QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?L'univers est simplement là, et c'est tout
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Un fait brut

L'univers est simplement là, et c'est tout

« L'univers est simplement là » (Russell)

Bertrand Russell 1872 · 1970Clarifier la pensée par la logique, douter des dogmes.
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Ce qu'il soutient

L'univers n'a pas besoin de cause : il est simplement là, et c'est tout. La question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse à chercher au-delà de lui.

Pourquoi

Ce qui est vrai de chaque membre n'est pas vrai de l'ensemble, et rien ne prouve que l'univers entier ait une cause.

La même idée à travers l'histoire
Hume1779Cléanthe soutient déjà que, les parties étant expliquées, le tout l'est aussi.Bertrand Russell1927Dans « Pourquoi je ne suis pas chrétien », Russell critique la preuve par la cause première.
Bertrand Russell1948À la BBC, face au père Copleston qui défend l'argument de Leibniz, Russell nie que l'univers entier ait besoin d'une cause.
En bref

« L'univers est simplement là, et c'est tout » est un argument de Bertrand Russell (Débat Russell-Copleston, BBC, 1948, 1927) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : un fait brut). Sa thèse : L'univers n'a pas besoin de cause : il est simplement là, et c'est tout. La question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse à chercher au-delà de lui. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Débat Russell-Copleston, BBC, 1948
Valide avec une prémisse implicite

En 1948, à la radio de la BBC, le père jésuite Frederick Copleston défend l'argument de la contingence de Leibniz : pourquoi quelque chose plutôt que rien ? Le philosophe Bertrand Russell lui répond que cette question suppose ce qu'il faudrait prouver. La notion de cause vient de l'observation de choses particulières ; rien ne prouve qu'elle s'applique à l'univers entier. Chaque homme a une mère, mais l'espèce humaine n'en a pas. Pour Russell, l'univers est simplement là, et c'est tout.

P1Nous tirons la notion de cause de l'observation de choses particulières.
P2Ce qui est vrai de chaque membre d'un ensemble n'est pas forcément vrai de l'ensemble : chaque homme a une mère, mais l'espèce humaine n'a pas de mère.
P3Russell ne voit aucune raison de supposer que le total ait une cause.
P4 · prémisse impliciteQuand on n'a aucune raison de croire que le tout ait une cause, on n'est pas obligé d'en chercher une : cela revient à la charge de la preuve, que Russell laisse à son adversaire.
Donc l'univers n'a pas besoin de cause : il est simplement là, et c'est tout. La question « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » n'a pas de réponse à chercher au-delà de lui.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la notion de cause vient de choses particulières et où l'on n'a pas de raison actuelle de croire que le tout ait une cause, mais où l'on doit tout de même continuer à chercher : la conclusion ne suit pas.
Valide avec P4. Russell ne l'énonce pas comme une règle : il demande seulement « donnez-moi une raison et je l'écouterai ». Sans P4, de « aucune raison de croire à une cause du tout » on ne conclurait pas encore qu'on peut renoncer à en chercher. Copleston conteste justement ce passage (il dit qu'« il n'y a pas de cause » doit être dit à la fin de l'enquête, pas au début) et l'analogie de la mère (P2).
Analogie. Chaque homme a une mère. Faut-il en conclure que l'espèce humaine, prise comme un tout, a elle aussi une mère ? Non : c'est « une autre sphère logique ». C'est l'exemple de Russell lui-même.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

F
Frederick Copleston 1948 · attaque la prémisse 2

Copleston ne voit pas la parité avec la mère. Il ne dit pas que, chaque objet ayant une cause dans la nature, la série entière en a une aussi. Il dit que la série des causes naturelles, même infinie, n'explique pas suffisamment la série : celle-ci a donc une cause d'un autre ordre, qui la dépasse.

Russell répond
Bertrand Russell 1948 · Réponse de Russell
Russell répond que cela suppose toujours que non seulement chaque chose du monde, mais le monde pris comme un tout, doit avoir une cause. Il dit ne voir aucun fondement à cette supposition et demande qu'on lui en donne un.
F
Frederick Copleston 1948
Copleston propose un dilemme : la série d'événements est causée ou non. Si elle l'est, sa cause est hors de la série. Si elle ne l'est pas, elle se suffit à elle-même, donc elle est ce qu'il appelle nécessaire. Or elle ne peut pas l'être, puisque chaque membre est contingent et que le tout n'a pas de réalité hors de ses membres. Elle doit donc avoir une cause.
Voir la suite du débat (1)
Bertrand Russell 1948
Russell répond que, pour ce qui est des choses sans cause, les physiciens assurent que les transitions quantiques individuelles dans les atomes n'ont pas de cause. Il en tire qu'un esprit peut concevoir ce que Copleston dit impossible à concevoir.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : y a-t-il une raison de demander la cause du tout, et l'analogie de la mère est-elle juste ? Copleston doute à son tour que l'absence de cause en physique des atomes soit plus qu'une conclusion provisoire ; Russell répond que cela montre en tout cas que l'on peut la concevoir. Les deux hommes ne se mettent pas d'accord.
F
Frederick Copleston 1948 · attaque la prémisse 4

Copleston juge dogmatique de dire qu'il ne faut pas chercher une cause : dire qu'il n'y en a pas devrait venir à la fin de l'enquête, pas au début. Et si le total n'a pas de cause, il devrait selon lui être sa propre cause, ce qui lui semble impossible.

Russell répond
Bertrand Russell 1948 · Réponse de Russell
Russell répond que le total n'a pas à être sa propre cause : ce qu'il dit, c'est que la notion de cause ne s'applique pas au total.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : « n'avoir aucune cause » et « ne pas relever de la notion de cause » sont-ils la même chose ? Copleston dit que non et juge la question légitime ; Russell dit que la notion ne s'applique pas au tout. Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.
Leibniz 1714 · attaque la prémisse 3

Leibniz répond d'avance qu'une suite sans fin de choses contingentes ne règle rien : on n'en est pas plus avancé, aussi loin qu'on remonte, car la même question reste posée. Il y a donc bien une raison à chercher pour le tout.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1714, après sa mort (1970).
Le débat continue (notre résumé) Russell ne cite pas ce passage dans le débat de 1948. Copleston, lui, dit avoir repris l'argument de Leibniz « parce qu'il lui semble une formulation brève et claire » de la preuve métaphysique ; Russell lui répond sur le principe de raison suffisante.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le principe de raison suffisante. Pour Leibniz et Copleston, il oblige à chercher une raison du tout ; pour Russell, c'est une exigence qu'on ne peut pas satisfaire et qu'on ne devrait pas avoir.