QuestionsQui suis-je vraiment ?Je suis une pensée qui reprend les précédentes : les pensées elles-mêmes sont le penseur
Qui suis-je vraiment ?Ma conscience, ma mémoire

Je suis une pensée qui reprend les précédentes : les pensées elles-mêmes sont le penseur

La pensée est le penseur

William James 1842 · 1910Les expériences religieuses sont des faits psychologiques à étudier sérieusement, et la croyance peut être un pari légitime.
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Ce qu'il soutient

La pensée qui passe est elle-même le penseur : le moi est cette suite de pensées reliées par la ressemblance, la continuité et l'héritage, et la psychologie n'a pas à chercher plus loin.

Pourquoi

Chaque pensée reconnaît comme siennes celles du passé qui lui sont proches et continues, et en hérite : aucun moi caché n'est nécessaire.

En bref

« Je suis une pensée qui reprend les précédentes : les pensées elles-mêmes sont le penseur » est un argument de William James (The Principles of Psychology, ch. X, 1890, 1890) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : La pensée qui passe est elle-même le penseur : le moi est cette suite de pensées reliées par la ressemblance, la continuité et l'héritage, et la psychologie n'a pas à chercher plus loin. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Principles of Psychology, ch. X, 1890
Valide avec une prémisse implicite

Qu'est-ce qui fait que je suis la même personne qu'hier ? Certains répondent : une âme, ou un moi pur, qui ne change pas. Hume répond qu'il n'y a que des perceptions, sans lien réel. James refuse les deux. Il observe d'abord que chacune de nos pensées se distingue de celles qu'elle ne reconnaît pas pour siennes : les unes ont de la « chaleur et de l'intimité », comme des parents qui nous saluent du passé, les autres paraissent froides et étrangères. Le sentiment d'être le même est donc un jugement comme les autres jugements de ressemblance : il repose sur la ressemblance et sur la continuité. James ajoute que chaque pensée présente prend les précédentes comme siennes, comme un héritier reprend un titre. Il n'y a pas besoin d'un penseur caché : la pensée qui passe est elle-même le penseur. Il le dit avec prudence : c'est l'explication que la psychologie peut donner, la question métaphysique reste ouverte.

P1Nos pensées ne flottent pas librement : chacune appartient à un penseur. Une pensée reconnaît parmi les autres celles qui sont les siennes : elles ont une « chaleur et une intimité » que n'ont pas celles qu'elle ne fait que concevoir, de façon froide et étrangère.
P2Le sentiment de notre identité personnelle est exactement comme nos autres perceptions de ressemblance entre des phénomènes. C'est une conclusion fondée sur la ressemblance dans un point fondamental ou sur la continuité entre les phénomènes comparés. Il n'est donc pas plus que ces motifs ne le permettent : ce n'est pas une Unité métaphysique absolue.
P3Chaque pensée présente connaît la précédente, la trouve « chaude » et la salue comme sienne. Chaque pensée naît ainsi propriétaire et meurt possédée, en transmettant à la suivante tout ce qu'elle tenait pour son moi : elle hérite du titre.
P4Cette description contient tout ce qu'on peut vérifier dans l'identité personnelle : on ne peut imaginer aucun fait observable qu'un Ego transcendant, s'il existait, ajouterait à cette suite de pensées dont chacune connaît et reprend les précédentes.
P5 · prémisse impliciteQuand une description par les pensées qui passent explique tout ce qu'on peut vérifier, on n'a pas à ajouter un penseur d'une autre nature (âme, Ego pur) : la pensée qui passe est elle-même le penseur.
Donc la pensée qui passe est elle-même le penseur : le moi est cette suite de pensées reliées par la ressemblance, la continuité et l'héritage, et la psychologie n'a pas à chercher plus loin.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la description par les pensées explique tout ce qu'on peut observer, mais où il existe malgré tout un penseur d'une autre nature : par exemple une âme qui, par définition, n'ajouterait rien d'observable.
Avec P5, l'argument est valide : la marque de « chaleur » existe (P1), elle fonde un jugement de ressemblance et de continuité (P2), chaque pensée hérite de la précédente (P3), ce qui explique tout le vérifiable (P4), et P5 en tire qu'aucun autre penseur n'est nécessaire. Sans P5, il ne l'est pas : que la description par les pensées explique tout ce qu'on observe ne montre pas qu'il n'y a rien d'autre. C'est le pas que contestent les défenseurs de l'âme ou du moi pur, et James le sait : il le présente comme valable pour la psychologie, non comme une preuve contre la métaphysique.
Analogie. Une course de relais. Le premier coureur passe le témoin au deuxième, qui le passe au troisième. Personne n'est le même coureur d'un bout à l'autre ; pourtant l'équipe arrive avec le même témoin et chacun sait ce que les précédents ont fait. Pour James, le moi est ce témoin transmis de pensée en pensée, sans « super-coureur » caché qui courrait toute la distance. Ses adversaires répondent qu'un témoin n'est transmis que si quelqu'un, d'un bout à l'autre, reconnaît que c'est le même.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Joseph Butler 1736 · attaque la prémisse 2

