Si notre raison vient d'une évolution aveugle, peut-on s'y fier ?
L'argument évolutionniste contre le naturalisme
Celui qui croit au naturalisme (et voit cet argument) ne peut pas y croire rationnellement : le naturalisme, joint à l'évolution, se réfute lui-même.
Une évolution sans guide retient ce qui aide à survivre, pas ce qui est vrai : nos facultés seraient alors peu fiables.
« Si notre raison vient d'une évolution aveugle, peut-on s'y fier ? » est un argument d'Alvin Plantinga (Warrant and Proper Function, 1993 ; « Naturalism Defeated », 1994, 1993) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Celui qui croit au naturalisme (et voit cet argument) ne peut pas y croire rationnellement : le naturalisme, joint à l'évolution, se réfute lui-même. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P7). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Le naturalisme dit qu'il n'existe que la nature : pas de Dieu, rien de surnaturel. Nos facultés (perception, mémoire, raisonnement) viennent alors seulement de l'évolution, sans personne pour la guider. Or la sélection naturelle retient ce qui aide à survivre et à se reproduire, pas forcément ce qui est vrai. Le philosophe américain Alvin Plantinga en tire une conséquence surprenante : le naturaliste qui y réfléchit n'a plus de bonne raison de se fier à sa propre raison, et donc pas non plus à sa croyance au naturalisme. Selon lui, le naturalisme scie la branche sur laquelle il est assis. L'argument ne prouve pas que Dieu existe. Il vise le naturalisme, et il se range du côté du théisme parce que le croyant, lui, pense que nos facultés ont été faites pour connaître le vrai. L'idée a une histoire : Darwin en avait eu le soupçon, et C. S. Lewis en avait fait un argument en 1947.
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Sans la prémisse implicite : Sans P7, l'ordinateur trouve un monde où le naturaliste a bien une raison de douter de toutes ses facultés ordinaires, mais tient le naturalisme d'une autre source, à l'abri de ce doute. Il pourrait alors le croire rationnellement.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Elizabeth Anscombe (contre la version de Lewis) 1948 · attaque la prémisse 4Au Socratic Club d'Oxford, la philosophe Elizabeth Anscombe répond à Lewis. Il confond « irrationnel » (contraire à la raison, comme un délire) et « non rationnel » (simplement physique). Qu'une pensée ait des causes physiques ne prouve pas qu'elle soit mal raisonnée. Et la validité est une qualité des raisonnements, pas de leurs causes : pour juger un raisonnement, on l'examine, on ne cherche pas d'où il vient. Expliquer une pensée par ses causes et la justifier par des raisons sont deux questions différentes.
Plantinga répond
Au Socratic Club d'Oxford, la philosophe Elizabeth Anscombe répond à Lewis. Il confond « irrationnel » (contraire à la raison, comme un délire) et « non rationnel » (simplement physique). Qu'une pensée ait des causes physiques ne prouve pas qu'elle soit mal raisonnée. Et la validité est une qualité des raisonnements, pas de leurs causes : pour juger un raisonnement, on l'examine, on ne cherche pas d'où il vient. Expliquer une pensée par ses causes et la justifier par des raisons sont deux questions différentes.
WWilliam Ramsey 2002 · attaque la prémisse 2La vérité n'est pas un luxe pour la survie. Selon la « fiabilité évolutionniste », nos mécanismes de connaissance sont utiles en partie parce qu'ils produisent des désirs (rester en vie, se reproduire) et des représentations exactes du monde, qui permettent à l'animal de se déplacer et de satisfaire ces désirs. La vérité de nos croyances explique donc en partie qu'elles soient utiles : la sélection a pu la favoriser.
Plantinga répond
La vérité n'est pas un luxe pour la survie. Selon la « fiabilité évolutionniste », nos mécanismes de connaissance sont utiles en partie parce qu'ils produisent des désirs (rester en vie, se reproduire) et des représentations exactes du monde, qui permettent à l'animal de se déplacer et de satisfaire ces désirs. La vérité de nos croyances explique donc en partie qu'elles soient utiles : la sélection a pu la favoriser.
BBranden Fitelson et Elliott Sober 1998 · attaque la prémisse 4Ne pas savoir évaluer une probabilité n'est pas une raison de douter. Bien des gens qui connaissent la relativité et savent que les oiseaux volent ne savent pas quelle probabilité donner à la relativité sachant que les oiseaux volent : ils n'ont pas à abandonner la relativité pour autant. Faire de notre ignorance un guide pour croire est une erreur. Et le théiste n'est pas mieux placé : face au doute radical sur toutes nos facultés, ni lui ni le naturaliste n'a d'argument qui ne suppose pas déjà ce qui est en question. La bonne leçon de l'évolution est l'humilité : nos théories sont faillibles, et nous devons faire au mieux avec l'esprit que nous avons.
Plantinga répond
Ne pas savoir évaluer une probabilité n'est pas une raison de douter. Bien des gens qui connaissent la relativité et savent que les oiseaux volent ne savent pas quelle probabilité donner à la relativité sachant que les oiseaux volent : ils n'ont pas à abandonner la relativité pour autant. Faire de notre ignorance un guide pour croire est une erreur. Et le théiste n'est pas mieux placé : face au doute radical sur toutes nos facultés, ni lui ni le naturaliste n'a d'argument qui ne suppose pas déjà ce qui est en question. La bonne leçon de l'évolution est l'humilité : nos théories sont faillibles, et nous devons faire au mieux avec l'esprit que nous avons.
JJerry Fodor 1998 · attaque la prémisse 3Fodor accorde une partie du point de départ : l'évolution ne garantit pas que la plupart de nos croyances soient vraies, et il met en garde contre ceux qui concluent trop vite le contraire. Mais rien dans la théorie de l'évolution ne laisse penser que nos croyances, et la science, soient peu fiables. Le plus que Plantinga obtienne, c'est que l'évolution est compatible avec une science peu fiable. C'est vrai, mais sans intérêt : « le chat est sur le tapis » est aussi compatible avec cela.
sans réponse
Fodor accorde une partie du point de départ : l'évolution ne garantit pas que la plupart de nos croyances soient vraies, et il met en garde contre ceux qui concluent trop vite le contraire. Mais rien dans la théorie de l'évolution ne laisse penser que nos croyances, et la science, soient peu fiables. Le plus que Plantinga obtienne, c'est que l'évolution est compatible avec une science peu fiable. C'est vrai, mais sans intérêt : « le chat est sur le tapis » est aussi compatible avec cela.