L'existant nécessaire : la preuve des véridiques
La preuve des véridiques (burhan al-siddiqin)
Il existe un existant nécessaire par soi, unique, cause de tout le reste : Dieu.
Tout ce qui est possible reçoit son existence d'une cause ; l'ensemble de ces êtres exige une cause hors de lui, nécessaire par elle-même.
« L'existant nécessaire : la preuve des véridiques » est un argument d'Avicenne (Le Livre du salut (Najat), « Preuve de l'existant nécessaire » ; Directives et remarques, namat 4 ; Métaphysique du Shifa', I, 6 et VIII, 3-4, 1027) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Il existe un existant nécessaire par soi, unique, cause de tout le reste : Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 6 prémisses. AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Avicenne ne part ni du mouvement, ni de l'ordre du monde, ni de son commencement : il part du seul fait qu'il existe quelque chose. Tout ce qui existe, pris en lui-même, ou bien existe nécessairement par soi, ou bien pourrait ne pas exister. Ce qui pourrait ne pas exister tient son existence d'autre chose : je peux savoir ce qu'est un triangle sans savoir s'il en existe un, donc son essence ne suffit pas à le faire exister. Son grand avantage sur l'argument du kalam (al-Ghazali, Craig) : il n'a pas besoin que le monde ait commencé. Même un monde éternel, ou une chaîne infinie de causes, aurait besoin d'un existant nécessaire. Thomas d'Aquin (troisième voie), qui avait lu Avicenne, puis Leibniz (raison suffisante) suivront un chemin voisin, chacun à sa façon. Avicenne l'appelle la preuve « des véridiques », parce qu'elle va de l'existence elle-même à Dieu, sans passer par les créatures.
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Objections
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Al-Ghazali 1095 · attaque la prémisse 4« Possible » veut seulement dire « qui a une cause ». Dans une chaîne infinie, chaque élément a une cause : l'élément précédent. Mais le tout n'a pas de cause en plus, extérieure à lui. Ce qui est vrai de chaque élément n'est pas forcément vrai du tout : chaque révolution du ciel a un commencement, mais, pour les philosophes eux-mêmes, la suite entière n'en a pas.
Avicenne répond
« Possible » veut seulement dire « qui a une cause ». Dans une chaîne infinie, chaque élément a une cause : l'élément précédent. Mais le tout n'a pas de cause en plus, extérieure à lui. Ce qui est vrai de chaque élément n'est pas forcément vrai du tout : chaque révolution du ciel a un commencement, mais, pour les philosophes eux-mêmes, la suite entière n'en a pas.
Averroès 1180 · attaque la prémisse 3Avicenne fait de l'existence une chose qui s'ajoute à l'essence, comme un accident. C'est une erreur : « existant » ne désigne pas une qualité de plus, commune à toutes choses, mais le fait que la chose est vraiment ce qu'elle est. Sans cette distinction, l'idée qu'une essence « reçoit » son existence d'une cause, et que seul Dieu a une essence identique à son existence, perd son appui.
un défenseur répond
Avicenne fait de l'existence une chose qui s'ajoute à l'essence, comme un accident. C'est une erreur : « existant » ne désigne pas une qualité de plus, commune à toutes choses, mais le fait que la chose est vraiment ce qu'elle est. Sans cette distinction, l'idée qu'une essence « reçoit » son existence d'une cause, et que seul Dieu a une essence identique à son existence, perd son appui.
Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 6Même si l'on accorde un être nécessaire, pourquoi ne serait-ce pas l'univers matériel lui-même ? Rien ne prouve que ce soit un Dieu distinct du monde.
Avicenne répond
Même si l'on accorde un être nécessaire, pourquoi ne serait-ce pas l'univers matériel lui-même ? Rien ne prouve que ce soit un Dieu distinct du monde.
Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 2« Nécessaire par soi » n'a pas de sens : tout ce que nous concevons comme existant, nous pouvons aussi le concevoir comme non existant. Aucun être n'est donc tel que sa non-existence soit contradictoire.
un défenseur répond
« Nécessaire par soi » n'a pas de sens : tout ce que nous concevons comme existant, nous pouvons aussi le concevoir comme non existant. Aucun être n'est donc tel que sa non-existence soit contradictoire.
Kant 1781 · attaque la prémisse 6Pour passer de « un être nécessaire existe » à « c'est l'être suprême, unique et parfait », il faut admettre qu'un concept suffit à fixer ce qu'est cet être. C'est l'idée même de la preuve ontologique : la preuve cosmologique n'est qu'une preuve ontologique déguisée.
sans réponse
Pour passer de « un être nécessaire existe » à « c'est l'être suprême, unique et parfait », il faut admettre qu'un concept suffit à fixer ce qu'est cet être. C'est l'idée même de la preuve ontologique : la preuve cosmologique n'est qu'une preuve ontologique déguisée.