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Dieu existe-t-il ?ThéismeCosmologique

Tout ce qui commence a une cause : l'univers aussi

L'argument du kalam

William Lane Craig né en 1949Relance l'argument du kalam : l'univers a commencé, il a donc une cause.
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Ce qu'il soutient

L'univers a une cause (première étape) ; et cette cause, sans commencement et hors du temps, est un agent personnel qui a librement choisi de créer : un Créateur personnel (seconde étape).

Pourquoi

Tout ce qui commence a une cause ; l'univers a commencé ; sa cause, sans commencement, ne peut être qu'un agent qui choisit librement.

La même idée à travers l'histoire
Al-Ghazali1095Dans L'Incohérence des philosophes et dans al-Iqtisâd, il soutient contre les philosophes de son temps que le monde a commencé, et que tout ce qui commence a une cause. Il ajoute déjà que cette cause doit choisir : elle est une volonté.
Bonaventure1250Dans son commentaire des Sentences (livre II, distinction 1), il juge impossible un monde sans commencement : un passé infini ne pourrait être ni parcouru, ni augmenté. Thomas d'Aquin lui répond que la raison ne peut pas trancher.
William Lane Craig1979Il reprend l'argument sous un nom arabe (kalam : la théologie rationnelle de l'islam) et l'appuie sur les mathématiques de l'infini et sur la cosmologie du big bang.
En bref

« Tout ce qui commence a une cause : l'univers aussi » est un argument de William Lane Craig (The Kalām Cosmological Argument, 1979 ; « The Existence of God and the Beginning of the Universe », 1991, 1979) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : L'univers a une cause (première étape) ; et cette cause, sans commencement et hors du temps, est un agent personnel qui a librement choisi de créer : un Créateur personnel (seconde étape). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Kalām Cosmological Argument, 1979 ; « The Existence of God and the Beginning of the Universe », 1991
Valide avec une prémisse implicite

Les choses ne surgissent pas de rien : une maison, un arbre, un enfant ont une cause. Or, dit Craig, l'univers lui-même a commencé d'exister. Il doit donc avoir une cause. L'argument se fait en deux étapes. Première étape : l'univers a une cause (P1, P2). Pour P2, Craig donne deux raisons : un passé infini est impossible (on ne peut pas avoir réellement une infinité de choses), et la cosmologie moderne indique, selon lui, un commencement. Seconde étape, plus discutée : cette cause n'a pas commencé, elle est hors du temps, et ce doit être une personne qui choisit, sinon l'univers existerait depuis toujours. Cette idée vient des théologiens musulmans du Moyen Âge, surtout al-Ghazali. Différence avec Leibniz : ici, on n'exige pas une raison pour tout, seulement une cause pour ce qui commence.

P1Tout ce qui commence d'exister a une cause de son existence. Rien ne sort de rien.
P2L'univers a commencé d'exister. Raison philosophique : une quantité réellement infinie de choses (ici, d'événements passés) ne peut pas exister, sinon on tombe dans des absurdités comme l'hôtel de Hilbert. Raison scientifique : l'expansion de l'univers et la cosmologie du big bang indiquent un commencement.
P3La cause de l'univers n'a pas elle-même commencé : sinon il lui faudrait une cause, et ainsi de suite à l'infini. Elle a créé l'espace et le temps, donc elle est hors du temps, hors de l'espace, immatérielle.
P4Une cause sans commencement qui agirait mécaniquement, comme une condition suffisante (le froid qui gèle l'eau), produirait son effet depuis toujours : l'univers n'aurait alors pas commencé.
P5 · prémisse impliciteUne cause est soit une condition mécanique suffisante, soit un agent personnel qui choisit librement. Il n'y a pas de troisième possibilité.
Donc l'univers a une cause (première étape) ; et cette cause, sans commencement et hors du temps, est un agent personnel qui a librement choisi de créer : un Créateur personnel (seconde étape).

