Le monde a commencé, donc il a une cause
L'argument du kalam (version d'al-Ghazali)
Le monde a commencé, il a une cause, et cette cause est éternelle : c'est le Créateur du monde.
Un nombre infini de révolutions déjà écoulées est impossible, donc le monde a commencé, et ce qui commence a une cause.
« Le monde a commencé, donc il a une cause » est un argument d'Al-Ghazali (al-Iqtisad, I, 1-2 (vers 1095-1096) ; L'Incohérence des philosophes, discussion 1, 1095) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Le monde a commencé, il a une cause, et cette cause est éternelle : c'est le Créateur du monde. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les philosophes de son temps, à la suite d'Aristote et d'Avicenne, pensent que le monde est éternel : les cieux tournent depuis toujours, et Dieu en est la cause de toute éternité, comme le soleil est la cause de sa lumière. Al-Ghazali soutient au contraire que le monde a commencé, et que c'est justement ce qui prouve qu'il a une cause. Son idée clé : si le monde n'avait pas commencé, une infinité de révolutions du ciel serait déjà écoulée, et cela mène à des absurdités. Cette page présente sa version et le débat avec les philosophes de son temps ; la version moderne de cet argument est celle de Craig (voir « Autres versions »).
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde sans commencement, avec une infinité de révolutions passées qui ne forment pas un tout dénombrable : la question « pair ou impair ? » ne se pose pas, et la conclusion tombe. C'est exactement la réponse des philosophes (deuxième objection).
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Avicenne et les philosophes (d'après al-Ghazali) 1027 · attaque la conclusionUne cause éternelle et toujours la même ne peut pas produire un monde qui commence. Si rien ne change en elle, pourquoi le monde serait-il apparu à tel moment plutôt qu'avant ? Ou bien rien ne sort d'elle, ou bien ce qui en sort existe depuis toujours. Le monde est donc éternel, causé par Dieu de toute éternité, comme la lumière par le soleil.
Al-Ghazali répond
Une cause éternelle et toujours la même ne peut pas produire un monde qui commence. Si rien ne change en elle, pourquoi le monde serait-il apparu à tel moment plutôt qu'avant ? Ou bien rien ne sort d'elle, ou bien ce qui en sort existe depuis toujours. Le monde est donc éternel, causé par Dieu de toute éternité, comme la lumière par le soleil.
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Les philosophes (d'après al-Ghazali) 1095 · attaque la prémisse 5Votre erreur est de parler d'un « tout fait d'unités ». Les révolutions passées n'existent plus, et les futures pas encore. Un tout désigne des choses présentes ; ici, il n'y a rien. On ne peut donc pas demander si leur nombre est pair ou impair.
Al-Ghazali répond
Votre erreur est de parler d'un « tout fait d'unités ». Les révolutions passées n'existent plus, et les futures pas encore. Un tout désigne des choses présentes ; ici, il n'y a rien. On ne peut donc pas demander si leur nombre est pair ou impair.
Objection anticipée par al-Ghazali attaque la prémisse 4Vous-mêmes admettez un infini : selon vous, ce que Dieu peut faire est sans fin, et ce qu'il sait aussi ; et ce qu'il sait est plus vaste que ce qu'il peut faire. Voilà un infini plus grand qu'un autre infini, l'absurdité même que vous reprochez aux révolutions célestes.
Al-Ghazali répond
Vous-mêmes admettez un infini : selon vous, ce que Dieu peut faire est sans fin, et ce qu'il sait aussi ; et ce qu'il sait est plus vaste que ce qu'il peut faire. Voilà un infini plus grand qu'un autre infini, l'absurdité même que vous reprochez aux révolutions célestes.
Thomas d'Aquin 1268 · attaque la prémisse 4Que le monde ait commencé, nous le savons par la foi, mais la raison ne peut pas le démontrer. Les arguments contre un passé infini ne sont pas des démonstrations. C'est pourquoi Thomas, lui-même croyant au commencement du monde, prouve Dieu en supposant au contraire un monde éternel : si la preuve marche même dans ce cas, elle est plus solide.
un défenseur répond
Que le monde ait commencé, nous le savons par la foi, mais la raison ne peut pas le démontrer. Les arguments contre un passé infini ne sont pas des démonstrations. C'est pourquoi Thomas, lui-même croyant au commencement du monde, prouve Dieu en supposant au contraire un monde éternel : si la preuve marche même dans ce cas, elle est plus solide.
Averroès 1180 · attaque la conclusionLa querelle sur l'éternité du monde est presque une querelle de mots. Théologiens et philosophes s'accordent sur l'essentiel : le monde est produit par Dieu, et il ressemble à la fois à ce qui commence et à ce qui est éternel. Il ne faut donc déclarer personne mécréant sur ce point. Et, ajoute-t-il dans L'Incohérence de l'Incohérence, une volonté éternelle qui choisirait un instant sans aucune raison n'est pas compréhensible.
sans réponse
La querelle sur l'éternité du monde est presque une querelle de mots. Théologiens et philosophes s'accordent sur l'essentiel : le monde est produit par Dieu, et il ressemble à la fois à ce qui commence et à ce qui est éternel. Il ne faut donc déclarer personne mécréant sur ce point. Et, ajoute-t-il dans L'Incohérence de l'Incohérence, une volonté éternelle qui choisirait un instant sans aucune raison n'est pas compréhensible.