QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?L'esprit n'a jamais que ses perceptions : le monde extérieur ne se prouve pas
Le monde existe-t-il vraiment ?Impossible de savoir

L'esprit n'a jamais que ses perceptions : le monde extérieur ne se prouve pas

Le scepticisme de Hume sur le monde extérieur ; le voile des perceptions

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

Aucun raisonnement ne prouve l'existence d'objets extérieurs, et notre croyance en eux vient de l'instinct, non de la raison.

Pourquoi

On ne peut comparer une perception à un objet qu'on ne perçoit jamais : aucune expérience ne relie donc nos perceptions au monde.

En bref

« L'esprit n'a jamais que ses perceptions : le monde extérieur ne se prouve pas » est un argument de Hume (Enquête sur l'entendement humain, XII, partie 1 (1748)) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : impossible de savoir). Sa thèse : Aucun raisonnement ne prouve l'existence d'objets extérieurs, et notre croyance en eux vient de l'instinct, non de la raison. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Enquête sur l'entendement humain, XII, partie 1 (1748)
Valide avec une prémisse implicite

Tout le monde croit que la table qu'on voit existe même quand personne ne la regarde. Hume remarque que cette croyance vient d'un instinct, avant tout raisonnement. Mais la moindre réflexion la met en difficulté : la table paraît rapetisser quand on s'éloigne, alors que la vraie table ne change pas ; ce que l'esprit a devant lui n'est donc qu'une image. Or, si nous n'avons jamais devant l'esprit que des perceptions, comment savoir qu'elles viennent d'objets extérieurs qui leur ressemblent ? Hume répond qu'aucune expérience ni aucun raisonnement ne le prouve. Il ne dit pas qu'il faut cesser de croire au monde, il dit que cette croyance repose sur la nature, pas sur la raison.

P1Rien n'est jamais présent à l'esprit que ses perceptions. Il ne peut donc jamais comparer une perception avec un objet extérieur, ni avoir d'expérience de leur lien.
P2Savoir si nos perceptions sont produites par des objets extérieurs semblables est une question de fait, qu'on ne peut trancher que par l'expérience : il faudrait pouvoir comparer.
P3Aucun raisonnement a priori ne prouve non plus que les perceptions doivent venir d'objets extérieurs : elles pourraient venir de l'esprit lui-même, d'un esprit invisible, ou d'une cause plus inconnue encore.
P4 · prémisse impliciteSeuls l'expérience ou le raisonnement pourraient établir l'existence d'objets extérieurs causes de nos perceptions.
P5Pourtant les hommes croient au monde extérieur par un instinct naturel, presque avant l'usage de la raison.
Donc aucun raisonnement ne prouve l'existence d'objets extérieurs, et notre croyance en eux vient de l'instinct, non de la raison.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où ni l'expérience ni le raisonnement a priori ne prouvent le monde extérieur, et où il est pourtant prouvé autrement, par exemple par une preuve d'une troisième sorte.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. Si l'on ne peut pas comparer perceptions et objets (P1), l'expérience ne peut rien établir (P2) ; le raisonnement seul ne le peut pas non plus (P3) ; et comme seuls l'un ou l'autre pourraient le faire (P4), l'existence du monde extérieur n'est pas prouvée. Avec P5, l'instinct est la seule source de la croyance. Les objections visent P1 (la théorie des perceptions) et P3 (la simplicité de l'hypothèse du monde).
Analogie. Un prisonnier n'a vu le monde que sur des photographies. Il ne peut pas vérifier qu'elles ressemblent à ce qu'elles montrent : pour comparer une photo à la chose, il faudrait sortir. Hume dit que notre esprit est ce prisonnier, sans porte.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas Reid 1764 · attaque la prémisse 1

Reid trouve le raisonnement de Hume juste, étant donné ses principes. Mais il refuse la conclusion : il faut donc mettre en question ces principes, hérités de Locke et de Descartes, en particulier l'idée que nous ne percevons que nos idées. Pour lui, nous percevons directement les choses.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Hume dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume n'a pas répondu à Reid sur le fond ; en 1775, un avertissement ajouté à ses Essais demande seulement qu'on juge sa philosophie sur l'Enquête, non sur le Traité de jeunesse que ses critiques attaquaient. Un défenseur de Hume dirait que refuser une prémisse n'est pas la réfuter, et renverrait à l'exemple de la table qui rapetisse (EHU XII, 9), qui montre que ce qu'on voit varie alors que l'objet ne change pas.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le débat entre le réalisme direct et la théorie des perceptions intermédiaires est toujours ouvert en philosophie de la perception.
Bertrand Russell 1912 · attaque la prémisse 3

Russell accorde à Hume qu'on ne peut pas prouver le monde extérieur. Mais l'hypothèse que la vie n'est qu'un rêve, sans contradiction logique, est moins simple pour expliquer les faits que l'hypothèse du sens commun : des objets indépendants de nous dont l'action cause nos sensations.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1912, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume n'a pas pu répondre à Russell, venu environ cent soixante ans plus tard. Un défenseur de Hume dirait que juger une hypothèse « plus simple » suppose déjà des liens entre perceptions que l'expérience seule ne garantit pas.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : beaucoup de philosophes acceptent l'idée de « meilleure explication » ; d'autres demandent pourquoi la simplicité serait un signe de vérité.
G. E. Moore 1939 · attaque la conclusion

Moore soutient qu'il sait qu'ici il y a une main, et qu'il serait absurde de dire qu'il ne fait que le croire. Cette certitude est plus forte que toute prémisse sceptique : si l'argument de Hume prouvait qu'il ne sait pas, c'est l'argument qu'il faudrait rejeter.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1939, après sa mort (1776).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume n'a pas pu répondre à Moore. Sa position est pourtant proche : il admet que nous ne pouvons pas cesser de croire au monde, car « la nature ne l'a pas laissé à notre choix » ; il refuse seulement d'appeler cette croyance une connaissance prouvée par la raison.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Moore et Hume s'accordent sur le fait de croire et divergent sur ce que la raison peut justifier. Point ouvert.