QuestionsDieu existe-t-il ?La liberté a un prix : le mal ne contredit pas Dieu
Dieu existe-t-il ?ThéismeLe problème du mal

La liberté a un prix : le mal ne contredit pas Dieu

La défense par le libre arbitre

Alvin Plantinga né en 1932Croire en Dieu peut être rationnel sans preuve, et le mal ne rend pas cette croyance incohérente.
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Ce qu'il soutient

L'existence du mal ne contredit pas celle d'un Dieu tout-puissant, qui sait tout et parfaitement bon : le problème logique du mal échoue.

Pourquoi

Un monde de créatures libres vaut plus qu'un monde d'automates, et Dieu ne peut pas forcer des êtres libres à ne faire que le bien.

La même idée à travers l'histoire
Augustin395Le mal moral vient du mauvais usage de la liberté, qui est un bien : un cheval qui s'égare vaut mieux qu'une pierre qui ne s'égare pas.
Alvin Plantinga1965« The Free Will Defence » : réponse à Mackie et à Flew, qui disaient le mal contradictoire avec Dieu. Plantinga ne cherche pas la vraie raison de Dieu, seulement une raison possible.
Alvin Plantinga1974The Nature of Necessity et God, Freedom, and Evil : la version définitive, avec l'idée de « dépravation transmondaine ».
En bref

« La liberté a un prix : le mal ne contredit pas Dieu » est un argument d'Alvin Plantinga (« The Free Will Defence », 1965 ; God, Freedom, and Evil, 1974, 1965) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : L'existence du mal ne contredit pas celle d'un Dieu tout-puissant, qui sait tout et parfaitement bon : le problème logique du mal échoue. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Free Will Defence », 1965 ; God, Freedom, and Evil, 1974
Valide avec une prémisse implicite

En 1955, le philosophe australien J. L. Mackie affirme que croire en Dieu est contradictoire : un Dieu tout-puissant et parfaitement bon ne laisserait exister aucun mal. Le philosophe américain Alvin Plantinga lui répond. Il ne prétend pas savoir pourquoi Dieu permet le mal (ce serait une « théodicée ») : il veut seulement montrer qu'une raison possible existe, ce qu'il appelle une « défense ». Si un Dieu bon a pu vouloir des créatures vraiment libres, et s'il est possible que toute créature libre choisisse parfois le mal, alors Dieu et le mal ne se contredisent pas. Même des philosophes athées ont jugé cette réponse réussie, sur ce point précis.

P1Un monde où des créatures vraiment libres font le bien et le mal, mais plus de bien que de mal, vaut plus qu'un monde de quasi-automates qui font toujours le bien parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement.
P2Dieu peut créer des êtres libres, mais il ne peut pas les forcer à ne faire que le bien : s'il les y obligeait, ils ne feraient plus le bien librement.
P3Il est possible que toute personne libre que Dieu pourrait créer fasse au moins une fois le mal, quelles que soient les circonstances où il la place (Plantinga appellera cela la « dépravation transmondaine »). Dans ce cas, Dieu ne pouvait pas créer un monde avec du bien moral et sans aucun mal moral.
P4 · prémisse impliciteUn Dieu parfaitement bon peut permettre un mal quand il ne pourrait l'empêcher qu'en renonçant à un bien plus grand.
P5Pour montrer que deux affirmations ne se contredisent pas, il suffit de décrire une situation possible où elles sont vraies ensemble. Il n'est pas nécessaire que cette situation soit vraie, ni même probable.
Donc l'existence du mal ne contredit pas celle d'un Dieu tout-puissant, qui sait tout et parfaitement bon : le problème logique du mal échoue.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la liberté vaut plus que son absence, où Dieu ne peut pas forcer le bien libre, et où Dieu n'a pourtant aucune raison possible de permettre le mal : par exemple si un être bon ne devait jamais permettre aucun mal, quel que soit le bien en jeu.
Valide avec P4. Plantinga la suppose plus qu'il ne la défend : c'est le principe, admis aussi par Mackie, qu'un être bon peut permettre un mal pour un bien plus grand. Le cœur de l'argument est P3 : Mackie disait que Dieu, tout-puissant, aurait pu créer des êtres libres qui choisissent toujours le bien. Plantinga répond qu'il ne dépend pas de Dieu de savoir ce que des êtres vraiment libres choisiront. Attention à la portée : l'argument ne prouve pas que Dieu existe, ni que la liberté est la vraie raison du mal. Il montre seulement que croire en Dieu malgré le mal n'est pas contradictoire. Il suppose aussi une liberté au sens fort (« libertarienne ») : un choix libre n'est déterminé par rien, pas même par Dieu.
Analogie. Des parents veulent un enfant, et non un robot qui obéit toujours. Ils savent qu'un enfant vraiment libre fera, un jour ou l'autre, des bêtises, et qu'ils ne peuvent pas choisir à sa place sans lui retirer sa liberté. Faire un enfant n'est pas pour autant une faute. La question de Plantinga n'est pas de savoir si les parents ont eu raison, mais seulement s'il est contradictoire d'être de bons parents et d'avoir un enfant qui fait parfois le mal.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

