Contre la cause première : « l'univers est là, c'est tout »
Ni la cause première ni la contingence ne prouvent l'existence de Dieu. Cela ne prouve pas qu'il n'existe pas : la raison ne tranche pas, nous ne savons pas s'il existe.
Ce qui vaut pour chaque chose ne vaut pas forcément pour le tout : chaque homme a une mère, mais pas l'humanité.
« Contre la cause première : « l'univers est là, c'est tout » » est un argument de Bertrand Russell (Pourquoi je ne suis pas chrétien, 1927 · Débat avec Copleston, BBC, 1948) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : agnosticisme). Sa thèse : Ni la cause première ni la contingence ne prouvent l'existence de Dieu. Cela ne prouve pas qu'il n'existe pas : la raison ne tranche pas, nous ne savons pas s'il existe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Russell s'attaque à la preuve qu'il juge la seule encore sérieuse : celle de la cause première. Il le fait deux fois. En 1927, contre sa version simple (« tout a une cause, donc il y a une cause première »). En 1948, à la radio, contre sa version savante, celle de Leibniz, défendue par le jésuite Frederick Copleston : les choses contingentes demandent une raison, donc il existe un être nécessaire. Le débat est exceptionnel parce que les deux camps parlent : chaque objection de Copleston et chaque réponse de Russell sont citées. Russell ne conclut pas que Dieu n'existe pas, mais que ces preuves ne prouvent rien : il se dit agnostique dans ce même débat.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où toutes les autres prémisses sont vraies et où pourtant on sait que le tout a une raison, par une troisième voie : par exemple si, comme le soutient Copleston, une série de causes contingentes, même infinie, ne peut tout simplement pas suffire à expliquer quoi que ce soit.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 1Personne ne dit que tout a une cause. Seuls les êtres contingents en ont une. Dieu n'est pas une exception arbitraire : il est sa propre raison suffisante, sans être cause de lui-même.
Russell répond
Personne ne dit que tout a une cause. Seuls les êtres contingents en ont une. Dieu n'est pas une exception arbitraire : il est sa propre raison suffisante, sans être cause de lui-même.
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 5L'exemple de la mère ne s'applique pas. Je ne dis pas : chaque chose a une cause, donc la série a une cause du même genre. Je dis : même infinie, la série des causes naturelles n'explique pas la série. Donc elle a une cause qui la dépasse.
Russell répond
L'exemple de la mère ne s'applique pas. Je ne dis pas : chaque chose a une cause, donc la série a une cause du même genre. Je dis : même infinie, la série des causes naturelles n'explique pas la série. Donc elle a une cause qui la dépasse.
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 4Voici la raison demandée. Soit la série des événements a une cause, soit elle n'en a pas. Si elle n'en a pas, elle se suffit à elle-même, elle est donc nécessaire. Or elle ne peut pas l'être : elle n'est rien de plus que ses membres, et chacun d'eux est contingent. Donc elle a une cause, hors de la série. Ce n'est pas l'erreur de la mère : on ne prête pas au tout une propriété des parties, on montre que le tout ne peut pas s'expliquer par lui-même.
Russell répond
Voici la raison demandée. Soit la série des événements a une cause, soit elle n'en a pas. Si elle n'en a pas, elle se suffit à elle-même, elle est donc nécessaire. Or elle ne peut pas l'être : elle n'est rien de plus que ses membres, et chacun d'eux est contingent. Donc elle a une cause, hors de la série. Ce n'est pas l'erreur de la mère : on ne prête pas au tout une propriété des parties, on montre que le tout ne peut pas s'expliquer par lui-même.
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 6La science elle-même suppose que la nature est ordonnée et intelligible : le physicien cherche des causes comme le détective cherche le coupable. Le métaphysicien qui cherche la raison du tout est aussi justifié que lui.
Russell répond
La science elle-même suppose que la nature est ordonnée et intelligible : le physicien cherche des causes comme le détective cherche le coupable. Le métaphysicien qui cherche la raison du tout est aussi justifié que lui.
LLe père Copleston (résumé final du débat) 1948 · attaque la prémisse 6Dire que le monde est « simplement là, sans explication » n'est pas un résultat de la logique. C'est une philosophie, qui aurait elle-même besoin d'être prouvée. Russell reproche aux croyants de supposer ce qu'ils veulent prouver, mais il fait de même dans l'autre sens.
Russell répond
Dire que le monde est « simplement là, sans explication » n'est pas un résultat de la logique. C'est une philosophie, qui aurait elle-même besoin d'être prouvée. Russell reproche aux croyants de supposer ce qu'ils veulent prouver, mais il fait de même dans l'autre sens.