D'où vient la conscience ? Du physique, on ne tire que du physique
L'argument de la conscience
L'explication de la conscience est Dieu : l'existence d'êtres conscients est un indice en faveur de Dieu, et contre l'idée que la matière est tout ce qui existe.
Une explication scientifique ne mène que du physique au physique, et la conscience n'est pas physique.
« D'où vient la conscience ? Du physique, on ne tire que du physique » est un argument de J. P. Moreland (« Searle's Biological Naturalism and the Argument from Consciousness », 1998 ; Consciousness and the Existence of God, 2008, 1998) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : L'explication de la conscience est Dieu : l'existence d'êtres conscients est un indice en faveur de Dieu, et contre l'idée que la matière est tout ce qui existe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 5 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vous avez mal, vous voyez du rouge, vous pensez à quelqu'un. Ces expériences vécues sont ce qu'on appelle la conscience. Or l'univers décrit par la physique n'est fait que de particules, de forces et de champs, qui ne ressentent rien. Comment, à partir de ces ingrédients, peut-il apparaître un être qui ressent ? Pour le philosophe américain J. P. Moreland, à la suite de Richard Swinburne et Robert Adams, c'est là un indice en faveur de Dieu. Avec du physique, des processus physiques ne fabriquent que du physique. Si la conscience n'est pas physique, il lui faut une autre explication : celle d'une personne qui l'a voulue. Et si, au fond de la réalité, il y a un Dieu conscient, l'apparition d'êtres conscients n'a plus rien d'étrange. L'argument ne prétend pas démontrer Dieu à coup sûr : il dit que la conscience s'explique mieux avec Dieu que sans lui. Il prolonge le vieux moulin de Leibniz, qui ne trouvait dans une machine que des pièces, jamais une perception.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la conscience est réelle et non physique, où ses liens avec le cerveau ont une explication, mais où cette explication est scientifique : par exemple une loi de la nature qui fait naître la conscience dans un cerveau assez complexe. Alors aucune personne n'est nécessaire, et Dieu n'est pas prouvé.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Patricia Churchland 1994 · attaque la prémisse 1Les capacités de l'esprit sont des capacités du cerveau : pas besoin d'une « chose fantomatique » à part. Nous ne comprenons pas encore comment le cerveau produit la conscience, mais nous ne comprenons pas mieux comment il nous fait marcher, courir ou grimper aux arbres. La conscience n'est pas plus mystérieuse en elle-même que le contrôle des mouvements. Les neurosciences avancent, et la question passera du rang de mystère à celui de problème difficile qu'on commence à résoudre.
Moreland répond
Les capacités de l'esprit sont des capacités du cerveau : pas besoin d'une « chose fantomatique » à part. Nous ne comprenons pas encore comment le cerveau produit la conscience, mais nous ne comprenons pas mieux comment il nous fait marcher, courir ou grimper aux arbres. La conscience n'est pas plus mystérieuse en elle-même que le contrôle des mouvements. Les neurosciences avancent, et la question passera du rang de mystère à celui de problème difficile qu'on commence à résoudre.
Daniel Dennett 1991 · attaque la prémisse 5Dire que la conscience n'est pas physique, puis l'expliquer par une âme ou par Dieu, c'est renoncer à expliquer. On remplace un mécanisme qu'on pourrait étudier par un mystère qu'on ne pourra jamais étudier. Dennett ne prétend pas prouver que le dualisme est faux, mais il se donne pour règle de l'éviter à tout prix : accepter le dualisme, c'est abandonner.
Moreland répond
Dire que la conscience n'est pas physique, puis l'expliquer par une âme ou par Dieu, c'est renoncer à expliquer. On remplace un mécanisme qu'on pourrait étudier par un mystère qu'on ne pourra jamais étudier. Dennett ne prétend pas prouver que le dualisme est faux, mais il se donne pour règle de l'éviter à tout prix : accepter le dualisme, c'est abandonner.
John Searle (après Diderot) 1992 · attaque la prémisse 4La conscience émerge de la matière organisée, comme d'autres propriétés : aucune molécule d'eau n'est liquide, mais l'eau l'est. De même, aucun neurone n'est conscient, mais le cerveau l'est. La conscience est une propriété biologique ordinaire du cerveau, causée par lui. Diderot le disait déjà avec l'œuf qui devient poussin (voir son argument « L'œuf : la matière peut penser »). Si l'on trouve cela mystérieux, c'est seulement parce qu'on ne peut pas se représenter la conscience en image.
Moreland répond
La conscience émerge de la matière organisée, comme d'autres propriétés : aucune molécule d'eau n'est liquide, mais l'eau l'est. De même, aucun neurone n'est conscient, mais le cerveau l'est. La conscience est une propriété biologique ordinaire du cerveau, causée par lui. Diderot le disait déjà avec l'œuf qui devient poussin (voir son argument « L'œuf : la matière peut penser »). Si l'on trouve cela mystérieux, c'est seulement parce qu'on ne peut pas se représenter la conscience en image.
J. L. Mackie 1982 · attaque la prémisse 4Des croyants, comme Locke, admettent que Dieu pourrait donner la pensée à de la matière bien disposée. Mais alors, si certaines structures matérielles peuvent être conscientes, comment savoir d'avance que la matière ne peut pas produire la conscience d'elle-même ? Le naturaliste peut prendre cette apparition de la conscience comme un fait de la nature, sans Dieu.
Moreland répond
Des croyants, comme Locke, admettent que Dieu pourrait donner la pensée à de la matière bien disposée. Mais alors, si certaines structures matérielles peuvent être conscientes, comment savoir d'avance que la matière ne peut pas produire la conscience d'elle-même ? Le naturaliste peut prendre cette apparition de la conscience comme un fait de la nature, sans Dieu.
Thomas Nagel 2012 · attaque la prémisse 5Nagel, qui n'est pas croyant, accorde l'essentiel à Moreland : la conscience est le plus grand obstacle à un naturalisme fondé sur la seule physique, et le matérialisme est très probablement faux. Mais il refuse de conclure à Dieu. Il y a une troisième voie : élargir notre idée de la nature, pour que l'esprit en soit un aspect de base, présent d'une certaine façon dès le départ (le panpsychisme), avec un univers orienté vers l'apparition de la vie et de l'esprit. Nagel reconnaît que son refus de Dieu repose en partie sur une hypothèse qu'il ne justifie pas.
Moreland répond
Nagel, qui n'est pas croyant, accorde l'essentiel à Moreland : la conscience est le plus grand obstacle à un naturalisme fondé sur la seule physique, et le matérialisme est très probablement faux. Mais il refuse de conclure à Dieu. Il y a une troisième voie : élargir notre idée de la nature, pour que l'esprit en soit un aspect de base, présent d'une certaine façon dès le départ (le panpsychisme), avec un univers orienté vers l'apparition de la vie et de l'esprit. Nagel reconnaît que son refus de Dieu repose en partie sur une hypothèse qu'il ne justifie pas.