QuestionsFaut-il croire sans preuve ?Nous avons le droit de croire quand les preuves ne peuvent pas trancher
Faut-il croire sans preuve ?La foi va au-delà

Nous avons le droit de croire quand les preuves ne peuvent pas trancher

La volonté de croire

William James 1842 · 1910Les expériences religieuses sont des faits psychologiques à étudier sérieusement, et la croyance peut être un pari légitime.
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Ce qu'il soutient

Devant une option authentique que les preuves ne peuvent pas trancher, notre nature passionnelle peut, et même doit, décider : nous avons le droit de croire, à nos risques et périls.

Pourquoi

Quand le choix est inévitable et que les preuves ne peuvent pas trancher, douter est aussi un pari : on peut décider par ce qu'on ressent.

La même idée à travers l'histoire
Pascal1670Pascal soutient qu'on doit parier que Dieu existe, parce que la raison ne tranche pas et que s'abstenir revient à parier. James reprend l'idée que la raison ne tranche pas, mais il juge le pari de Pascal trop mécanique et le limite aux options « vivantes ».
William James1896Dans une conférence faite à des étudiants (publiée dans The New World, juin 1896), il défend le droit de laisser sa « nature passionnelle » décider, mais seulement pour les options authentiques que les preuves ne peuvent pas résoudre.
En bref

« Nous avons le droit de croire quand les preuves ne peuvent pas trancher » est un argument de William James (« The Will to Believe », 1896, 1896) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : la foi va au-delà). Sa thèse : Devant une option authentique que les preuves ne peuvent pas trancher, notre nature passionnelle peut, et même doit, décider : nous avons le droit de croire, à nos risques et périls. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Will to Believe », 1896
Valide avec une prémisse implicite

Un jeune homme hésite à demander une femme en mariage parce qu'il n'est pas sûr qu'elle sera un ange une fois chez lui. Il attend. Résultat : il perd cette possibilité aussi sûrement que s'il en avait épousé une autre. C'est l'image de James. Pour lui, certaines questions ne se règlent pas en attendant des preuves : la religion, la morale, la confiance entre les personnes. Sur celles-là, les preuves n'arrivent pas, et attendre est déjà un choix. James ne dit pas qu'on peut croire n'importe quoi. Il pose trois conditions : l'option doit être vivante (elle nous attire vraiment), forcée (on ne peut pas y échapper) et capitale (l'enjeu est grand et l'occasion ne reviendra pas). Alors seulement, et si l'intelligence seule ne peut pas décider, nous avons le droit de croire à nos risques et périls.

P1Certaines options sont « authentiques » : elles sont à la fois vivantes (les deux hypothèses nous attirent un peu), forcées (aucune échappatoire, c'est l'une ou l'autre) et capitales (l'occasion est unique et l'enjeu est important).
P2Pour certaines de ces options authentiques (la religion, les valeurs morales, la confiance entre personnes), l'intelligence ne peut pas trancher par les preuves, par nature.
P3Dans une option authentique, s'abstenir n'est pas rester neutre : douter, c'est choisir un risque particulier, celui de passer à côté de la vérité si elle est là. Le sceptique joue sa mise autant que le croyant.
P4La règle « mieux vaut ne rien croire que risquer l'erreur » n'est pas elle-même démontrée : elle exprime une peur, celle d'être dupe. Rien ne prouve qu'être dupe par espoir soit pire qu'être dupe par peur.
P5 · prémisse impliciteQuand une décision est inévitable, que les preuves ne peuvent pas la prendre et qu'aucune des deux voies (croire ou s'abstenir) n'est prouvée plus raisonnable que l'autre, on a le droit de décider selon sa nature passionnelle.
Donc, devant une option authentique que les preuves ne peuvent pas trancher, notre nature passionnelle peut, et même doit, décider : nous avons le droit de croire, à nos risques et périls.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'option est authentique, où les preuves ne tranchent pas et où aucune voie n'est prouvée meilleure, mais où l'on n'a pas pour autant le droit de croire : par exemple si l'on pense qu'en l'absence de raison, la seule attitude juste est de suspendre son jugement.
Avec P5, l'argument est valide : l'option est authentique (P1), les preuves ne peuvent pas trancher (P2), s'abstenir est un choix aussi risqué (P3), donc aucune voie n'est prouvée plus raisonnable (P4), et P5 en tire le droit de croire. Sans P5, il ne l'est plus : de « personne ne peut prouver quelle voie est la meilleure » on ne tire pas encore « chacun peut suivre son cœur ». C'est ce pas que les critiques contestent : un droit de croire peut sembler ouvrir la porte au vœu pieux.
Analogie. Sur un col de montagne, dans la neige et le brouillard, on aperçoit des sentiers peut-être trompeurs. Rester sur place, c'est geler. Prendre un chemin, c'est risquer la chute. On ne sait pas lequel est le bon. Rester immobile est déjà un choix. James cite ce passage de Fitzjames Stephen : quoi qu'on fasse, on le fait à ses risques et périls.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