Butler objecte à Locke, et à ceux qui le suivent, que cette explication est circulaire : la conscience d'être la même personne suppose l'identité personnelle, donc elle ne peut pas la constituer, pas plus que la connaissance ne peut constituer la vérité qu'elle suppose. Une personne n'a pas existé seulement quand elle s'en souvient. Butler vise aussi l'idée d'une personnalité « passagère », qui vit et meurt, commence et finit continuellement.

James répond
William James 1890 · Réponse de James (le propriétaire est la pensée présente)
James voit le cercle : les bêtes d'un troupeau ne sont pas à lui parce qu'elles portent sa marque, elles portent sa marque parce qu'elles sont à lui. Mais il répond que son récit a un propriétaire réel : la pensée présente, qui voit, se souvient et juge, et qui s'approprie une partie des faits passés qu'elle regarde. La pensée ne s'approprie jamais elle-même. L'unité ainsi faite est ancrée dans le présent, et ne flotte pas dans un possible.
Le débat continue (notre résumé) Un défenseur de Butler demanderait qui constate l'héritage : hériter d'un titre suppose un testateur et un héritier qui existent l'un et l'autre, et un événement de transmission. Si chaque pensée « meurt » à chaque instant, rien ne garantit que la suivante hérite vraiment au lieu de seulement ressembler à la précédente. Butler y voyait la faiblesse d'une personnalité qui « vit et meurt, commence et finit continuellement ».
Emmanuel Kant 1787 · attaque la prémisse 4

Pour Kant, le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations, sinon quelque chose serait représenté en moi sans pouvoir être pensé. La diversité de mes représentations se rapporte ainsi nécessairement à ce « je pense », dans le sujet où elle se trouve. Un simple défilé de pensées ne rend pas compte de cette unité : il faut un sujet qui les rassemble.

James répond
William James 1890 · Réponse de James (le transcendantalisme n'apprend rien à la psychologie)
James répond que les transcendantalistes croient eux aussi au « faisceau » de Hume : ils se contentent de le nouer avec une ficelle transcendantale spéciale, inventée pour cet usage. Il leur reproche aux transcendantalistes d'oublier la tâche la plus importante du moi : choisir parmi les choses qu'il relie, s'en approprier certaines et laisser les autres. Notre pensée, un événement dans le temps, est, si elle existe, le seul penseur dont les faits aient besoin.
Le débat continue (notre résumé) James admet lui-même que la question métaphysique reste ouverte : si l'on niait que nous connaissons directement la pensée, son existence deviendrait « un postulat », et la question de savoir qui connaît deviendrait métaphysique ; l'âme, le moi transcendantal et sa propre solution seraient alors des hypothèses de même rang (fin du chapitre). Le débat porte donc sur ce qui compte comme preuve directe d'une pensée.
David Hume 1739 · attaque la prémisse 2

Hume pense que l'identité que nous attribuons à l'esprit est seulement fictive, de la même espèce que celle que nous attribuons aux plantes et aux animaux. Elle vient de ce que l'imagination glisse facilement d'une perception à une autre qui lui ressemble ; elle n'est pas une unité réelle. La ressemblance et la continuité dont parle James ne sont donc que le produit de ce glissement.

James répond
William James 1890 · Réponse de James (jeter l'enfant avec l'eau du bain)
James loue l'observation de Hume, puis lui reproche d'aller à l'extrême inverse des substantialistes : eux disent que le moi est pure unité, Hume dit qu'il est pure diversité. Pour James, l'unité des parties du flux est une connexion aussi « réelle » que leur diversité est une séparation réelle : ressemblance et continuité sont des faits vérifiables, pas des illusions. Hume réclame un lien plus « réel » encore, et cherche, dit James, « le monde derrière le miroir ».
Le débat continue (notre résumé) Hume (mort en 1776) n'a pas pu répondre. Un humien dirait que « ressemblance » et « continuité » sont des relations que l'esprit remarque, pas un lien qui ferait un moi. Parfit, plus tard, prendra une voie proche des deux : il n'y a pas de fait plus profond que la continuité psychologique, et c'est elle qui compte.