J. L. Mackie 1955 · attaque la prémisse 3

Si un homme peut choisir librement le bien une fois, ou plusieurs fois, il n'y a aucune impossibilité logique à ce qu'il le choisisse librement à chaque fois. Dieu n'avait donc pas à choisir entre des automates innocents et des êtres libres qui se trompent parfois : il pouvait créer des êtres libres qui choisissent toujours le bien. S'il ne l'a pas fait, il n'est pas à la fois tout-puissant et parfaitement bon.

Plantinga répond
Alvin Plantinga 1974 · Réponse de Plantinga (1974, reformulée en 2009)
Un monde où chacun choisit toujours librement le bien est possible en soi, mais il ne dépend pas seulement de Dieu : il dépend aussi de ce que ces êtres choisiraient librement. Or il est possible que toute personne que Dieu pourrait créer, placée dans n'importe quelle situation, fasse au moins une fois le mal. Dans ce cas, Dieu ne pouvait pas créer un monde avec des êtres libres et sans mal, et cela reste compatible avec le fait qu'il ait créé un très bon monde.
William Rowe (philosophe athée) 1979
Rowe, pourtant défenseur de l'argument du mal, juge que personne n'a réussi à prouver que Dieu et le mal sont contradictoires. Il admet que, si l'on accepte la liberté au sens fort, l'argument de Plantinga est assez convaincant. C'est pourquoi il passe à une autre version du problème, fondée sur les probabilités.
Voir la suite du débat (1)
Robert M. Adams 1985
Sur le problème « logique » du mal, Adams, pourtant critique de Plantinga sur d'autres points, conclut qu'il est juste de dire que Plantinga l'a résolu.
Le débat continue (notre résumé) Le débat s'est ensuite déplacé : la plupart des critiques ne disent plus que Dieu et le mal sont contradictoires, mais que le mal rend Dieu improbable (voir l'argument de Rowe). Reste un point discuté : la défense suppose que la liberté n'est déterminée par rien. Ceux qui pensent qu'un choix peut être libre tout en ayant des causes (les « compatibilistes », comme Flew) contestent P2 dès le départ.
H. J. McCloskey, Antony Flew (le mal naturel) 1960 · attaque la conclusion

Même si elle marchait, la défense par le libre arbitre n'expliquerait qu'une partie du mal : celui que font les humains. Les séismes, les maladies, la souffrance des animaux avant l'apparition de l'homme ne viennent d'aucun choix libre. Le problème reste entier pour eux.

Plantinga répond
Alvin Plantinga 1965
La doctrine traditionnelle attribue une bonne part du mal à Satan, un esprit libre non humain, créé bien avant l'homme, qui s'est révolté. Il est logiquement possible que tout le mal naturel vienne des choix libres de tels esprits. Le même raisonnement s'applique alors, et cela suffit à montrer qu'il n'y a pas de contradiction.
Antony Flew (cité par Plantinga)
Invoquer des démons n'est qu'un expédient désespéré, inventé pour les besoins de la cause, tant qu'on n'apporte pas de preuves indépendantes de leur existence.
Voir la suite du débat (2)
Alvin Plantinga 1965
Pour répondre à l'accusation de contradiction, le croyant n'a pas besoin que cette hypothèse soit probable, ni même vraie. Il lui suffit qu'elle ne contredise pas l'existence de Dieu.
Robert M. Adams 1985
Les anges déchus ne règlent pas la question morale. Si leurs péchés causaient le cancer, un Dieu tout-puissant aurait pu les laisser pécher sans maintenir les liens de cause à effet qui font que leurs péchés produisent le cancer.
Le débat continue (notre résumé) Comme pour Mackie, la défense tient sur le plan strictement logique. Mais beaucoup, y compris des croyants, trouvent l'hypothèse des démons peu crédible pour expliquer les séismes. D'autres défenseurs (Swinburne, Hick) préfèrent dire qu'un monde aux lois stables, avec leurs dangers, est nécessaire pour que des choix libres aient un sens.
Robert M. Adams (les « contrefactuels de liberté ») 1977 · attaque la prémisse 3

P3 suppose qu'il existe des vérités du type « si Dieu créait Pierre dans telle situation, Pierre choisirait librement le mal », vraies avant même que Pierre existe. Les théologiens jésuites du XVIe siècle, comme Molina, appelaient leur connaissance la « science moyenne ». Adams soutient que de telles phrases ne peuvent pas être vraies : si le choix est vraiment libre, rien ne fixe d'avance ce qu'il serait. Sans ces vérités, la « dépravation transmondaine », telle que Plantinga la formule, perd son appui.

