QuestionsFaut-il toujours obéir à la loi ?Le tyran peut être déposé par la communauté, et en dernier recours tué : le De rege de Mariana
Faut-il toujours obéir à la loi ?Le droit de se révolter

Le tyran peut être déposé par la communauté, et en dernier recours tué : le De rege de Mariana

Le tyrannicide ; le De rege de Mariana

Juan de Mariana 1536 · 1624Jésuite espagnol, historien et théologien, qui écrit pour l'éducation du prince que le pouvoir vient de la communauté et que le tyran peut être déposé, et en dernier recours tué.
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Ce qu'il soutient

Les peuples ont le droit de résister à un tyran : de le déposer par la voie publique, et, en dernier recours et à des conditions strictes, de le tuer.

Pourquoi

Le pouvoir du roi vient de la communauté : s'il se retourne contre elle, elle peut le déposer et, en dernier recours, le tuer.

La même idée à travers l'histoire
Étienne de La Boétie1548La Boétie propose de retirer son obéissance au tyran sans le combattre. Mariana envisage, lui, la déposition, puis en dernier recours le meurtre.
Juan de Mariana1599La version présentée ici. Mariana, jésuite espagnol, écrit ce livre pour l'éducation du jeune roi Philippe III. Le chapitre 6 du livre I discute s'il est permis de tuer un tyran, en distinguant l'usurpateur du roi légitime devenu tyran. Après l'assassinat d'Henri IV en 1610, le livre est condamné par le Parlement de Paris.
John Locke1689Locke défend lui aussi que le pouvoir est un dépôt de confiance que le peuple peut reprendre. Il ne discute pas le meurtre du tyran : il parle de résistance et de renversement.Kant1797Kant est l'adversaire le plus net : pour lui, aucune loi ne peut autoriser le peuple à résister au législateur suprême, et qui jugerait le litige ?
En bref

« Le tyran peut être déposé par la communauté, et en dernier recours tué : le De rege de Mariana » est un argument de Juan de Mariana (Juan de Mariana, De rege et regis institutione, Tolède, 1599, livre I (chap. 6, « Est-il permis d'abattre un tyran ? »), 1599) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : le droit de se révolter). Sa thèse : Les peuples ont le droit de résister à un tyran : de le déposer par la voie publique, et, en dernier recours et à des conditions strictes, de le tuer. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Juan de Mariana, De rege et regis institutione, Tolède, 1599, livre I (chap. 6, « Est-il permis d'abattre un tyran ? »)
Valide avec une prémisse implicite

En 1599, un jésuite espagnol écrit pour l'éducation du jeune roi un livre qui contient un chapitre célèbre et dangereux : « Est-il permis d'abattre un tyran ? ». Mariana ne dit pas que n'importe qui peut tuer n'importe quel roi. Il distingue d'abord l'usurpateur, qui a pris le pouvoir sans titre et que chacun peut abattre, du roi légitime devenu tyran. Pour ce dernier, la voie normale est publique : la communauté, en assemblée, avertit, puis dépose, par la force si nécessaire. Ce n'est que si cette voie est fermée et que les crimes sont notoires qu'un particulier qui l'abat ne mérite pas d'être condamné. Le raisonnement part d'un principe : le pouvoir du roi vient de la communauté et est fait pour son bien. Le livre est brûlé en 1610 par le Parlement de Paris, après le meurtre d'Henri IV par Ravaillac.

P1Le pouvoir du roi vient de la communauté, qui le lui a confié pour le bien commun. Il reste soumis aux lois et, en dernier ressort, à la communauté.
P2Un roi légitime qui foule aux pieds les lois, les biens et la religion de la communauté, et qui ne se corrige pas malgré les avertissements, devient un tyran et un ennemi public.
P3Contre un tel tyran, la communauté réunie peut l'avertir, puis le déposer et, s'il refuse, le combattre par la force.
P4Si l'assemblée ne peut se réunir parce que le tyran l'interdit, que ses crimes sont notoires et que la volonté du peuple est claire, un particulier qui le tue ne doit pas être condamné. Mariana recommande cependant la prudence et l'avis d'hommes sages, et discute de façon restrictive les moyens, comme le poison.
P5 · prémisse impliciteUn pouvoir qui n'existe que par la communauté et pour son bien se perd quand il se retourne contre elle : la communauté peut alors se défendre contre lui comme contre un ennemi.
Donc les peuples ont le droit de résister à un tyran : de le déposer par la voie publique, et, en dernier recours et à des conditions strictes, de le tuer.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le pouvoir vient de la communauté, où un roi est devenu tyran, où il peut être déposé et même tué en dernier recours, et où pourtant les sujets n'ont aucun droit de résister : le pouvoir viendrait de la communauté sans que celle-ci puisse le reprendre.
Sans la prémisse cachée P5, les prémisses disent d'où vient le pouvoir, ce qu'est un tyran et ce que Mariana permet. Il faut ajouter que le pouvoir se perd quand il se retourne contre la communauté, pour que la résistance soit un droit et non une simple possibilité de fait. C'est la thèse centrale, que ses adversaires nient (Hobbes, Kant).
Analogie. Une copropriété confie la gestion de l'immeuble à un syndic. S'il détourne les fonds, ignore les règles et refuse de rendre des comptes, les copropriétaires réunis en assemblée peuvent le révoquer. Si l'assemblée est interdite et que tout le monde sait ce qu'il fait, la situation devient bloquée. Pour le geste d'un particulier, Mariana se place dans ce seul cas limite.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thomas Hobbes 1651 · attaque la prémisse 1

