Lisbonne : contre « tout est bien »
Dire « tout est bien aujourd'hui » est une illusion : il faut avouer le mal, que la raison n'explique pas. Il reste l'espérance (« un jour tout sera bien »), pas une démonstration.
Le mal frappe des innocents et personne ne montre qu'il était nécessaire : on ne peut donc pas affirmer que tout est bien.
« Lisbonne : contre « tout est bien » » est un argument de Voltaire (Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : déisme). Sa thèse : Dire « tout est bien aujourd'hui » est une illusion : il faut avouer le mal, que la raison n'explique pas. Il reste l'espérance (« un jour tout sera bien »), pas une démonstration. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Le 1er novembre 1755, un tremblement de terre détruit Lisbonne et tue des dizaines de milliers de personnes. Des philosophes, à la suite de Leibniz et de Pope, répètent que « tout est bien » : chaque mal sert le bien de l'ensemble. Voltaire répond par un poème. Attention : il ne nie pas Dieu, il écrit même « Je ne m'élève point contre la Providence ». C'est l'argument d'un déiste contre une façon d'expliquer le mal : Dieu existe, mais on ne peut pas prétendre lire sa Providence dans chaque événement. (Classement discuté : dans le poème, Voltaire dit encore respecter la Providence et garde l'espérance.) Il soutient que le mal est réel, que la raison ne l'explique pas, et qu'il ne reste que l'espérance.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le mal est réel, où personne ne montre qu'il était nécessaire, et où l'on a pourtant le droit de dire que tout est bien. C'est exactement la position de Leibniz : il suffit de savoir que Dieu a choisi ce monde.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Leibniz (Théodicée, 1710) 1710 · attaque la prémisse 4On n'a pas besoin de voir à quoi sert chaque mal. Dieu est parfait, il a choisi ce monde : on doit donc juger « par l'effet » que ce monde est le meilleur possible, même quand on ne comprend pas le détail.
Voltaire répond
On n'a pas besoin de voir à quoi sert chaque mal. Dieu est parfait, il a choisi ce monde : on doit donc juger « par l'effet » que ce monde est le meilleur possible, même quand on ne comprend pas le détail.
Rousseau (Lettre à Voltaire, 18 août 1756) 1756 · attaque la prémisse 2Il ne faut pas dire « tout est bien » pour chacun, mais « le tout est bien ». Et la plupart de nos maux physiques sont notre œuvre : ce n'est pas la nature qui avait entassé à Lisbonne vingt mille maisons de six ou sept étages.
Voltaire répond
Il ne faut pas dire « tout est bien » pour chacun, mais « le tout est bien ». Et la plupart de nos maux physiques sont notre œuvre : ce n'est pas la nature qui avait entassé à Lisbonne vingt mille maisons de six ou sept étages.
D'Holbach (Système de la nature, 1770) 1770 · attaque la conclusionSi le mal est réel et que la raison ne l'explique pas, pourquoi garder un Dieu bon ? Les malheurs et les crimes du genre humain sont la meilleure objection contre Dieu. L'espérance n'est pas une raison.
Voltaire répond
Si le mal est réel et que la raison ne l'explique pas, pourquoi garder un Dieu bon ? Les malheurs et les crimes du genre humain sont la meilleure objection contre Dieu. L'espérance n'est pas une raison.