QuestionsQu'est-ce que l'amour ?Les amours naturels sont bons mais ne se suffisent pas : ils sont faits pour être élevés
Qu'est-ce que l'amour ?Une montée vers le beau

Les amours naturels sont bons mais ne se suffisent pas : ils sont faits pour être élevés

Les quatre amours : affection, amitié, eros, charité ; amour-besoin et amour-don

C. S. Lewis 1898 · 1963La loi morale que chacun ressent, et la raison elle-même, pointent vers un Dieu.
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Ce qu'il soutient

L'amour est une élévation : les amours naturels, bons mais incomplets, atteignent leur vraie forme quand ils sont élevés dans l'amour divin.

Pourquoi

Les amours naturels sont de vrais biens, mais tournent mal quand on en fait un absolu : ils ont besoin d'être élevés par l'amour de Dieu.

La même idée à travers l'histoire
Platon380 av. J.-C.Platon, le Banquet : l'amour monte des beaux corps jusqu'au Beau en soi. Lewis garde l'idée d'une montée, mais ce qui élève n'est pas la contemplation : c'est l'amour de Dieu qui descend vers nous.
C. S. Lewis1960The Four Loves (Londres, Geoffrey Bles, 1960), tiré de causeries radiophoniques de 1958 : Lewis distingue l'amour-besoin et l'amour-don, puis quatre amours (affection, amitié, eros, charité), et montre que les trois premiers, naturels, ont besoin du quatrième.
En bref

« Les amours naturels sont bons mais ne se suffisent pas : ils sont faits pour être élevés » est un argument de C. S. Lewis (Les Quatre Amours, 1960, 1960) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : une montée vers le beau). Sa thèse : L'amour est une élévation : les amours naturels, bons mais incomplets, atteignent leur vraie forme quand ils sont élevés dans l'amour divin. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Les Quatre Amours, 1960
Valide avec une prémisse implicite

Faut-il mépriser l'amour qui vient de nos besoins, ou le traiter comme la fin de tout ? Lewis refuse les deux. Les amours naturels, l'affection de la famille, l'amitié, l'amour entre un homme et une femme, sont de vrais biens. Mais chacun, quand on en fait un dieu, peut tourner à l'excès, à la jalousie, à la tyrannie. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ce qui les garde bons, c'est la charité, l'amour tel que Dieu l'a pour nous. Elle ne les détruit pas : elle les remet à leur place et les élève. L'amour est donc une montée : d'un besoin naturel vers un don qui le dépasse.

P1Les amours naturels sont de vrais amours et de vrais biens. Même l'amour-besoin, comme celui d'un enfant qui court vers sa mère, mérite le nom d'amour.
P2Laissé à lui-même, et surtout quand on en fait un absolu, chacun de ces amours peut devenir mauvais. Eros, par exemple, peut pousser au mal comme au bien.
P3Les amours naturels ne se suffisent pas à eux-mêmes : ils ne se gardent bons que sous l'amour de Dieu, la charité.
P4 · prémisse impliciteCe qui est bon mais ne se suffit pas doit être élevé, et non supprimé : les amours naturels doivent être placés sous la charité et transformés par elle.
L'amour est une élévation : les amours naturels, bons mais incomplets, atteignent leur vraie forme quand ils sont élevés dans l'amour divin.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les amours naturels sont bons et fragiles, la charité existe, mais elle leur reste étrangère, sans les élever. Les autres prémisses sont vraies, la conclusion est fausse.
Valide avec P4. Sans elle, on sait que les amours naturels sont bons mais fragiles et qu'ils ont besoin de la charité pour rester bons ; on ne sait pas si cette aide les élève ou leur reste extérieure. P4 est l'idée centrale de Lewis, que la tradition chrétienne a discutée : la grâce parfait-elle la nature, ou s'y oppose-t-elle ?
Analogie. Un jardin est un bien, mais il retourne à la friche si personne ne le soigne. Le jardinier ne détruit pas le jardin : il le taille et le rend plus beau. Lewis dit que la charité est ce jardinier. Ses critiques répondent qu'un jardin peut très bien rester beau sans jardinier divin, et que c'est la prémisse à démontrer.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

A
Anders Nygren 1930 · attaque la prémisse 4

Pour le théologien Nygren, Éros et Agapè s'opposent : l'éros est l'amour humain qui monte vers ce qu'il désire, l'agapè est l'amour qui vient de Dieu, sans motif ni mérite. Faire monter l'un jusqu'à l'autre mêle deux amours que, pour lui, le christianisme tient séparés.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lewis dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Lewis tient comme Nygren que la charité vient de Dieu et dépasse le besoin humain, mais il refuse de condamner l'amour-besoin et dit que ce mot est le bon pour le désigner. Un disciple de Nygren répond que cet amour reste alors un moyen, non un chemin vers l'agapè. Un disciple de Lewis répond que l'agapè sans amours naturels n'aurait rien à transformer.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond entre théologiens : la grâce transforme-t-elle l'amour humain (Lewis, comme la tradition catholique) ou le remplace-t-elle (Nygren, d'inspiration luthérienne) ? Le débat n'est pas clos.
Sigmund Freud 1930 · attaque la prémisse 3

Pour Freud, la culture pousse les hommes à des relations d'amour inhibées quant au but, et à l'idéal d'aimer son prochain comme soi-même, qui se justifie par le fait que rien ne va autant à l'encontre de la nature humaine originelle. Cet amour élevé est une exigence de la civilisation, pas un don de Dieu.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lewis dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Un lecteur de Lewis peut répondre que la fragilité des amours naturels que décrit Freud (agressivité, jalousie) est justement ce que Lewis affirme en P2, et que l'idéal d'aimer son prochain n'est pas un produit tardif de la culture. Un lecteur de Freud répond qu'une élévation expliquée par la culture n'a pas besoin de Dieu.
Où en est le débat (notre résumé)Les deux s'accordent sur le caractère fragile de l'amour naturel. Ils s'opposent sur l'origine de l'amour élevé : une grâce (Lewis) ou une construction de la culture contre la nature (Freud).
E
Erich Fromm 1956 · attaque la prémisse 3

Pour Fromm, dans L'Art d'aimer, aimer est un art qu'on apprend par la pratique : il demande discipline, concentration et patience. L'amour est une activité, et d'abord un don, non une réception. L'amour mûr est donc le fruit du travail de la personne sur elle-même, sans besoin d'un amour venu d'en haut pour l'élever.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Lewis dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Un lecteur de Lewis répond que Fromm confirme P2 en décrivant l'amour comme un travail jamais fini, et que ce travail a besoin d'un modèle qu'on ne trouve pas en soi. Un lecteur de Fromm répond que la maturité est ce modèle, et qu'elle s'acquiert sans recours à Dieu.
Où en est le débat (notre résumé)Point de fond : l'amour peut-il se perfectionner par ses propres forces ? Les deux acceptent que l'amour naturel doive grandir ; ils divergent sur ce qui le fait grandir.