QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Les droits viennent de la naissance, pas des gouvernements
Qu'est-ce qu'une société juste ?Les droits naturels

Les droits viennent de la naissance, pas des gouvernements

Les droits de l'homme ; le droit des vivants contre l'autorité des morts

Thomas Paine 1737 · 1809Les droits de l'homme viennent de sa naissance, pas d'un roi, et chaque génération a les mêmes droits que la précédente.
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Ce qu'il soutient

Un gouvernement n'est légitime que s'il garantit les droits naturels de chacun, et personne, pas même une ancienne charte, ne peut les retirer aux générations suivantes. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. »

Pourquoi

L'histoire ne prouve rien, il y a toujours une coutume contraire ; à l'origine, tous les hommes naissent égaux en droits.

La même idée à travers l'histoire
John Locke1689Avant tout État, la raison enseigne que nul ne doit nuire à la vie, à la santé, à la liberté ou aux biens d'autrui. Paine reprend l'idée de droits antérieurs au gouvernement, mais en la liant à l'égalité de naissance de toutes les générations.
Thomas Jefferson1776La Déclaration d'indépendance, rédigée par Jefferson, pose que tous les hommes sont créés égaux et dotés par leur Créateur de droits inaliénables : la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les droits précèdent le gouvernement, qui est fait pour les garantir.
Gilbert du Motier, marquis de La Fayette1789Le projet de Déclaration des droits que La Fayette présente le 11 juillet 1789, puis la Déclaration votée en août : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme ». Paine la traduit dans son livre.
Thomas Paine1791
En bref

« Les droits viennent de la naissance, pas des gouvernements » est un argument de Thomas Paine (Droits de l'homme, 1791 (réponse à Burke), 1791) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les droits naturels). Sa thèse : Un gouvernement n'est légitime que s'il garantit les droits naturels de chacun, et personne, pas même une ancienne charte, ne peut les retirer aux générations suivantes. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Droits de l'homme, 1791 (réponse à Burke)
Valide avec une prémisse implicite

En 1790, Edmund Burke attaque la Révolution française : les Anglais, dit-il, tiennent leurs libertés de leurs ancêtres, comme un héritage. Thomas Paine, qui a aidé la révolution américaine, répond l'année suivante. Si l'on remonte assez loin dans l'histoire, dit-il, on arrive à l'homme tel qu'il est sorti des mains de son Créateur : tous égaux. Les droits viennent de là, pas d'un roi ni d'un parlement. Et chaque génération a les mêmes droits que la précédente, donc aucune ne peut décider pour toujours à la place des suivantes.

P1Les précédents historiques ne prouvent rien : en remontant dans le passé, on trouve toujours des coutumes contraires, une autorité contre une autre.
P2 · prémisse impliciteLes droits ne peuvent avoir que deux fondements : les précédents historiques, ou l'origine commune de l'homme.
P3À l'origine, tous les hommes sont nés égaux et avec un droit naturel égal. Chaque enfant qui naît tient son existence de Dieu, et le monde est aussi neuf pour lui qu'il l'a été pour le premier homme.
P4Donc chaque génération a les mêmes droits que celles qui l'ont précédée. Aucune ne peut obliger les suivantes à vivre sous ses règles pour toujours : ce sont les vivants qui comptent, pas les morts.
P5Les droits naturels appartiennent à l'homme du seul fait qu'il existe. Il entre en société non pour avoir moins de droits, mais pour les voir mieux garantis : la société ne lui accorde rien, chaque droit civil est un droit naturel échangé contre une protection.
P6Un gouvernement n'a le droit de naître que d'un accord entre des individus, chacun dans son droit personnel et souverain.
Donc un gouvernement n'est légitime que s'il garantit les droits naturels de chacun, et personne, pas même une ancienne charte, ne peut les retirer aux générations suivantes. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. »

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un cas où les précédents ne prouvent rien et où l'origine de l'homme ne fonde pas non plus les droits : ils pourraient venir de la loi ou de l'utilité.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P2. Sans elle, on saurait seulement que les précédents ne suffisent pas, pas que l'origine de l'homme fonde les droits : il reste d'autres possibilités (l'utilité, la loi votée, l'expérience prudente défendue par Burke). C'est aussi ce que visent les critiques : certains refusent que des droits existent avant toute loi, d'autres que des droits abstraits protègent vraiment quelqu'un.
Analogie. Un règlement de club voté il y a deux cents ans oblige-t-il les membres d'aujourd'hui ? Pour Paine, non : ce sont les membres vivants qui décident, et aucun club n'a le droit de leur retirer ce que les premiers membres avaient eux-mêmes.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Edmund Burke 1790 · attaque la prémisse 1

Les Anglais ne tiennent pas leurs libertés de droits abstraits : ils les réclament depuis la Grande Charte comme un héritage reçu de leurs ancêtres et à transmettre à leurs descendants, sans référence à un droit plus général. Cet héritage garde l'unité de la Constitution. Les anciennes institutions contiennent l'expérience de nombreuses générations, plus sûre que la raison d'un seul homme.

