Si tout est nécessaire, nos regrets sont absurdes : le déterminisme n'a que de mauvaises sorties
Le dilemme du déterminisme
Il est plus raisonnable de croire que de vrais possibles existent : que, face à un choix, plusieurs avenirs sont réellement ouverts. C'est l'indéterminisme, que James appelle « chance ».
Regretter un crime suppose qu'autre chose aurait pu arriver ; si tout est fixé, il faut renoncer au regret ou juger le monde vicié.
« Si tout est nécessaire, nos regrets sont absurdes : le déterminisme n'a que de mauvaises sorties » est un argument de William James (« The Dilemma of Determinism », 1884, 1884) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : Il est plus raisonnable de croire que de vrais possibles existent : que, face à un choix, plusieurs avenirs sont réellement ouverts. C'est l'indéterminisme, que James appelle « chance ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1884, William James refuse de démontrer le libre arbitre : il pense qu'aucune preuve tirée des faits ne peut trancher, car les faits disent ce qui est arrivé, pas ce qui aurait pu arriver. Il pose une autre question : que devient notre vie morale si tout est nécessaire ? Il prend un exemple, un meurtre dont la presse parle alors. Presque tout le monde juge : « Cela n'aurait pas dû arriver. » Mais, si tout était fixé d'avance, rien d'autre ne pouvait arriver à la place. James montre que le déterminisme n'a alors que deux sorties : regretter le monde entier (le pessimisme) ou déclarer que nos regrets sont des erreurs utiles (le subjectivisme). Il refuse l'une et l'autre, et il en conclut qu'il vaut mieux croire à de vrais possibles. Il ne le présente pas comme une preuve, mais comme un choix raisonné.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le déterminisme n'a que de mauvaises sorties, mais où il reste vrai : par exemple si le monde est tel qu'il est, qu'on le trouve ou non à son goût. Un monde désagréable n'est pas un monde faux.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Hume 1748 · attaque la prémisse 2La dispute est en grande partie verbale. Par « liberté », on veut seulement dire le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon sa volonté : si je choisis de rester, je le peux ; si je choisis de bouger, je le peux aussi. Cette liberté, dit Hume, appartient à quiconque n'est pas enchaîné. On peut donc regretter, blâmer et dire « tu aurais pu » sans nier que tout soit causé.
James répond
La dispute est en grande partie verbale. Par « liberté », on veut seulement dire le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon sa volonté : si je choisis de rester, je le peux ; si je choisis de bouger, je le peux aussi. Cette liberté, dit Hume, appartient à quiconque n'est pas enchaîné. On peut donc regretter, blâmer et dire « tu aurais pu » sans nier que tout soit causé.
David Hume 1739 · attaque la conclusionQuand on retire la nécessité, on retire aussi les causes : la liberté « n'est rien d'autre que le hasard ». Or, dit Hume, une action qui ne vient pas du caractère de la personne ne peut ni l'honorer ni la déshonorer. Si nos choix étaient du hasard, nous ne serions pas plus responsables d'un meurtre voulu que d'un accident : l'indéterminisme détruit justement la responsabilité qu'il voulait sauver.
James répond
Quand on retire la nécessité, on retire aussi les causes : la liberté « n'est rien d'autre que le hasard ». Or, dit Hume, une action qui ne vient pas du caractère de la personne ne peut ni l'honorer ni la déshonorer. Si nos choix étaient du hasard, nous ne serions pas plus responsables d'un meurtre voulu que d'un accident : l'indéterminisme détruit justement la responsabilité qu'il voulait sauver.
Baruch Spinoza 1677 · attaque la prémisse 3Pour Spinoza, le repentir n'est pas une vertu et ne naît pas de la raison : qui se repent de son acte est deux fois misérable, d'abord vaincu par un mauvais désir, puis par la tristesse. Un sage déterministe n'a donc pas besoin du regret : il comprend les causes et agit mieux. C'est la sortie que James décrit lui-même comme « abandonner le jugement de regret ».
James répond
Pour Spinoza, le repentir n'est pas une vertu et ne naît pas de la raison : qui se repent de son acte est deux fois misérable, d'abord vaincu par un mauvais désir, puis par la tristesse. Un sage déterministe n'a donc pas besoin du regret : il comprend les causes et agit mieux. C'est la sortie que James décrit lui-même comme « abandonner le jugement de regret ».