Ne pas changer aisément une loi reçue
Montaigne contre l'innovation ; « les lois sont lois » ; le fondement mystique de l'autorité
Tant que le profit n'en est pas évident, il ne faut pas changer une loi reçue : la raison sert à expliquer et à prolonger l'usage, non à le détourner.
Toucher une loi ébranle tout l'édifice, et le gain du changement est souvent douteux alors que le désordre est certain.
« Ne pas changer aisément une loi reçue » est un argument de Michel de Montaigne (Essais, I, 23 « De la coutume et de ne changer aisément une loi reçue » ; III, 13) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la tradition). Sa thèse : Tant que le profit n'en est pas évident, il ne faut pas changer une loi reçue : la raison sert à expliquer et à prolonger l'usage, non à le détourner. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Montaigne a vu les guerres de religion déchirer la France au nom de réformes qui promettaient de tout améliorer. Il en tire une prudence : une loi reçue est peut-être imparfaite, mais la changer coûte presque toujours plus cher que son défaut. Il ne dit pas que les lois sont justes. Il dit qu'elles tiennent parce qu'elles sont établies, et que celui qui veut les refaire doit être sûr de voir à la fois le mal qu'il enlève et le bien qu'il met à la place. Il admet une exception : quand la nécessité est si pressante qu'il faut que les lois lui fassent un peu de place.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le désordre est certain, le gain contestable, et où le changement vaut quand même la peine, par exemple si la loi actuelle fait déjà un mal certain.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Thomas Paine 1791 · attaque la conclusionAucune génération n'a le droit de lier les suivantes. Vouloir gouverner au-delà de la tombe est « la plus ridicule et la plus insolente de toutes les tyrannies » : chaque génération doit être libre d'agir pour elle-même, car ce sont les vivants qu'il faut servir, non les morts.
un défenseur répond
Aucune génération n'a le droit de lier les suivantes. Vouloir gouverner au-delà de la tombe est « la plus ridicule et la plus insolente de toutes les tyrannies » : chaque génération doit être libre d'agir pour elle-même, car ce sont les vivants qu'il faut servir, non les morts.
John Stuart Mill 1859 · attaque la prémisse 2La coutume est partout le grand obstacle au progrès humain : elle s'oppose sans cesse à l'esprit qui cherche mieux que l'habituel. Là où elle règne sans partage, « justice et droit » veulent dire conformité à la coutume, et les peuples n'avancent plus.
sans réponse
La coutume est partout le grand obstacle au progrès humain : elle s'oppose sans cesse à l'esprit qui cherche mieux que l'habituel. Là où elle règne sans partage, « justice et droit » veulent dire conformité à la coutume, et les peuples n'avancent plus.
Condorcet 1795 · attaque la prémisse 5Condorcet pense montrer « par le raisonnement et par les faits » qu'aucun terme n'a été marqué au perfectionnement des facultés humaines. Si le progrès est réel et sans limite, le gain d'un changement n'est plus un pari : l'Histoire montre que corriger les institutions peut réussir.
sans réponse
Condorcet pense montrer « par le raisonnement et par les faits » qu'aucun terme n'a été marqué au perfectionnement des facultés humaines. Si le progrès est réel et sans limite, le gain d'un changement n'est plus un pari : l'Histoire montre que corriger les institutions peut réussir.