Trois sortes de maux, et un monde qui n'existe pas pour l'homme seul
Les trois espèces de maux (Maïmonide)
L'existence du mal ne montre pas que Dieu n'est pas bon : la plupart des maux viennent de nous ou de notre condition de corps, et le monde n'a pas été fait pour nous seuls.
Les maux viennent du corps, des autres hommes et de nous-mêmes, surtout de nous : le monde ne s'est pas fait pour nous seuls.
« Trois sortes de maux, et un monde qui n'existe pas pour l'homme seul » est un argument de Moïse Maïmonide (Guide des égarés, III, 12-13 (vers 1190), 1190) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : L'existence du mal ne montre pas que Dieu n'est pas bon : la plupart des maux viennent de nous ou de notre condition de corps, et le monde n'a pas été fait pour nous seuls. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Beaucoup de gens, dit Maïmonide, croient qu'il y a plus de mal que de bien dans le monde. Un médecin célèbre, Al-Razi, en a même fait un livre contre la bonté de Dieu. Maïmonide, médecin et philosophe lui aussi, répond en deux temps. D'abord il classe les maux : ceux qui tiennent au fait d'avoir un corps (infirmités, maladies, inondations), ceux que les hommes se font entre eux (violence, guerres) et ceux que chacun se fait à lui-même par ses vices et ses désirs sans fin. Les deux premières sortes sont rares, dit-il ; la troisième est de très loin la plus grande. Ensuite il montre l'erreur de départ : on juge l'univers d'après un seul individu, comme s'il avait été fait pour nous. Or il n'existe pas pour l'homme seul. Le mal ne prouverait donc pas que Dieu n'est pas bon.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où les trois espèces couvrent tous les maux, où l'on a bien tort de juger d'après un seul individu, et où pourtant Dieu reste blâmable parce qu'il aurait pu créer un monde sans ces maux.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Al-Razi (rapporté par Maïmonide) 900 · attaque la prémisse 4Selon Al-Razi, célèbre médecin, il y a plus de mal que de bien dans le monde : si l'on compare le bien-être de l'homme à ses douleurs, ses infirmités, ses peurs et ses chagrins, l'existence humaine ressemble à un châtiment. Son livre est perdu ; nous n'en avons que ce que Maïmonide en dit.
Maïmonide répond
Selon Al-Razi, célèbre médecin, il y a plus de mal que de bien dans le monde : si l'on compare le bien-être de l'homme à ses douleurs, ses infirmités, ses peurs et ses chagrins, l'existence humaine ressemble à un châtiment. Son livre est perdu ; nous n'en avons que ce que Maïmonide en dit.
Voltaire (Poème sur le désastre de Lisbonne) 1756 · attaque la prémisse 2Après le séisme de Lisbonne (1755), Voltaire demande quel crime ont commis les enfants écrasés sur le sein de leur mère. Un tremblement de terre est un mal de la première espèce, que Maïmonide juge inévitable pour un monde de matière : mais ces enfants n'y sont pour rien, et Voltaire refuse qu'on parle de « bien » à leur sujet.
un défenseur répond
Après le séisme de Lisbonne (1755), Voltaire demande quel crime ont commis les enfants écrasés sur le sein de leur mère. Un tremblement de terre est un mal de la première espèce, que Maïmonide juge inévitable pour un monde de matière : mais ces enfants n'y sont pour rien, et Voltaire refuse qu'on parle de « bien » à leur sujet.
Hume (Philon, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 3Même si la douleur est moins fréquente que le plaisir, dit Philon, elle est infiniment plus violente et plus durable. Un petit nombre de maux peut suffire à ruiner la bonté d'un Dieu tout-puissant : compter combien ils sont rares ne règle pas la question.
un défenseur répond
Même si la douleur est moins fréquente que le plaisir, dit Philon, elle est infiniment plus violente et plus durable. Un petit nombre de maux peut suffire à ruiner la bonté d'un Dieu tout-puissant : compter combien ils sont rares ne règle pas la question.
William Rowe (le faon) 1979 · attaque la prémisse 6Dans un incendie de forêt, un faon est pris au piège, horriblement brûlé, et agonise pendant des jours. Aucun homme n'y est pour rien : c'est un mal de la première espèce. Rowe demande pourquoi un Dieu tout-puissant, s'il existe, ne l'aurait pas évité. Pour Rowe, un seul cas de ce genre suffit à poser la question.
un défenseur répond
Dans un incendie de forêt, un faon est pris au piège, horriblement brûlé, et agonise pendant des jours. Aucun homme n'y est pour rien : c'est un mal de la première espèce. Rowe demande pourquoi un Dieu tout-puissant, s'il existe, ne l'aurait pas évité. Pour Rowe, un seul cas de ce genre suffit à poser la question.
J. L. Mackie 1955 · attaque la prémisse 3Les maux que les hommes se font entre eux ou à eux-mêmes viennent de leur liberté. Mais si un homme peut choisir librement le bien une fois, rien n'empêche qu'il le choisisse librement toujours. Dieu aurait donc pu créer des êtres libres qui font toujours le bien. S'il ne l'a pas fait, il n'est pas à la fois tout-puissant et parfaitement bon.
un défenseur répond
Les maux que les hommes se font entre eux ou à eux-mêmes viennent de leur liberté. Mais si un homme peut choisir librement le bien une fois, rien n'empêche qu'il le choisisse librement toujours. Dieu aurait donc pu créer des êtres libres qui font toujours le bien. S'il ne l'a pas fait, il n'est pas à la fois tout-puissant et parfaitement bon.