QuestionsSommes-nous libres ?La liberté s'oppose à la contrainte, pas à la nécessité
Sommes-nous libres ?Libres sans libre arbitre absolu

La liberté s'oppose à la contrainte, pas à la nécessité

La liberté d'indifférence contre la liberté hypothétique ; le compatibilisme de Hume

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

Liberté et nécessité sont compatibles : nos actions peuvent être libres et nécessaires à la fois, et la dispute entre les deux camps n'a été qu'une dispute de mots.

Pourquoi

Chez les humains comme dans la matière, les mêmes motifs produisent les mêmes conduites : la nécessité n'est qu'une régularité observée.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« La liberté s'oppose à la contrainte, pas à la nécessité » est un argument de Hume (Enquête sur l'entendement humain, section VIII (1748), 1748) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : libres sans libre arbitre absolu). Sa thèse : Liberté et nécessité sont compatibles : nos actions peuvent être libres et nécessaires à la fois, et la dispute entre les deux camps n'a été qu'une dispute de mots. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Enquête sur l'entendement humain, section VIII (1748)
Valide avec une prémisse implicite

Depuis deux mille ans, on se dispute pour savoir si l'on peut être libre alors que tout a une cause. Hume pense que cette dispute n'est que verbale : tous les hommes, savants et ignorants, ont toujours été d'accord sur la nécessité et sur la liberté, mais ils n'avaient pas défini leurs mots. Si l'on définit « nécessité » comme le fait l'expérience (des causes qui produisent régulièrement les mêmes effets, y compris dans nos actions) et « liberté » comme le pouvoir d'agir selon sa volonté, alors les deux vont ensemble. L'opposé de la liberté n'est pas la nécessité : c'est la contrainte, celle du prisonnier enchaîné.

P1Notre seule idée de la nécessité vient de ce que nous observons : des objets semblables toujours unis, et l'habitude de l'esprit de passer de l'un à l'autre. Rien de plus ne se trouve dans la matière.
P2Ces deux circonstances se retrouvent dans les actions humaines : les mêmes motifs produisent toujours les mêmes conduites, et nous en tirons tous les jours des prévisions. Les actes de la volonté sont donc « nécessaires » au sens de P1.
P3Appliquée aux actions volontaires, la liberté ne peut vouloir dire que le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté : si nous choisissons de rester en repos, nous le pouvons ; si nous choisissons de bouger, nous le pouvons aussi.
P4Cette liberté « hypothétique » appartient à tout le monde, sauf aux prisonniers enchaînés : on la possède donc dans les mêmes actions qui sont nécessaires au sens de P1.
P5 · prémisse impliciteLa liberté dont il est question quand on se demande si nous avons un libre arbitre est celle de P3, et non une liberté qui échapperait aux causes.
Donc liberté et nécessité sont compatibles : nos actions peuvent être libres et nécessaires à la fois, et la dispute entre les deux camps n'a été qu'une dispute de mots.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, voici une situation qui rend les prémisses vraies et la conclusion discutable : un homme manipulé par un hypnotiseur agit comme il le veut (P3) et reste prévisible (P2), mais on hésite à dire qu'il est libre au sens où nous l'entendons d'habitude.
L'argument est valide si l'on ajoute P5, la prémisse cachée : la liberté qui compte est celle que Hume a définie. Sans P5, il montre seulement qu'une certaine liberté (agir comme on le veut) est compatible avec la nécessité, et un adversaire peut répondre que ce n'est pas la liberté qui l'intéresse. Tout le débat porte donc sur P5. Hume ajoute deux arguments en sa faveur : si l'on oppose la liberté à la nécessité (et non à la contrainte), elle devient un synonyme du hasard, qui n'existe pas, et sans une cause stable dans le caractère de l'agent, on ne pourrait ni louer ni blâmer personne.
Analogie. Une horloge bien réglée donne l'heure sans erreur : on peut la prévoir, c'est son côté « nécessaire ». Et pourtant il y a une vraie différence entre une horloge qui tourne librement et une horloge dont on retient l'aiguille avec la main. Pour Hume, la liberté est cette différence-là, pas l'absence de cause.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Kant 1788 · attaque la prémisse 5

Appeler « libres » des actions parce que leurs causes sont intérieures (nos désirs, nos représentations) est un « misérable subterfuge ». Ces causes viennent elles-mêmes du passé, et quand il faut agir, ce passé n'est plus en notre pouvoir. On obtient une liberté « psychologique », mais c'est de la nécessité physique, et il n'y a plus de loi morale ni de responsabilité possibles.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1788, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Hume est mort en 1776 et ne pouvait pas répondre à la Critique de la raison pratique (1788). Il a pourtant défendu l'idée contraire : pour lui, sans cause stable dans le caractère de l'agent, on ne pourrait ni louer ni blâmer (EHU VIII, 29-31). Un compatibiliste répond à Kant que la responsabilité demande seulement que l'acte vienne de nos motifs et de notre caractère, pas que nous échappions à toutes les causes. Kant répond que le caractère vient lui-même du passé. Le débat reste ouvert.
Thomas Reid 1788 · attaque la prémisse 5

Être libre, c'est avoir le pouvoir de produire soi-même ses actes, de façon à pouvoir aussi ne pas les produire : une liberté « active ». Selon Reid, un motif incline l'agent mais ne le cause pas. Si nos volontés sont l'effet de causes qui remontent à avant notre naissance, nous ne sommes plus les auteurs de nos actes. C'est la thèse de la « causalité de l'agent » (voir aussi l'argument de Reid sur le site).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1788, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Reid écrit après Hume (Hume meurt en 1776) et répond en partie à lui. La réponse compatibiliste classique : dire que l'agent « cause » son acte sans être lui-même causé par rien est obscur. Un acte qui n'aurait aucune cause ressemblerait au hasard, que Hume juge inexistant (EHU VIII, 25). Les partisans de Reid répondent que l'agent est une cause d'un genre particulier, qu'on connaît en l'éprouvant.
Peter van Inwagen 1983 · attaque la conclusion

Argument de la conséquence. Si le déterminisme est vrai, nos actes sont les conséquences des lois de la nature et d'événements très anciens. Mais il ne dépend pas de nous ce qui s'est passé avant notre naissance, ni quelles sont les lois de la nature. Donc les conséquences de ces choses ne dépendent pas de nous non plus : si le déterminisme est vrai, nous n'avons pas de libre arbitre. Les deux ne sont pas compatibles.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1983, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Posthume (Hume meurt en 1776). Les compatibilistes modernes répondent par exemple, comme David Lewis (1981), qu'on peut avoir le pouvoir de faire quelque chose qui, si on le faisait, rendrait fausse une loi de la nature ou changerait le passé, sans que l'on change ni la loi ni le passé. Van Inwagen rejette cette réponse. Remarque : Hume lui-même ne raisonne pas ainsi, car il définit la liberté comme un pouvoir conditionnel (si je choisis de bouger, je peux bouger).