Le bois courbe et le mal radical : un germe de bien que rien ne détruit, un penchant au mal que l'on s'est donné
Le bois courbe ; le mal radical ; « Aus so krummem Holze… » ; disposition au bien et penchant au mal
L'homme est, par nature, porteur d'un germe de bien que rien ne détruit et d'un penchant radical au mal qu'il s'est donné lui-même : il n'est ni innocent ni condamné, et il peut seulement se rapprocher du bien.
L'homme a un germe de bien que rien ne détruit et un penchant au mal qu'il s'est donné, universel même chez le meilleur.
« Le bois courbe et le mal radical : un germe de bien que rien ne détruit, un penchant au mal que l'on s'est donné » est un argument de Kant (Idée d'une histoire universelle, 1784 (6e proposition) ; La Religion dans les limites de la simple raison, 1793, livre I, 1784) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : les deux à la fois). Sa thèse : L'homme est, par nature, porteur d'un germe de bien que rien ne détruit et d'un penchant radical au mal qu'il s'est donné lui-même : il n'est ni innocent ni condamné, et il peut seulement se rapprocher du bien. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Faut-il choisir entre « l'homme est bon » et « l'homme est mauvais » ? Kant répond que les deux sont vrais, mais pas au même niveau. Au niveau des dispositions, tout homme a un germe de bien (l'animalité, l'humanité, et surtout la personnalité, c'est-à-dire le respect pour la loi morale) que rien ne peut détruire. Au niveau de la volonté, tout homme a aussi un penchant à faire passer ses inclinations avant la loi, même quand ses actes sont corrects : c'est le « mal radical », radical au sens de racine. Ce penchant n'est pas un instinct : s'il l'était, on ne pourrait pas le reprocher à l'homme. Il est un acte de liberté, dont on ne peut donner d'autre cause. De là l'image du bois courbe : de l'homme tel qu'il est, on ne tirera jamais rien de tout à fait droit, mais on peut s'approcher du droit. La forme P1 à P6 est notre reconstruction. Kant refuse un « mélange moitié-moitié » : voir la dernière objection. Nous citons le texte allemand ; la traduction est la nôtre.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où l'homme a des dispositions bonnes inéliminables, un penchant universel au mal, et où il faut s'approcher du droit, mais où son penchant au mal n'est pas « par nature » mais seulement fréquent : on ne peut plus parler de nature double.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
JJohann Wolfgang von Goethe 1793 · attaque la prémisse 2Résumé : dans une lettre à Herder et à sa femme du 7 juin 1793, juste après la parution du livre, Goethe se moque de Kant : après avoir passé une longue vie à débarrasser son manteau de philosophe de toutes sortes de préjugés, il l'a taché du « mal radical », pour que les chrétiens viennent aussi en baiser le bord. On y lit d'ordinaire le reproche de revenir au péché originel.
Kant répond
Résumé : dans une lettre à Herder et à sa femme du 7 juin 1793, juste après la parution du livre, Goethe se moque de Kant : après avoir passé une longue vie à débarrasser son manteau de philosophe de toutes sortes de préjugés, il l'a taché du « mal radical », pour que les chrétiens viennent aussi en baiser le bord. On y lit d'ordinaire le reproche de revenir au péché originel.
Hannah Arendt 1963 · attaque la conclusionRésumé : dans une lettre à Gershom Scholem du 24 juillet 1963, Arendt écrit que le mal n'est jamais « radical », seulement extrême, et qu'il n'a ni profondeur ni dimension démoniaque. Il peut tout ravager précisément parce qu'il se répand comme un champignon à la surface. Elle revient ainsi, après le procès Eichmann, sur le mot « mal radical ».
sans réponse
Résumé : dans une lettre à Gershom Scholem du 24 juillet 1963, Arendt écrit que le mal n'est jamais « radical », seulement extrême, et qu'il n'a ni profondeur ni dimension démoniaque. Il peut tout ravager précisément parce qu'il se répand comme un champignon à la surface. Elle revient ainsi, après le procès Eichmann, sur le mot « mal radical ».
Une objection que Kant formule lui-même attaque la prémisse 3Résumé : Kant se demande comment un penchant peut être à la fois inné et « notre propre acte ». Un penchant précède l'action, donc n'est pas encore un acte, et ce qui est moralement mauvais doit être un acte libre. Il semble y avoir contradiction à parler d'un penchant au mal inné qui nous serait imputable.
Kant répond
Résumé : Kant se demande comment un penchant peut être à la fois inné et « notre propre acte ». Un penchant précède l'action, donc n'est pas encore un acte, et ce qui est moralement mauvais doit être un acte libre. Il semble y avoir contradiction à parler d'un penchant au mal inné qui nous serait imputable.
Rousseau 1755 · attaque la prémisse 2Résumé : Rousseau reconnaît que les hommes sont méchants, une triste et continuelle expérience dispensant de la preuve. Mais il soutient que l'homme est naturellement bon, et que ce qui l'a dépravé, ce sont les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu'il a faits et les connaissances qu'il a acquises. Le penchant au mal ne serait pas « radical » : il viendrait de la société.
Kant répond
Résumé : Rousseau reconnaît que les hommes sont méchants, une triste et continuelle expérience dispensant de la preuve. Mais il soutient que l'homme est naturellement bon, et que ce qui l'a dépravé, ce sont les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu'il a faits et les connaissances qu'il a acquises. Le penchant au mal ne serait pas « radical » : il viendrait de la société.
Helvétius 1773 · attaque la prémisse 1Résumé : Helvétius écrit que l'esprit et les talents ne sont jamais dans les hommes que le produit de leurs désirs et de leur position particulière, et que la science de l'éducation se réduit peut-être à placer les hommes dans une position qui les force à acquérir les talents et les vertus désirés en eux. Appliqué à Kant : rien de moral n'est donné au départ, et la « disposition à la personnalité » serait le produit de l'éducation.
Kant répond
Résumé : Helvétius écrit que l'esprit et les talents ne sont jamais dans les hommes que le produit de leurs désirs et de leur position particulière, et que la science de l'éducation se réduit peut-être à placer les hommes dans une position qui les force à acquérir les talents et les vertus désirés en eux. Appliqué à Kant : rien de moral n'est donné au départ, et la « disposition à la personnalité » serait le produit de l'éducation.