QuestionsPourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Le rien serait plus simple : il faut une raison
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?Il y a une raison

Le rien serait plus simple : il faut une raison

La grande question de Leibniz

Gottfried Wilhelm Leibniz 1646 · 1716Nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.
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Ce qu'il soutient

Il y a quelque chose plutôt que rien parce qu'il existe un être nécessaire, raison dernière des choses, que Leibniz appelle Dieu.

Pourquoi

Le rien serait plus simple, et la suite des choses contingentes n'explique jamais sa propre existence : la raison est hors d'elle.

La même idée à travers l'histoire
Gottfried Wilhelm Leibniz1697De l'origine radicale des choses : la raison suffisante de l'existence ne se trouve ni dans une chose particulière ni dans l'ensemble des choses.
Gottfried Wilhelm Leibniz1714Principes de la nature et de la grâce : la question est posée en toutes lettres, puis la réponse (Dieu) est donnée.
Gottfried Wilhelm Leibniz1714Cette même idée, appliquée à la contingence du monde, est étudiée en détail dans l'argument de la contingence (question Dieu).
En bref

« Le rien serait plus simple : il faut une raison » est un argument de Gottfried Wilhelm Leibniz (Principes de la nature et de la grâce, 1714, § 7-8 ; De l'origine radicale des choses, 1697, 1697) sur la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (réponse : il y a une raison). Sa thèse : Il y a quelque chose plutôt que rien parce qu'il existe un être nécessaire, raison dernière des choses, que Leibniz appelle Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Principes de la nature et de la grâce, 1714, § 7-8 ; De l'origine radicale des choses, 1697
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pour Leibniz, c'est la première question qu'on a le droit de poser, parce que le rien serait plus simple et plus facile que quelque chose : l'existence n'a donc rien d'évident. Si rien n'arrive sans raison, la raison de l'existence du monde ne peut pas être dans le monde lui-même, même en remontant sans fin. Elle doit être dans un être nécessaire, qui porte la raison de son existence en lui-même.

P1Principe de raison suffisante : rien ne se fait sans raison suffisante, c'est-à-dire qu'on pourrait toujours dire pourquoi il en est ainsi et non autrement.
P2Le rien serait plus simple et plus facile que quelque chose : l'existence du monde n'est donc pas évidente et demande une raison.
P3La raison de l'existence de l'univers ne se trouve pas dans la suite des choses contingentes : remonter d'un état au précédent, aussi loin qu'on veut, ne nous avance pas, car la même question reste posée.
P4 · prémisse impliciteLa raison cherchée doit être complète : il faut une raison où l'on puisse s'arrêter, qui n'ait plus besoin d'une autre raison.
P5Cette raison est donc hors de la suite des choses contingentes, dans une substance nécessaire qui porte la raison de son existence en elle-même.
Il y a quelque chose plutôt que rien parce qu'il existe un être nécessaire, raison dernière des choses, que Leibniz appelle Dieu.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le principe de raison vaut, où la suite des choses n'a pas sa raison en elle-même, mais où l'on se contente d'une explication partielle : aucun être nécessaire n'est alors requis.
Valide avec P4, que Leibniz laisse presque dans l'ombre : il écrit qu'autrement « on n'aurait pas encore une raison suffisante où l'on pût finir ». Sans elle, on pourrait s'arrêter à une suite de choses sans raison complète et la conclusion ne suivrait pas. Les débats portent sur P1 (le principe est-il vrai sans exception ?), sur P3 (le tout a-t-il besoin d'une raison en plus de ses parties ?) et sur la notion même d'être nécessaire (P5).
Analogie. Un livre de géométrie recopié depuis toujours à partir d'un autre livre. Chaque exemplaire s'explique par le précédent, mais jamais on ne sait pourquoi il y a des livres plutôt que rien. C'est l'exemple de Leibniz lui-même (De l'origine radicale des choses).

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hume (Cléanthe, dans les Dialogues) 1779 · attaque la prémisse 5

L'idée d'un être dont la non-existence serait contradictoire n'a pas de sens : tout ce que nous concevons existant, nous pouvons le concevoir non existant. Et si une chose pouvait être nécessaire, pourquoi pas l'univers matériel lui-même ? Dans une suite sans fin, chaque partie est causée par la précédente : où est la difficulté ?

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1779, après sa mort (1716).
Le débat continue (notre résumé) Leibniz meurt en 1716, Hume écrit les Dialogues vers 1750-1776. Un défenseur du principe de raison répond que l'explication de chaque partie par une autre ne dit pas pourquoi il y a des parties plutôt que rien : voir l'argument de Hume pour la suite du débat.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : y a-t-il un sens à dire qu'un être existe nécessairement ? Et faut-il expliquer le tout en plus de chaque partie ? Aucun camp n'a convaincu l'autre.
Bertrand Russell 1948 · attaque la prémisse 1

Russell refuse d'admettre que l'univers dans son ensemble doive avoir une cause. Pour lui, l'univers est simplement là, et c'est tout : on tire la notion de cause de l'observation de choses particulières, rien ne prouve qu'elle vaille pour le total.

sans réponse
voir l'argument
Leibniz a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Russell et le père Copleston, qui défend l'argument de Leibniz, se séparent sur ce point sans l'avoir tranché (voir l'argument de Russell). Il s'agit d'un désaccord sur la portée du principe de raison, que Russell juge non fondé.
Peter van Inwagen 1996 · attaque la prémisse 2

Résumé : van Inwagen soutient que la probabilité du rien est nulle. Il n'y aurait qu'une seule façon pour le monde d'être vide, contre une infinité de façons d'être rempli, et rien ne favorise l'une plutôt que l'autre. Si c'est vrai, le rien n'était pas « plus simple » ni plus probable, et l'existence de quelque chose n'a rien de surprenant à expliquer.

sans réponse
Leibniz a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Cette réponse suppose qu'on puisse parler de probabilités pour des mondes possibles, ce qui est lui-même discuté. Point ouvert : pas de réponse largement acceptée.