Hobbes soutient que le souverain ne peut commettre aucune rupture du pacte : c'est le peuple qui s'engage envers lui, non lui envers le peuple. Aucun de ses sujets ne peut donc, sous prétexte de déchéance, être délié de son obéissance. Le pouvoir ne « revient » pas à la communauté.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1651, après sa mort (1624).
John Locke défenseur de l'argument · 1689
Locke soutient que lorsque les législateurs cherchent à détruire la propriété du peuple ou à le réduire en esclavage sous un pouvoir arbitraire, ils se mettent en état de guerre avec le peuple, qui est alors délié de toute obéissance.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hobbes et Locke écrivent après Mariana, qui n'a pas pu leur répondre. Hobbes pense que le pacte lie les sujets à un souverain qui n'est pas partie du contrat, parce qu'un pouvoir dont on pourrait juger les abus ne protégerait de rien. Locke et Mariana pensent que le pouvoir est un dépôt révocable. Aucun des deux camps ne prouve l'autre faux.
Où en est le débat (notre résumé)Hobbes : le souverain n'est pas lié par le pacte, et un pouvoir qu'on pourrait juger ne remplit plus sa fonction. Locke : le pouvoir qui détruit ce qu'il doit protéger perd son titre. Le désaccord de fond demeure : le peuple peut-il être juge de son souverain sans retomber dans la guerre de tous ?
Emmanuel Kant 1797 · attaque la prémisse 3

Kant demande qui serait juge dans le litige entre le peuple et le souverain. Chacun des deux se croit dans son droit, et aucun juge extérieur n'existe. Une loi publique qui permettrait au peuple de résister au législateur suprême contiendrait une clause disant que le législateur suprême n'est pas le suprême. Il n'y a donc pas de droit de résistance active.

Mariana répond
voir l'argument
Juan de Mariana 1599 · Mariana, par avance
Mariana répond en avance que le juge n'est pas un particulier : c'est la communauté réunie en assemblée, qui a donné le pouvoir et peut le reprendre, et c'est cette voie publique qu'il faut suivre d'abord. Il ne justifie le coup d'un particulier que si l'assemblée est interdite et que la volonté du peuple est claire.
John Locke défenseur de l'argument · 1689
Locke répond à la même question : le peuple sera juge, car celui qui délègue le pouvoir à un mandataire est celui qui juge si le mandataire s'acquitte bien de sa charge et qui a le pouvoir de le révoquer s'il y manque.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Kant écrit près de deux siècles après Mariana et ne discute pas son livre. Mariana et Locke répondent par la communauté ; Kant répond que la communauté n'a pas d'existence juridique distincte du souverain et que son jugement n'est pas un acte de droit. Le désaccord porte sur la question de savoir si un peuple peut agir comme sujet de droit contre l'État.
Où en est le débat (notre résumé)Kant : aucune loi ne peut autoriser le peuple à juger le souverain. Mariana et Locke : le peuple qui a donné le pouvoir est le juge naturel. Le désaccord de fond demeure : le peuple peut-il être juge sans être aussi partie ?
David Hume 1748 · attaque la prémisse 4

Hume juge que là où une disposition à la rébellion apparaît chez un peuple, il devient l'une des causes principales de la tyrannie des gouvernants : il les force à des mesures violentes qu'ils n'auraient jamais prises si chacun s'était incliné vers la soumission. Admettre qu'un particulier puisse tuer le tyran, c'est augmenter ce danger.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1748, après sa mort (1624).
John Locke défenseur de l'argument · 1689
Locke affirme que le peuple, qui est plus disposé à souffrir qu'à se faire justice par la résistance, ne remue guère tant que le mal n'est pas devenu général et que les mauvais desseins des gouvernants ne sont pas visibles ou sensibles à la plupart.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Hume et Locke discutent la résistance en général, non le meurtre. Les deux s'accordent que les peuples n'aiment pas se révolter. Ils diffèrent sur ce que provoque la reconnaissance d'un droit : Hume craint qu'elle appelle la violence, Locke qu'elle protège contre elle. Mariana s'expose plus que les deux, puisqu'il justifie le geste d'un particulier.
Où en est le débat (notre résumé)Hume : reconnaître un droit de résister attise la tyrannie qu'on veut combattre. Locke : les peuples ne se soulèvent qu'après une longue suite d'abus. Point ouvert : l'histoire ne tranche pas entre les deux effets.