Je suis une pensée qui reprend les précédentes : les pensées elles-mêmes sont le penseur
La pensée est le penseur
La pensée qui passe est elle-même le penseur : le moi est cette suite de pensées reliées par la ressemblance, la continuité et l'héritage, et la psychologie n'a pas à chercher plus loin.
Chaque pensée reconnaît comme siennes celles du passé qui lui sont proches et continues, et en hérite : aucun moi caché n'est nécessaire.
« Je suis une pensée qui reprend les précédentes : les pensées elles-mêmes sont le penseur » est un argument de William James (The Principles of Psychology, ch. X, 1890, 1890) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : La pensée qui passe est elle-même le penseur : le moi est cette suite de pensées reliées par la ressemblance, la continuité et l'héritage, et la psychologie n'a pas à chercher plus loin. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Qu'est-ce qui fait que je suis la même personne qu'hier ? Certains répondent : une âme, ou un moi pur, qui ne change pas. Hume répond qu'il n'y a que des perceptions, sans lien réel. James refuse les deux. Il observe d'abord que chacune de nos pensées se distingue de celles qu'elle ne reconnaît pas pour siennes : les unes ont de la « chaleur et de l'intimité », comme des parents qui nous saluent du passé, les autres paraissent froides et étrangères. Le sentiment d'être le même est donc un jugement comme les autres jugements de ressemblance : il repose sur la ressemblance et sur la continuité. James ajoute que chaque pensée présente prend les précédentes comme siennes, comme un héritier reprend un titre. Il n'y a pas besoin d'un penseur caché : la pensée qui passe est elle-même le penseur. Il le dit avec prudence : c'est l'explication que la psychologie peut donner, la question métaphysique reste ouverte.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la description par les pensées explique tout ce qu'on peut observer, mais où il existe malgré tout un penseur d'une autre nature : par exemple une âme qui, par définition, n'ajouterait rien d'observable.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Joseph Butler 1736 · attaque la prémisse 2Butler objecte à Locke, et à ceux qui le suivent, que cette explication est circulaire : la conscience d'être la même personne suppose l'identité personnelle, donc elle ne peut pas la constituer, pas plus que la connaissance ne peut constituer la vérité qu'elle suppose. Une personne n'a pas existé seulement quand elle s'en souvient. Butler vise aussi l'idée d'une personnalité « passagère », qui vit et meurt, commence et finit continuellement.
James répond
Butler objecte à Locke, et à ceux qui le suivent, que cette explication est circulaire : la conscience d'être la même personne suppose l'identité personnelle, donc elle ne peut pas la constituer, pas plus que la connaissance ne peut constituer la vérité qu'elle suppose. Une personne n'a pas existé seulement quand elle s'en souvient. Butler vise aussi l'idée d'une personnalité « passagère », qui vit et meurt, commence et finit continuellement.
Emmanuel Kant 1787 · attaque la prémisse 4Pour Kant, le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations, sinon quelque chose serait représenté en moi sans pouvoir être pensé. La diversité de mes représentations se rapporte ainsi nécessairement à ce « je pense », dans le sujet où elle se trouve. Un simple défilé de pensées ne rend pas compte de cette unité : il faut un sujet qui les rassemble.
James répond
Pour Kant, le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations, sinon quelque chose serait représenté en moi sans pouvoir être pensé. La diversité de mes représentations se rapporte ainsi nécessairement à ce « je pense », dans le sujet où elle se trouve. Un simple défilé de pensées ne rend pas compte de cette unité : il faut un sujet qui les rassemble.
David Hume 1739 · attaque la prémisse 2Hume pense que l'identité que nous attribuons à l'esprit est seulement fictive, de la même espèce que celle que nous attribuons aux plantes et aux animaux. Elle vient de ce que l'imagination glisse facilement d'une perception à une autre qui lui ressemble ; elle n'est pas une unité réelle. La ressemblance et la continuité dont parle James ne sont donc que le produit de ce glissement.
James répond
Hume pense que l'identité que nous attribuons à l'esprit est seulement fictive, de la même espèce que celle que nous attribuons aux plantes et aux animaux. Elle vient de ce que l'imagination glisse facilement d'une perception à une autre qui lui ressemble ; elle n'est pas une unité réelle. La ressemblance et la continuité dont parle James ne sont donc que le produit de ce glissement.