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où l'univers a commencé, où sa cause n'a pas commencé, mais où cette cause n'est ni une condition mécanique suffisante ni une personne : par exemple une cause non personnelle qui n'est qu'une condition nécessaire, ou qui agit au hasard. La conclusion « Créateur personnel » ne suit plus.
La première étape (P1, P2, donc l'univers a une cause) est valide sans rien ajouter : tout le débat porte sur la vérité de P1 et de P2. Craig propose même une version plus modeste de P1 : « si l'univers a commencé, il a une cause ». La seconde étape n'est valide qu'avec P5, que Craig ne défend pas à part : il suppose qu'une cause est soit mécanique, soit personnelle. Sans P5, rien n'oblige la cause à être une personne. C'est là que Morriston attaque.
Analogie. L'hôtel de Hilbert a une infinité de chambres, toutes occupées. Un client arrive : on déplace chaque client de la chambre n vers la chambre n+1, et la chambre 1 se libère. L'hôtel était plein, il accueille quelqu'un de plus, et il n'a pas plus de clients qu'avant. Pour Craig, ce genre d'absurdité montre qu'un infini réel ne peut pas exister, donc pas non plus une infinité de jours passés. Pour la personne : de l'eau gelée depuis toujours suppose un froid depuis toujours ; mais un homme assis depuis toujours peut décider de se lever. Seule une volonté peut produire un effet qui commence à partir d'une cause éternelle.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

J. L. Mackie 1982 · attaque la prémisse 2

Les absurdités de l'hôtel de Hilbert disparaissent quand on comprend la théorie des ensembles de Cantor : pour une collection infinie, « le tout est plus grand que la partie » ne vaut simplement plus, et il n'y a là aucune contradiction. Et un passé infini n'oblige pas à « traverser » l'infini depuis un point de départ : depuis n'importe quel jour passé, il n'y a qu'une distance finie jusqu'à aujourd'hui. Thomas d'Aquin répondait déjà ainsi à Bonaventure.

Craig répond
Craig 1984
Personne ne conteste que la théorie de Cantor soit cohérente en mathématiques. La question est de savoir si un tel infini peut exister dans le monde réel. Mackie n'enlève pas les absurdités, il nomme la règle qui les produit. Et dire que chaque morceau fini du passé a pu être parcouru ne prouve pas que la série entière, infinie, a pu l'être : c'est passer à tort de la partie au tout.
G
Graham Oppy 1991
Si la théorie de Cantor est cohérente, alors des mondes avec un infini réel sont possibles. Dire qu'il n'y en a pas dans notre monde n'est plus une preuve a priori, mais une question de physique, que nous ne savons pas trancher. Quant au refus d'un passé sans premier jour, c'est un préjugé contre l'infini, pas un argument.
Voir la suite du débat (1)
Craig 2008
Oppy a depuis consacré un livre entier à l'infini (2006). Or il y conclut que chaque position sur l'infini a de lourds coûts et que les mathématiciens ne sont pas d'accord. Rejeter l'infini réel reste donc une position raisonnable, et le défenseur du kalam n'est pas irrationnel.
Le débat continue (notre résumé) Le débat reste ouvert. Beaucoup de philosophes jugent que les paradoxes de l'hôtel sont étranges mais pas contradictoires, et la physique utilise l'infini partout (l'espace continu, par exemple). Mais même un adversaire comme Oppy admet qu'aucune position sur l'infini ne fait consensus. D'où l'importance de la seconde raison de Craig : la cosmologie.
Où en est le débat (notre résumé)Cantor rend l'infini achevé cohérent en mathématiques ; Craig répond que la question est son existence réelle, et Oppy qu'elle relève de la physique. Craig note qu'Oppy lui-même admet que chaque position sur l'infini a de lourds coûts. Le désaccord de fond : passer de l'infini mathématique à l'infini réel. Pas de consensus.
S
Sean Carroll 2014 · attaque la prémisse 2

Le physicien Sean Carroll, dans son débat avec Craig (La Nouvelle-Orléans, 2014) : que l'univers ait commencé est peut-être vrai, mais nous n'en savons rien. Le big bang marque l'endroit où nos théories cessent de marcher, pas forcément un commencement absolu. Des cosmologistes construisent des modèles sans commencement (par exemple un univers qui « rebondit », Aguirre et Gratton, 2003).

