QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Il n'y a pas d'être nécessaire : le monde peut être là, c'est tout
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Un fait brut

Il n'y a pas d'être nécessaire : le monde peut être là, c'est tout

La critique humienne de l'être nécessaire

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

Rien n'oblige à chercher une raison de l'existence du monde hors de lui : la suite des choses peut être simplement là, sans raison dernière.

Pourquoi

Tout ce qu'on conçoit existant, on peut le concevoir non existant : aucune existence n'est démontrable ; le monde peut être là, c'est tout.

La même idée à travers l'histoire
Hume1779Cléanthe répond à Déméa, qui défend l'argument a priori : l'existence ne se démontre pas, et le tout n'a pas besoin d'une cause en plus de ses parties.
Bertrand Russell1948Russell reprend l'idée au micro de la BBC : l'univers est simplement là, et c'est tout.
Carl Sagan1980« Si Dieu a toujours existé, pourquoi ne pas faire l'économie d'une étape et conclure que l'univers a toujours existé ? » Sagan reprend dans Cosmos l'idée de Hume : si l'on accepte une existence sans commencement, rien n'oblige à la placer en Dieu plutôt que dans le monde.
En bref

« Il n'y a pas d'être nécessaire : le monde peut être là, c'est tout » est un argument de Hume (Dialogues sur la religion naturelle, IX, 1779, 1779) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : un fait brut). Sa thèse : Rien n'oblige à chercher une raison de l'existence du monde hors de lui : la suite des choses peut être simplement là, sans raison dernière. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Dialogues sur la religion naturelle, IX, 1779
Valide avec une prémisse implicite

Dans les Dialogues, Déméa défend la preuve a priori : le monde doit avoir une raison, donc un être nécessaire existe. Cléanthe lui répond en attaquant l'idée même d'un être nécessaire. Tout ce que nous concevons existant, nous pouvons le concevoir non existant : aucune existence n'est donc contradictoire à nier, ni démontrable. Et si une chose devait être nécessaire, pourquoi pas l'univers lui-même ? Hume ne dit pas que le monde a une raison cachée : il dit qu'on n'a aucun motif d'en exiger une hors de lui. (Dans les Dialogues, l'avis de Hume lui-même se lit surtout chez Philon, mais cet argument est celui de Cléanthe.)

P1On ne peut démontrer une chose que si son contraire implique contradiction.
P2Rien de ce que l'on conçoit clairement n'implique contradiction.
P3Tout ce que nous concevons comme existant, nous pouvons aussi le concevoir comme non existant.
P4Si un être pouvait exister nécessairement, rien n'empêche que ce soit l'univers matériel : nous ne connaissons pas toutes les propriétés de la matière.
P5Dans une suite de causes, chaque partie est expliquée par la précédente ; réunir les parties en un tout est un acte arbitraire de l'esprit, et expliquer les parties suffit à expliquer le tout.
P6 · prémisse impliciteSi aucun être n'est démontrable comme nécessaire, que l'univers peut en tenir lieu et que le tout est expliqué par ses parties, rien n'oblige à chercher une raison hors de la suite des choses.
Donc rien n'oblige à chercher une raison de l'existence du monde hors de lui : la suite des choses peut être simplement là, sans raison dernière.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où aucun être n'est démontrablement nécessaire, où l'univers pourrait l'être et où chaque partie est expliquée, mais où le tout reste cependant à expliquer par autre chose : la conclusion ne suit pas.
Valide avec P6. Hume ne l'énonce pas ainsi, mais il en a besoin : de « on ne démontre pas d'être nécessaire » il ne suit pas encore qu'on n'a pas à chercher de raison. Il faut aussi que l'univers puisse tenir lieu d'être nécessaire (P4) et que le tout n'exige rien de plus que ses parties (P5). Les partisans de l'argument de Leibniz contestent surtout P5 ; d'autres contestent P1 (la nécessité n'est-elle qu'une affaire de contradiction logique ?).
Analogie. Vingt grains de sable : si l'on donne l'origine de chacun, demander ensuite « et d'où vient le tas de vingt grains ? » n'ajoute pas une question. C'est l'exemple de Hume, avec vingt particules de matière.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

D
Déméa 1779 · attaque la prémisse 5

Chaque effet est expliqué par la cause qui le précède, mais toute la chaîne éternelle, prise ensemble, n'est déterminée par rien. Il reste raisonnable de demander pourquoi cette succession a existé depuis toujours, et pourquoi quelque chose plutôt que rien. (Hume renvoie en note à Clarke : c'est l'argument de la contingence de Clarke et de Leibniz.)

Hume répond
Hume (Cléanthe) 1779 · Réponse de Cléanthe
Dans une succession éternelle, il paraît absurde de demander une cause générale ou un premier auteur : la relation de cause implique une priorité dans le temps et un commencement d'existence, que n'a pas ce qui existe de toute éternité.
Alexander Pruss 2006
Résumé : Pruss défend le principe de raison suffisante et soutient que la demande d'explication vaut aussi pour l'ensemble des faits contingents, pas seulement pour chacun. Ce n'est donc pas un simple jeu de l'esprit de chercher la raison du tout, et l'absence de commencement dans le temps ne la supprime pas.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le principe de raison suffisante est-il vrai sans exception, y compris pour l'ensemble de toutes choses ? Pour Hume, la demande d'explication s'arrête aux parties ; pour Clarke, Leibniz et Pruss, elle vaut pour le tout. Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.
Leibniz 1714 · attaque la prémisse 4

Le monde matériel ne peut pas être l'être nécessaire : la matière est en elle-même indifférente au mouvement et au repos, et à tel mouvement plutôt que tel autre. On n'y trouve donc pas la raison du mouvement, et encore moins d'un mouvement particulier.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1714, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Hume écrit après Leibniz et ne le cite pas ici. Mais Cléanthe examine l'argument classique de la contingence de la matière (on peut concevoir la matière anéantie ou autrement) : il répond que le même argument vaut contre Dieu, et que des qualités inconnues pourraient rendre la matière nécessaire (Dialogues, IX). Leibniz, lui, estime que la raison d'être d'une matière indifférente ne se trouve pas en elle-même.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : savoir si la matière a, ou non, en elle une raison de son existence et de son mouvement. Hume juge que nous ne connaissons pas assez la matière pour l'exclure ; Leibniz juge que sa nature la montre indifférente.