William Kingdon Clifford 1877 · attaque la conclusion

C'est la règle opposée : il est mal, toujours, partout et pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes. Pour Clifford, croire est un acte qui touche les autres, car la croyance de chacun entre dans le bien commun. Elle ne peut donc pas être un droit privé qu'on exerce à ses risques et périls.

James répond
William James 1896 · Réponse de James
Éviter l'erreur et trouver la vérité sont deux lois différentes. Choisir la première avant la seconde exprime seulement une peur de se tromper, pas une vérité. L'exhortation de Clifford ressemble à celle d'un général qui dirait à ses soldats qu'il vaut mieux ne jamais aller au combat que risquer une seule blessure.
William Kingdon Clifford 1877 · Ce que Clifford avait déjà répondu (agir sans croire)
Clifford (mort en 1879) n'a pas lu James, mais il avait prévu cette réponse : il y a des cas où l'on doit agir sur des probabilités, sans que les preuves justifient déjà de croire. Agir ne demande donc pas de croire.
Voir la suite du débat (1)
William James 1896 · Contre-réponse de James
Agir « comme si » la religion était fausse, en attendant, est déjà un pari : on peut attendre, mais on le fait à ses risques et périls autant que si l'on croyait.
Bertrand Russell 1952 · attaque la conclusion

Russell vise la version « utile » de l'idée, qu'il attribue à James : on devrait croire en Dieu parce que, sinon, on se comporterait mal. À ses yeux, cela prouve seulement que les politiques et les éducateurs devraient essayer de faire croire en Dieu, pas que Dieu existe. Un homme au vrai sentiment religieux veut savoir si Dieu existe, pas si y croire est utile. On trouve aussi que le Père Noël est utile pour les enfants, mais cela ne le rend pas réel.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1952, après sa mort (1910).
Le débat continue (notre résumé) James est mort en 1910 : il n'a pas pu répondre à Russell (1952). Un défenseur peut remarquer que James ne se fonde pas sur l'utilité seule : il demande que l'hypothèse soit vivante et que les preuves ne puissent pas trancher, et il parle de ce qui pourrait être vrai (P1, P2). Russell peut répondre que James écrit aussi que la religion promet un bien vital dès maintenant (« we are better off even now »), et que l'utilité reste donc au centre de l'argument. Le débat sur ce point est ouvert.
Objection anticipée par James (le vœu pieux) attaque la conclusion

Si l'on a le droit de croire « ce qu'on veut », alors la foi n'est qu'un vœu pieux. James cite la définition d'un écolier : « la foi, c'est croire quelque chose qu'on sait faux ».

James répond
William James 1896 · Réponse de James
C'est un malentendu. La liberté de croire ne couvre que les options vivantes, que l'intelligence seule ne peut pas résoudre. Une superstition qu'on sait absurde n'est pas une option vivante.
Le débat continue (notre résumé) Reste une difficulté, que James reconnaît lui-même : être vivante ou morte n'est pas une propriété de l'hypothèse, mais un rapport avec chaque personne. Pour un croyant, sa superstition est vivante. Le critère de James laisse donc à chacun le soin de décider ce qui est « vivant » pour lui, et ne trace pas de frontière commune entre foi et vœu pieux.