Craig répond
Craig 2014
Le théorème de Borde, Guth et Vilenkin (2003) montre que tout univers qui, en moyenne, est en expansion ne peut pas être infini dans le passé : il doit avoir un commencement. Cela vaut aussi pour les multivers.
S
Sean Carroll 2014
Le théorème suppose un espace-temps « classique », sans la physique quantique. Il dit seulement où notre description classique cesse de valoir, pas ce qui s'est vraiment passé. Alan Guth lui-même, un des trois auteurs, pense que l'univers est probablement éternel.
Voir la suite du débat (1)
Craig 2014
Admettons qu'avant l'espace-temps classique il y ait eu une ère de gravité quantique. Si cette ère n'avait pas eu de commencement, elle aurait produit notre univers classique depuis toujours, ou jamais. Donc, si elle a existé, c'est elle le commencement de l'univers.
Le débat continue (notre résumé) Les physiciens restent divisés : Vilenkin pense que l'univers a probablement commencé, Guth qu'il est probablement éternel. Les auteurs du théorème écrivent eux-mêmes que les modèles d'inflation ont besoin d'une autre physique pour décrire leur bord passé. La science n'a pas tranché, et Craig présente P2 comme plus probable que son contraire, pas comme démontré.
Où en est le débat (notre résumé)Le théorème de Borde, Guth et Vilenkin montre qu'un univers en expansion moyenne a un passé fini dans la description classique ; Carroll répond qu'il ne vaut pas en gravité quantique, Craig que l'ère quantique serait alors le commencement. Les physiciens restent divisés : point ouvert.
J. L. Mackie 1982 · attaque la prémisse 1

Comme l'a montré Hume, on peut très bien concevoir qu'une chose commence d'exister sans cause. Si c'est pourtant impossible, il faut le prouver, et le défenseur du kalam ne le prouve pas. De plus, le croyant admet un Dieu sans cause : pourquoi refuser la même chose à l'univers ?

Craig répond
Craig 1984
Pouvoir imaginer une chose ne prouve pas qu'elle soit réellement possible. Le principe est si évident qu'on n'a pas à le démontrer par quelque chose de moins évident : quelqu'un croit-il sincèrement qu'un tigre pourrait surgir sans cause, de rien, dans la pièce où il lit ? Et Dieu n'a pas commencé : P1 ne parle que de ce qui commence.
G
Graham Oppy 1991
Craig affirme que Dieu existe sans cause, sans changement et hors du temps. Mais rien de principe n'empêche alors de dire la même chose de l'univers. Et un appel à l'intuition ne règle rien quand les deux camps n'ont pas la même intuition.
Le débat continue (notre résumé) Le défenseur répond que l'univers, lui, a commencé (P2), alors que Dieu n'a pas commencé : l'asymétrie tient si P2 est vraie. Tout repose donc encore sur P2.
Où en est le débat (notre résumé)Le débat porte sur le statut de P1 : évidence qu'il n'y a pas à démontrer (Craig) ou intuition que l'on peut contester (Mackie, Oppy). L'asymétrie avec Dieu tient si l'univers a commencé (P2). Désaccord de fond sur le rôle des intuitions.
S
Sean Carroll 2014 · attaque la prémisse 1

« Cause » est un mot de la vie quotidienne, utile à l'intérieur de l'univers, où il y a des lois et une flèche du temps. Il ne s'applique pas à l'univers entier. Un modèle physique complet, comme celui de Hartle et Hawking (1983, l'univers « sans bord »), se suffit à lui-même : il n'a besoin d'aucune cause extérieure, même si l'univers a un premier instant.

Craig répond
Craig 2014
Si l'univers pouvait surgir de rien sans cause, pourquoi seulement les univers ? Pourquoi pas des bicyclettes, Beethoven ou de la limonade ? Le néant ne choisit pas. Et un modèle physique « complet » décrit l'univers, il ne dit pas pourquoi il existe.
S
Sean Carroll 2014
« Surgir de rien » est une mauvaise image : elle fait croire qu'il y avait un « avant ». Il vaut mieux dire que l'univers a un premier instant, sans rien avant.
Voir la suite du débat (1)
Craig 2014
Changer de mots ne change pas la chose. Le travail de la philosophie est justement de déplier ces formules et de montrer ce qu'elles impliquent : un premier instant sans cause, c'est toujours quelque chose qui vient de rien.
Le débat continue (notre résumé) Le désaccord est profond : pour Carroll, la physique fixe ce qui existe et elle n'a pas besoin de causes hors de l'univers ; pour Craig, la métaphysique peut poser des questions que la physique ne pose pas. Morriston (2002) défend une idée proche de celle de Carroll : nos causes ordinaires n'existent qu'à l'intérieur d'un ordre naturel déjà là.
Où en est le débat (notre résumé)Pour Carroll, la physique fixe ce qui existe et un modèle complet n'a besoin d'aucune cause extérieure ; pour Craig, un premier instant sans cause reste quelque chose qui vient de rien. Désaccord de fond sur ce que la physique peut dire de l'existence de l'univers, sans consensus.
W
Wes Morriston 2000 · attaque la prémisse 4

Si Dieu est hors du temps, sa volonté de créer est éternelle, et cette volonté suffit à produire le monde. Selon P4, le monde devrait alors exister depuis toujours. Et si une volonté éternelle peut produire un monde qui commence, pourquoi pas une cause non personnelle ? Hors du temps, la différence entre une cause personnelle et une cause mécanique disparaît. De plus, Craig admet ailleurs des causes qui ne sont que des conditions nécessaires : P5 (mécanique ou personnel, rien d'autre) est donc douteuse.