Paine répond
Thomas Paine 1791 · Réponse de Paine
Le Parlement de 1688 avait le droit d'agir pour lui-même et pour ses électeurs. Mais il s'est aussi donné, par prétention, le droit de lier la postérité jusqu'à la fin des temps. Aucune génération n'a ce droit ni ce pouvoir : chaque époque doit être aussi libre d'agir que celles qui l'ont précédée. Paine parle de « la vanité et la présomption de gouverner depuis la tombe ».
Mary Wollstonecraft 1790
Le seul héritage précieux que nos ancêtres puissent nous laisser, c'est leur expérience. Mais nous n'en tirons profit qu'après avoir acquis la nôtre, et elle sert de phare qui signale les écueils, pas de poteau indicateur qui montre la route à chaque carrefour.
voir l'argument
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : l'expérience accumulée d'une tradition vaut-elle comme garantie des libertés (Burke), ou seule compte la liberté égale des vivants (Paine) ? Les deux positions ont encore des défenseurs. (Notre résumé.)
Edmund Burke 1790 · attaque la prémisse 5

Les droits naturels peuvent exister sans gouvernement, et même plus clairs et plus parfaits en théorie. Mais leur perfection abstraite est leur défaut pratique : en ayant droit à tout, on manque de tout. Le gouvernement est un moyen de répondre aux besoins des hommes, et ce qui compte, c'est la manière d'y répondre, pas la discussion d'un droit abstrait.

Paine répond
Thomas Paine 1791 · Réponse de Paine
Pour Paine, les droits que l'individu ne peut pas faire valoir seul, faute de pouvoir, il les met en commun : il confie à la société le droit de juger sa propre cause, parce que juger sans pouvoir de réparer ne lui sert à rien. Il garde ceux qu'il peut exercer lui-même, comme les droits de l'esprit. La société ne lui accorde rien : chaque droit civil est un droit naturel échangé.
Où en est le débat (notre résumé)Burke et Paine s'accordent que le gouvernement doit répondre à des besoins. Ils divergent sur le rôle des droits : un test que tout pouvoir doit respecter (Paine), ou une idée trop abstraite pour guider la politique concrète (Burke). (Notre résumé.)
Jeremy Bentham 1795 · attaque la prémisse 2

Il n'existe pas de droits naturels, c'est-à-dire de droits antérieurs à l'établissement du gouvernement : l'expression est une figure de style. Un droit est ce que la loi garantit. Souhaiter qu'un droit existe n'est pas le posséder : « la faim n'est pas du pain ». Les « droits naturels et imprescriptibles » sont une absurdité rhétorique, « une absurdité montée sur des échasses ». Bentham l'écrit vers 1795 contre la Déclaration française ; le texte ne paraît qu'en 1816 (en français) puis 1843 (en anglais).

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1795, après sa mort (1809).
H
H. L. A. Hart défenseur de l'argument · 1955
Hart défend l'idée d'un droit naturel : si l'on admet qu'il existe un droit moral quelconque, on doit admettre au moins un droit naturel, le droit égal de tous les hommes d'être libres. Ce droit n'est pas créé ni conféré par une action volontaire des hommes, et il appartient à tous ceux qui sont capables de choisir.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : les droits existent-ils avant la loi, ou seulement quand la loi les garantit ? Le débat est toujours ouvert en philosophie du droit. (Notre résumé.)
Karl Marx 1844 · attaque la conclusion

Les prétendus droits de l'homme, distincts des droits du citoyen, ne sont rien d'autre que les droits d'un membre de la société civile, c'est-à-dire de l'homme égoïste, séparé des autres hommes et de la communauté. Marx cite l'article 2 de la Constitution de 1793 : liberté, égalité, sûreté, propriété. Pour Marx, le droit à la liberté repose sur la séparation de l'homme d'avec l'homme, et son application pratique est le droit à la propriété privée.

un défenseur répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1844, après sa mort (1809).
C
Claude Lefort défenseur de l'argument · 1980
Lefort soutient que Marx se trompe en réduisant les droits de l'homme à l'égoïsme bourgeois. Pour lui, ils ouvrent un espace où le pouvoir peut être contesté et où chacun peut exiger de nouveaux droits : les mépriser enlève aux opprimés l'outil même de leur combat.
Où en est le débat (notre résumé)Les droits de l'homme sont-ils un masque de l'intérêt bourgeois ou l'outil de toutes les luttes contre l'oppression ? Le débat n'est pas tranché ; les deux lectures ont des défenseurs aujourd'hui. (Notre résumé.)