Plantinga répond
Alvin Plantinga 1974
Plantinga avait prévu ce cas. Même si ces phrases n'ont pas de vérité, Dieu, en créant des êtres libres, ne pouvait pas être sûr du résultat : il prenait un risque. Il est donc toujours possible qu'il ait tenté de créer un monde sans péché et que ses créatures aient quand même choisi le mal.
Robert M. Adams 1985
Adams l'accorde : rejeter ces vérités n'affaiblit pas la solution de Plantinga au problème logique, puisqu'un Dieu sans « science moyenne » prend de vrais risques en créant des êtres libres. Mais il ajoute (dès 1977) que la liberté peut jouer un rôle dans une explication du mal sans pouvoir en porter tout le poids.
J. L. Mackie (pourquoi Dieu n'intervient-il pas ?) 1955 · attaque la prémisse 2

Même en admettant la liberté, pourquoi Dieu ne laisserait-il pas les hommes libres de bien vouloir, tout en intervenant au moment où il les voit commencer à vouloir le mal ? S'il le peut et ne le fait pas, c'est qu'un mauvais choix libre vaudrait mieux qu'aucun choix, ce que les croyants refusent de dire ailleurs à propos du péché.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Plantinga dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) La réponse habituelle des défenseurs de la liberté : un être que Dieu arrête dès qu'il va mal choisir n'a plus vraiment le choix du mal, donc plus vraiment le choix du bien. Reste à savoir si cette liberté vaut le prix des pires crimes : c'est là que la discussion devient morale, et plus seulement logique.
Ce qu'en disent les voix d'aujourd'hui
Le défendent
Jordan PetersonIl présente la lecture du mal par le libre arbitre : si le bien et le mal peuvent exister, le choix est libre, et le seul prix est la possibilité constante du mal.
Roger ScrutonIl fait remonter tout le mal au choix humain, non aux mauvais événements, mais précise que ce n'est pas son affaire de produire une théodicée et qu'il n'innocente pas Dieu.
Cliffe KnechtleSur le mal : « Dieu a choisi de limiter en partie sa puissance en nous donnant le libre arbitre » ; l'amour doit être libre.
William Lane CraigFace au problème logique du mal, il dit que Dieu ne peut pas toujours faire choisir autrement des créatures libres, donc un monde avec moins de souffrance n'est peut-être pas possible pour lui. Il dit que cette version du problème est largement considérée comme résolue. En 2020, il dit que le problème du mal ne réfute pas Dieu, et que rendre tous les mauvais choix sans effet rendrait les choix moraux triviaux.
Frank TurekDans une conférence sur un campus, il a dit que la réponse chrétienne à la souffrance part du libre arbitre : la liberté permet l'amour, mais aussi le mal.
Francis CollinsSur le mal, il donne la défense par le libre arbitre : Dieu nous a donné le libre arbitre et nous pouvons l'exercer d'une façon qui blesse les autres. La souffrance sans cause humaine est pour lui la question plus difficile. Pour le mal naturel, il ajoute que Dieu a choisi des lois naturelles stables et que « lorsqu'un enfant souffre, Dieu pleure aussi ».
Trent HornIl soutient que des animaux qui ne ressentent pas la douleur sont aussi irréalisables que des humains sans libre arbitre : la souffrance animale peut donc se justifier.
Le critiquent
Alex O'ConnorInterroge Swinburne : que dire à qui préférerait un monde sans liberté, donc sans mal ?
Peter SingerLa défense par le libre arbitre ne répond pas à la souffrance dans la nature, comme les animaux noyés par des inondations, qu'aucune volonté humaine ne cause.
Bart EhrmanIl dit que le libre arbitre explique les maux causés par les humains mais pas les catastrophes naturelles, et que parler de mystère revient à admettre qu'il n'y a pas de réponse. En 2010 il ajoutait que, si les croyants auront le libre arbitre au ciel sans souffrance, un monde avec libre arbitre et sans souffrance est possible.
Matt DillahuntyContre la réponse du libre arbitre au mal, il dit qu'un dieu tout-puissant qui voudrait mettre fin au mal l'aurait déjà fait.