Craig répond
Craig 2002
Morriston confond deux choses : l'intention éternelle de Dieu de créer un monde qui commence, et l'acte par lequel il le crée. L'intention est éternelle, mais l'acte de créer est libre et coïncide avec le premier instant. Ce n'est pas un état qui en produit mécaniquement un autre.
Le débat continue (notre résumé) La réponse de Craig suppose une théorie du temps où le présent passe réellement, et une liberté qui ne se réduit pas à des causes. Ses adversaires ne l'acceptent pas. Même des philosophes prêts à accorder que l'univers a une cause jugent souvent cette seconde étape plus fragile que la première.
Où en est le débat (notre résumé)Morriston juge qu'un Dieu hors du temps ne peut pas créer un monde qui commence sans que sa volonté éternelle suffise à produire le monde depuis toujours ; Craig distingue l'intention éternelle et l'acte libre qui coïncide avec le premier instant. La réponse suppose une théorie du temps et de la liberté que ses adversaires n'acceptent pas : point ouvert.
Ce qu'en disent les voix d'aujourd'hui
Le défendent
Wesley HuffIl soutient qu'il est plus difficile de croire que tout est venu de rien que de croire aux miracles de la Bible : pas de big bang sans un « big banger ».
Cliffe KnechtleIl soutient que tout ce qui commence a une cause ; l'univers a commencé, donc il a une cause non causée.
William Lane CraigSon argument phare : l'univers a commencé, donc il a une cause. En 2009, il disait que l'idée d'un passé infini « semble absurde ». En 2014, il a appuyé le commencement sur le théorème de Borde-Guth-Vilenkin et la thermodynamique ; Carroll a répondu que la physique quantique laisse la question ouverte. Plus tard, il dit que la cause doit être un esprit personnel, sans corps et libre, que l'argument ne prouve pas qu'elle soit moralement bonne, et qu'un passé réellement infini est métaphysiquement impossible sans être strictement contradictoire.
Frank TurekDans son débat de 2008 avec Hitchens, il a soutenu que l'univers a eu un commencement, « donc un commencement donné par quelqu'un ». Il soutient aussi que le temps ne peut pas être infini, sinon aujourd'hui ne serait jamais arrivé.
Francis CollinsDans l'entretien de Salon, il cite le commencement de l'univers (le Big Bang) parmi ce qui mène à un créateur. Il ajoute que la cause doit être hors de l'espace et du temps.
Mohammed HijabDans le débat de l'Oxford Union, son raisonnement demande si quelque chose peut venir de rien, à la manière du kalam, mais il préfère l'argument de contingence.
Trent HornIl présente l'argument kalam comme « tout ce qui commence à exister a une cause » et en a parlé sur son podcast ; un compte rendu dit que son livre en donne un bref exposé. Il précise que la prémisse est « tout ce qui commence à exister a une cause », et non « tout a une cause », et s'appuie sur le théorème de Borde-Guth-Vilenkin. En 2022, il a dit que la physique n'est qu'un indice d'un commencement et que l'argument philosophique est l'essentiel.
Le critiquent
Alex O'ConnorIl l'a discuté avec Craig en 2020, et en 2026 il a mis en doute que l'univers ait eu un commencement.
Lawrence KraussIl rejette l'idée de Craig que les infinis réels sont impossibles et dit que la physique permet à quelque chose de venir de rien.
Peter SingerLa science ne montre pas que l'univers a commencé : il est tout à fait possible qu'il ait toujours existé, comme une infinité d'oscillations.
Sean Carroll« Cause transcendante » n'est pas le bon vocabulaire pour la physique ; un modèle autonome comme celui de Hartle-Hawking peut coller aux données, et un état d'entropie minimale au milieu n'est pas un commencement.
Matt DillahuntyDans une vidéo de 2022, il accorde les prémisses mais dit que l'argument ne mentionne jamais Dieu et ne montre pas que la cause est un esprit. Il le juge « mort » comme preuve de Dieu.