Les révolutions scientifiques : changer de paradigme, ce n'est pas démontrer
Les paradigmes et l'incommensurabilité (Kuhn)
Le passage d'un paradigme à un autre ne peut pas être imposé pas à pas par la logique et l'expérience seules : il demande de convaincre, et l'on ne peut pas prouver au sens strict que le nouveau cadre est meilleur.
Deux paradigmes rivaux n'ont ni les mêmes critères ni le même vocabulaire : aucune preuve neutre ne peut donc trancher entre eux.
« Les révolutions scientifiques : changer de paradigme, ce n'est pas démontrer » est un argument de Thomas Kuhn (La Structure des révolutions scientifiques (The Structure of Scientific Revolutions), 1962, 2e éd. 1970) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : une construction humaine). Sa thèse : Le passage d'un paradigme à un autre ne peut pas être imposé pas à pas par la logique et l'expérience seules : il demande de convaincre, et l'on ne peut pas prouver au sens strict que le nouveau cadre est meilleur. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
On imagine souvent la science comme un escalier : chaque génération ajoute des marches de vérités sûres. Le physicien et historien des sciences Thomas Kuhn a montré dans son livre de 1962 que l'histoire ressemble plutôt à une suite de ruptures. Pendant de longues périodes, les savants travaillent dans un cadre commun, qu'il appelle un « paradigme » (par exemple la physique de Newton). Puis des anomalies s'accumulent, et un autre paradigme remplace le premier (Einstein). Kuhn ajoute que les deux cadres sont « incommensurables » : ils ne posent pas les mêmes problèmes, n'ont pas les mêmes critères de réussite et ne donnent pas toujours le même sens aux mêmes mots. Du coup, passer de l'un à l'autre ne se fait pas par une démonstration que tout le monde devrait accepter. Pour Kuhn, ce qui échappe ici aux preuves, c'est le choix du cadre lui-même. Attention : il n'a jamais dit que la science est irrationnelle ni que tout se vaut. Il l'a répété dans la postface de 1969 : c'est la principale objection qu'on lui a faite (Popper, Lakatos), et il y a répondu.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait admettre que les paradigmes diffèrent et dire pourtant qu'une théorie l'emporte par des preuves neutres : les deux camps se mettent d'accord sur une expérience cruciale, comme la mesure de la déviation de la lumière près du Soleil, et l'un des deux doit alors céder.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Karl Popper (« Le mythe du cadre », texte écrit au milieu des années 1970) 1994 · attaque la prémisse 3Une théorie meilleure que la précédente doit pouvoir être comparée avec elle : deux théories ne sont donc pas « incommensurables », pour reprendre le terme de Kuhn. Par exemple, l'astronomie de Ptolémée n'est pas du tout incommensurable avec celle de Copernic. Il y a certes, pour un esprit, un changement de regard (Popper reconnaît le « Gestalt shift » de Kuhn), mais on peut comparer logiquement les deux systèmes : Copernic faisait valoir que toutes les observations qui entrent dans un système centré sur la Terre entrent aussi dans un système centré sur le Soleil.
Kuhn répond
Une théorie meilleure que la précédente doit pouvoir être comparée avec elle : deux théories ne sont donc pas « incommensurables », pour reprendre le terme de Kuhn. Par exemple, l'astronomie de Ptolémée n'est pas du tout incommensurable avec celle de Copernic. Il y a certes, pour un esprit, un changement de regard (Popper reconnaît le « Gestalt shift » de Kuhn), mais on peut comparer logiquement les deux systèmes : Copernic faisait valoir que toutes les observations qui entrent dans un système centré sur la Terre entrent aussi dans un système centré sur le Soleil.
IImre Lakatos (1970) 1970 · attaque la prémisse 4Lakatos résume ainsi la position de Kuhn : un nouveau paradigme apporte avec lui ses propres critères, il n'y a pas de critère au-dessus des paradigmes, et le passage de l'un à l'autre est irrationnel, une affaire de « psychologie des foules ». Si P4 est vraie, la science cesserait donc d'être une affaire de raisons pour devenir une affaire de mode ou d'entraînement collectif.
Kuhn répond
Lakatos résume ainsi la position de Kuhn : un nouveau paradigme apporte avec lui ses propres critères, il n'y a pas de critère au-dessus des paradigmes, et le passage de l'un à l'autre est irrationnel, une affaire de « psychologie des foules ». Si P4 est vraie, la science cesserait donc d'être une affaire de raisons pour devenir une affaire de mode ou d'entraînement collectif.
Les critiques de Kuhn (dont Shapere et Popper, cités par Kuhn) 1970 · attaque la conclusionBeaucoup de lecteurs ont trouvé le point de vue de Kuhn relativiste. Si des communautés de chercheurs vivent chacune dans leur monde et ne peuvent pas se départager par des preuves, il semble que chaque communauté ait raison à sa façon, et que la science ne se rapproche d'aucune vérité.
Kuhn répond
Beaucoup de lecteurs ont trouvé le point de vue de Kuhn relativiste. Si des communautés de chercheurs vivent chacune dans leur monde et ne peuvent pas se départager par des preuves, il semble que chaque communauté ait raison à sa façon, et que la science ne se rapproche d'aucune vérité.