Le mal n'est pas une chose : privation et libre arbitre
Dieu n'a pas créé le mal, et il a une raison bonne de le permettre : l'existence du mal ne contredit pas un Dieu tout-puissant et parfaitement bon.
Tout ce qui existe est bon ; le mal est un manque de bien, venu de la volonté libre qui se détourne du bien supérieur.
« Le mal n'est pas une chose : privation et libre arbitre » est un argument d'Augustin (Confessions VII · Le Libre Arbitre · Manuel, 11 et 105) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Dieu n'a pas créé le mal, et il a une raison bonne de le permettre : l'existence du mal ne contredit pas un Dieu tout-puissant et parfaitement bon. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 7 prémisses. AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
La grande réponse chrétienne classique au problème du mal. Jeune, Augustin croyait avec les manichéens que le mal est une force réelle, rivale de Dieu. Il en sort avec deux idées : le mal n'est pas une chose, c'est un manque de bien ; et le mal que nous faisons vient de notre liberté. Il ne prouve pas que Dieu existe : il veut montrer que le mal ne prouve pas le contraire.
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Objections
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Objection anticipée par Augustin 397 · attaque la prémisse 3Si Dieu, qui est la bonté même, m'a fait tout entier, d'où vient en moi la volonté de faire le mal ? Dire que le mal vient de la volonté ne fait que reculer la question.
Augustin répond
Si Dieu, qui est la bonté même, m'a fait tout entier, d'où vient en moi la volonté de faire le mal ? Dire que le mal vient de la volonté ne fait que reculer la question.
LLes manichéens (le mal naturel) attaque la prémisse 6Le feu, le froid, les bêtes sauvages font souffrir sans que personne ait choisi le mal : la liberté humaine n'explique pas ce mal-là (on dirait aujourd'hui : un séisme, une épidémie). Pour les manichéens, il prouve qu'un principe mauvais, rival de Dieu, a part au monde.
Augustin répond
Le feu, le froid, les bêtes sauvages font souffrir sans que personne ait choisi le mal : la liberté humaine n'explique pas ce mal-là (on dirait aujourd'hui : un séisme, une épidémie). Pour les manichéens, il prouve qu'un principe mauvais, rival de Dieu, a part au monde.
Objection anticipée par Augustin, reprise par J. L. Mackie (1955) 395 · attaque la prémisse 5Dieu aurait pu nous créer libres et pourtant toujours décidés à choisir le bien. Augustin lui-même dit que les élus, au ciel, seront libres sans pouvoir vouloir le mal : si c'est possible là-haut, pourquoi pas dès le départ ? Mackie en tire que Dieu, s'il existait, aurait dû créer de tels êtres.
Augustin répond
Dieu aurait pu nous créer libres et pourtant toujours décidés à choisir le bien. Augustin lui-même dit que les élus, au ciel, seront libres sans pouvoir vouloir le mal : si c'est possible là-haut, pourquoi pas dès le départ ? Mackie en tire que Dieu, s'il existait, aurait dû créer de tels êtres.
Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 6Un Dieu qui connaît tous les ressorts du monde pourrait, par de petites interventions invisibles, détourner les maladies, les tempêtes et les accidents, et rendre le monde heureux. Dire que leur utilité est « cachée », c'est faire une hypothèse que rien ne soutient.
un défenseur répond
Un Dieu qui connaît tous les ressorts du monde pourrait, par de petites interventions invisibles, détourner les maladies, les tempêtes et les accidents, et rendre le monde heureux. Dire que leur utilité est « cachée », c'est faire une hypothèse que rien ne soutient.
Schopenhauer (la douleur est positive) 1851 · attaque la prémisse 2La douleur n'est pas un simple manque : elle se fait sentir, elle est ce qu'il y a de plus réel. Dire que le mal n'est « rien » est absurde pour qui souffre. Une rage de dents n'est pas une absence.
Augustin répond
La douleur n'est pas un simple manque : elle se fait sentir, elle est ce qu'il y a de plus réel. Dire que le mal n'est « rien » est absurde pour qui souffre. Une rage de dents n'est pas une absence.