rend insensible. Dans Candide, le philosophe Pangloss répète que « tout est au mieux » au milieu des catastrophes.

un défenseur répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1759, après sa mort (1716).
Jean-Jacques Rousseau défenseur de l'argument · 1756
Rousseau répond à Voltaire qu'il faut dire « le tout est bien » et non « tout est bien » pour chacun. Il ajoute que la plupart de nos maux physiques sont notre ouvrage : la nature n'avait pas rassemblé à Lisbonne vingt mille maisons de six ou sept étages.
voir l'argument
Où en est le débat (notre résumé)Voltaire refuse qu'on dise « tout est bien » sans pouvoir le montrer ; Rousseau distingue le tout des parties et rappelle la part humaine des maux. Ils ne parlent pas tout à fait de la même chose : la souffrance des victimes d'un côté, le bien de l'ensemble de l'autre. Les partisans de Rousseau comptent sur la part humaine des maux, ses critiques objectent qu'elle ne couvre pas les maux naturels (voir l'argument du problème du mal de Hume).
Dostoïevski (Ivan Karamazov) 1880 · attaque la prémisse 2

Même si la souffrance d'un enfant innocent servait l'harmonie du tout, un être bon ne devrait pas accepter ce prix. Un choix qui fait payer les uns pour le meilleur de l'ensemble n'est pas le choix le plus bon (Les Frères Karamazov).

Leibniz répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1880, après sa mort (1716).
Marilyn McCord Adams 1989
Adams, croyante, ne défend pas ici Leibniz : elle accepte l'exigence d'Ivan, et juge qu'un bien d'ensemble ne suffit pas à justifier la souffrance d'une personne. Elle propose une autre réponse : Dieu doit être bon envers chaque personne, en faisant que même les maux les plus atroces soient surmontés à l'intérieur de sa propre vie, par une relation intime avec lui, de sorte que cette vie soit au total un grand bien pour elle (Maux atroces et bonté de Dieu, 1989).
Où en est le débat (notre résumé)Ivan refuse un bien d'ensemble payé par un innocent. Même parmi les croyants, cette objection a convaincu des philosophes de quitter la réponse par le meilleur ensemble : Adams demande que Dieu soit bon envers chaque personne, pas seulement envers le tout. Cette réponse repose sur une vie au-delà de la mort, que ses opposants refusent d'admettre sans preuve. Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.